CHAPITRE XXXI
||ariage de Ifgr le duc de Bourgogne. — Haringe dei deux filles du oomte j^ de Tegsé. — Fortune et On singulière du jireniier Varenne. — Prince de Vdudemont et sa fortune. — M. de Lorraine rélnbii demande Madç< moiselle et perd sa mère. — Abbé, depuis cardinal de lfaili]r, archevêque d'Arlei. — Abbé de Castries, aumAnier ordinaire de Mme la duchesse de Bourgogne. — Mme Cantin , première femme de chambre de Mme la ducliCRse de Bourgogne. — FoVlune de Lavienne. — Mauresse, religieuse à Morel, fort énigmatique.
Le samedi matin 7 décembre , toute U cour alla de bonne heure chez Mgr le duc de Bourgogne, qui alla ensuite chez la princesse. Sa toilette finissoit où il y avoit peu de dames, la plupart étant allées à la tribune ou sur les échafauds placés dans la chapelle pour voir la cérémonie. Toute la maison royale avoit déjà été chez la princesse, «t attendoit chez le roi où les mariés arrivèrent un peu avant midi. Ils trouvèrent le roi dans le salon qui, un moment après, se mit en chemin de la chapelle. La marche et tout le reste se passa comme au mariage de M. le duc de Chartres que j'ai décrit, excepté que le cardinal de Coislin, en l'absence du cardinal de Bouillon grand aumônier, qui étoit à Rome, commença par les fiançailles, après lesquelles chacun fit à ge> nou:^ une médiocre pause pour l'intervalle entre les fiançailles et le mariage. Le cardinal dit une messe basse, après laquelle le roi et la maison royale retourna comme elle étoit venue et se mit tout de suite à table. La duchesse du Lude et les duchesses et princesses qui se trouvèrent en bas eurent leurs carreaux partout, et les ducs et princes en arrière du roi. La duchesse du Lude, Mmes de Mailly , Dangeau et Tessé, s'approchèrent de la princesse , pendant la célébration des fiançailles et du mariage seulement, pendant laquelle Dangeau et Tessé soutenoient par en haut son bas de robe. Les dames du palais ne bougèrent de leurs places. Un courrier tout prêt à la porte de la chapelle partit pour Turin au moment que le mariage fut célébré. La journée se passa assez ennuyeusement. Sur les sept heures du soir le roi et la reine d'Angleterre arrivèrent, que le roi avoit été convier quelques jours auparavant. Il tint le portique , et sur les huit heures ils vinrent dans le salon du bout de la galerie joignant l'appartement de Mme la duchesse de Bourgogne, d'où, malgré la pluie , ils virent tirer un feu d'artifice sur la pièce des puisses. On soupa ensuite comme on avoit diné, le roi et la reine d'Ang'ielerre de plus, la reine entre les deux rois. En sortant de table on fut coucher la mariée , de chez laquelle le roi fit sortir absolument tous les hommes. Toutes les dames y demeurèrent, et la reine d'Angleterre donna la chemise que la duchesae du Lude lui présenta. Monseigneur le
duc de Bourgogne se déshabilla dans l'antichambre au milieu de toute la cour , assis sur un ployant. Le roi y étoit avec tous les princes. Le roi d'Angleterre donna la chemise qui lui fut présentée par le duc de Beauvilliers.
Dès que Mme la duchesse de Bourgogne fut au lit, Mgr le duc de Bourgogne entra, et se mit dans le lit à sa droite en présence des rois et de toute la cour, et aussitôt après le roi et la reine d'Angleterre s'en allèrent; le roi s'alla coucher, et tout le monde sortit de la chambre nuptiale, excepté Monseigneur, les dames de la princesse, et le duc de Beauvilliers qui demeura toujours au chevet du lit du côté de son pupille, et la duchesse du Lude de l'autre; Monseigneur y demeura un quart d'heure avec eux à causer, sans quoi ils eussent été assez empêchés de leurs personnes; ensuite il fit relever M. son fils, et auparavant lui fit embrasser la princesse malgré l'opposition de la duchesse du Lude. 11 se trouva qu'elle n'avoit pas tort. Le roi le trouva mauvais, et dit qu'il ne vouloit pas que son petit-fils baisât le bout du doigt à sa femme jusqu'à ce qu'ils fussent tout à fait ensemble. 11 se rhabilla dans l'antichambre à cause du froid, et s'alla coucher chez lui à l'ordinaire. Le petit duc de Berry, gaillard et résolu, trouva bien mauvaise la docilité de M. soa frère, et assura qu'il seroit demeuré au lit.
