‹ Mémoires complets et authentiques du duc de Saint-Simon, sur le siècle de Louis XIV et la Régence (volume 5)Chapitre 257 sur 374 · RETRAITE VOLONTAIRE DE PELLETIER · texte numérisé non relu

RETRAITE VOLONTAIRE DE PELLETIER

lui en iHt prévoir toutes les suites. C'étoit A lui à en porter tout le poids par les fonds extraordinaires, et ce poids l'épouvanta tellement qu'il ne cessa d'importuner le roi jusqu'à ce qu'il lui permit de quitter sa place de contrôleur général. Outre que ce n'étoit pas le compte de M. de Louvois, qui avoit repris alors le premier crédit, le roi y eut une grande peine. Il aimoit et il estimoit Pelletier, il se souvenoit toujours des embarras qu'il avoit essuyés des divisions de MM. de Louvois et Colbcrt, il en étoit à l'abri entre Louvois et Pelletier, et à la veille d'une grande guerre ce lui étoit un grand soulagement. N'ayant pu venir à bout de vaincre le contrôleur général après plusieurs mois de dispute , cette même convenance engagea le roi à lui proposer Pelletier de Sousy, son frère et intendant des finances, pour contrôleur général. Celui-ci avoit bien plus de lumières et de momie, mais son frère ne crut pas le devoir exposer aux tentations d'une place qu'il ne tient qu'à celui qui la remplit de rendre aussi lucrative qu'il veut, et il supplia le roi de n'y point penser. Le roi , plus plein d'estime encore par cette action pour Pelletier, mais plus embarrassé du choix, voulut qu'il le fît lui-même, et il proposa Pontchartrain dont j'aurai lieu de parler ailleurs , et qui fut contrôleur général. Pelletier demeura simple ministre d'État; et comme, hors de se trouver au conseil, il n'avoit aucune fonction, il demeura peu compté par le courtisan qui l'appela le ministre Claude. Ils se souvenoient encore de celui de Charenton, et en effet Pelletier s'appeloit Claude.

Il eut l'administration des postes à la mort de M. de Louvois, et le roi le traita toujours avec tant de confiance et d'amitié qu'à une maladie que le chancelier Boucherai avoit eue, l'année précédente, il s'étoit laissé assez entendre à Pelletier pour que celui-ci pût compter d'être son successeur. Pelletier étoit droit et vraiment homme de bien. Il fit ses réflexions. Il avoit toujours eu dessein de mettre un intervalle entre la vie et la mort, et il comprit qu'un chancelier ne pouvoit plus se retirer. Boucherat, plus qu'octogénaire , tomboit de jour en jour, cela fit peur à Pelletier; il voulut prévenir la vacance. L'affaire de la paix le retenoit. Il ne trouvoit pas séant de la laisser imparfaite , mais dès qu'il la vit assurée à peu près il demanda son congé. Ce fut un débat entre le roi et lui qui dura plus de deux mois; il ne l'arracha qu'à grand'peine. Au moins le roi exigea qu'il le viendroit voir tous les ans deux ou trois fois dans son cabinet par les derrières , et qu'il conservât toutes ses pensions qui alloient à quatre-vingt mille livres de rente. Il capitula ; il s'engagea à venir voir le roi comme il le désiroit ; mais il se débattit tant sur les pensions qu'il n'en garda que vingt mille livres pour lui et six mille livres pour son fils à qui il avoit remis, il y avoit déjà longtemps, une charge de président à mortier, qu'il avoit achetée étant contrôleur général. En entrant au conseil , d'où il partit pour sa retraite, il tira le duc de Beauvilliers dans une fenêtre et la lui confia. Il étoit fort son ami et de M. de Pomponne qui ne la sut que par l'événement, et qui s'écria qu'il l'avoit prévenu; mais Pomponne n'étoit pas en même situation. Il étoit chargé des affaires étrangères dont Torcy, son gendre , n'avoit eticôre que lé nom.

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