Le dimanche il y eut cercle chez Mme la duchesse de Bourgogne. Le feu roi, qui les avoit vu tenir avec beaucoup de dignité à la reme sa mère, et les avoit vus tomber sur la fin de Mme la Dauphine-Bavière, voulut les rétablir. Ce premier fut magnifique par le prodigieux nombre de dames assises en cercle et d'autres debout derrière les tabourets et d'hommes derrière ces dames , et la beauté des habits. Il commença à six heures; le roi y .vint à la fin, et mena toutes les dames dans le salon près de la chapelle, où elles trouvèrent une belle collation, puis à la musique, après quoi il tint le portique. A neuf heures il conduisit M. et Mme la duchesse de Bourgogne chez cette princesse , et tout fut fini pour la journée; elle continua à vivre comme avant d'être mariée, mais Mgr le duc de Bourgogne alla tous les jours chez elle , où les dames eurent ordre de ne les laisser jamais seuls, et souvent ils soupoient tête à tête chez Mme de Maintenon. Le mercredi 11 décembre le roi vint, sur les six heures, chez Mme la duchesse de Bourgogne où il y avoit grosse cour. II y attendit le roi et la reine d'Angleterre, puis entrèrent dans la galerie pleine d'échafauds et superbement ornée pour le bal. La tête y tourna au duc d'Aumont qui se mêla de toutes ces fêtes, à la place du duc de Beauvilliers qui étoit en année, mais qui ne les put ordonner à cause de ses fonctions auprès des enfants de France. Ce fut donc une foule et un désordre dont le roi même fut accablé. Monsieur fut battu et foulé dans la presse; on peut juger ce que devinrent les autres. Plus de place, tout de lorce et de nécessité; on se fourroit où on pouvoit. Cela dépara toute la fête. Il y eut un branle, et juste ce quïl fallut de princes et de princesses du sang, avec M. le comte de Toulouse , pour se mener. Voici ce qui dansa , outre ces princes et priuccs-es, de dames; d'hommes beaucoup davamos;e.
Les duchesses de Mesdames de
Sully; Viliequier;
Saint-Simon; Châlillon, sa sœur;
Albrel; Tonnerre;
Lux embourg ; La Porte ;
Villcroy; Dangeau;
Lauzun; La Vicurillc;
Boquelaure; Goesbriant;
Mlle d'Eibœuf; Barbezieux;
Mlle d'Armagnac; Moatgon.
La princesse d'Espinoj;
Mesdemoiselles de Menetou, flile de la duchesse de La Fcrté;
Tonrpes, fille de la maréchale d'Eslrécs;
Furstemberg, nièce du cardinal de Furslemberg;
Melun, sœur du prince d'Espinoy,
Solre-Croy, fille du comte de Sulre, chevalier de l'ordre (le prince et
la princesse d'Espino; m'aToienl prié de la mener); Trois niles d'honneur
de Madame; Rebénac, fille du frère de M. de Feuquières, depuis Mme do
Souvré ; Lusaan, fille de la dame d'honneur de Mme la Princesse. M. de
Lussan son père éloil chevalier de l'ordre, et premier
gentilhomme de la chambre de M. le Prince.
Sur les neuf heures , on porta sur des tables i la main nne grande collation devant la reine , les rois, et tout autour du bal , et sur les dix heures et demie on alla souper. Les princes du sang n'y furent plus admis , il n'y eut que les princesses du sang avec la famille royale. Il n'y eut rien jusqu'au samedi 14 décembre que fut le second bal, M. d'Aumont y eut sa revanche. Tout y fut dans le plus grand onlre du monde. A sept heures, le roi , le roi et la reine d'Angleterre, la famille royale, les princes du sang, les danseurs seulement en hommes, et toutes les dames vinrent chez Mme la duchesse de Bourgogne, d'où ils entrèrent dans la galerie , et ce bal fut admirable et tout entier en habits qui n'avoient pas encore paru. Le roi trouva celui de Mme de Saint-Simon si à son gré qu'il se tourna à M. le maréchal de Lorges en quartier de capitaine des gardes , derrière lui , et lui donna le prix sur tous les autres. Mgr le duc de Bourgogne se trouva libre à prendre à ce bal , après avoir rendu , ce qui ne s'étoit pas trouvé à l'autre , et prit la duchesse de Sully. Il se trouva encore libre une seconde fois, et prit Mlle d'Armagnac. M. le prince de Conti venoit d'arriver; il fut au bal, mais il ne voulut pas danser. On servit , comme l'autre fois, une grande collation, et, un peu après minuit, on alla faire média noche, où les princes du sang ne furent point encore, après lequel le roi et la reine d'Angleterre s'en allèrent. Mme de Maintenon Saikt- Simon i 14
3l4 MARIAGE DES DEUX FILLES [1697]
ne parut à rien , sinon aux deux bals qu'elle vit commencer assise derrière la reine d'Angleterre , et ne fut qu'une demi-heure à chacun. Le mardi, 17 décembre, toute la cour alla sur les quatre heures à Trianon, où on joua jusqu'à l'arrivée du roi et de la reine d'Angleterre. Le roi les mena dans une tribune où on montoit sur la salle de la comédie de chez Mme de Maintenon qui y monta aussi avec Monseigneur et Mme la duchesse de Bourgogne, ses dames et celles de la reine. Monseiigneur, Monsieur . Madame et tout le reste de la cour étoit en bas dans la salle. L'opéra é'Issé de Destouches, fort beau, y fut très-bienjoué; l'opéra fini , chacun s'en retourna , et par ce spectacle finirent toutes les fêtes du mariage.
M. de Vendôme , voyant la trêve en Catalogne et la paix assurée , avoit demandé et obtenu son congé de bonne heure , mais il n'avoit fait que saluer le roi , et s'en étoit allé à Anet se mettre sans façon et sans mystère entre les mains des chirurgiens. Il en avoit un pressant besoin , mais ils le manquèrent. Sa naissance devenue si à la mode et les succès de Catalogne lui avoient donné une audace qui ne ht depuis que croître. Il reparut à la cour le jour du dernier bal , et fut très-bien reçu du roi , et par conséquent de toute la cour.
Tessé avoit marié, l'année précédente , sa fille aînée à La Varenne, moyennant la lieutenance générale d'Anjou, qui étoit dans sa famille depuis Henri IV, qui la donna avec la Flèche à ce La Varenne si connu dans tous les Mémoires de ces temi)s-là pour avoir eu l'esprit et l'adresse de devenir une espèce de personnage , de marmiton , puis de cuisinier, enfin de porte-manteau d'Henri IV qu'il servoit dans ses plaisirs , et qu'il servit depuis dans ses affaires. Ce fut lui qui eut la principale part au retour des jésuites en France , et à ce magnifique établissement qu'ils ont à la Flèche, dont il partagea la seigneurie avec eux. Il s'y retira, à la mort d'Henri IV , très- riche et vieux et y vécut fort à son aise. C'étoit beaucoup la mode des oiseaux en ce temps-là, et il s'amusoit fort à voler. Une pie s'étant relaissée un jour dans un arbre , ou ne pouvoit l'en faire sortir à coups de pierres et de bâtons ; le vieux La Varenne et tous les chasseurs étoient autour de l'arbre à tâcher de l'en faire partir , lorsque la pie , importunée de tout ce bruit , se mit à crier de toute sa force a au maquereau , » et le répéta sans fin. La Varenne, qui devoit toute sa fortune à ce métier, se mit tout d'un coup dans la tète que , par un miracle , comme le reproche que fit l'âne de Balaam à ce faux prophète, la pie lui reprochoit ses péchés. Il en fut si troublé qu'il ne put s'empêcher de le montrer, puis, agité de plus en plus, de le dire à la compagnie; elle en rit d'abord , mais, voyant ce bonhomme changer beaucoup, puis se trouver mal, on tâcha de lui faire entendre que cette pie avoit apparemment appris à parler dans quelque village voisin et à dire cette sottise , et qu'elle s'étoit échappée, et s'étoit trouvée là. Il n'y avoit en efi'et pas autre chose à en croire, mais La Varenne ne put jamais en être persuadé. Il fallut du pied de l'arbre le ramener chez lui : il y arriva avec la fièvre et toujours frappé de cette folle persuasion; rien ne put le remettre , et il mourut en très -peu de jours. C'est l'aïeul paternel de tous ces La Va-