PRÉPARATIFS DU MARIAGE
La figure, la modestie, le maintien de Mme de Saint-Simon avoit plu au roi à Fontainebleau-, il s'en étoit expliqué plusieurs fois; cela donna lieu à la comtesse de Roucy, et ensuite à la maréchale de Rochefort, amie de Mme la maréchale de Lorges , de proposer ù la duchesse du Lade de faire initier Mme de Saint-Simon chez la princesse. La duchesse du Lude, qui crut que la maréchale de Lorges les en avoit priées, vint chez elle. Elle y apprit d'elle-même qu'elle n'y avoit point pensé, et n'en avoit jamais parlé à ces dames; sur quoi la duchesse du Lude lui conta le refus que je viens de dire , et l'assura qu'elle faisoit sagement de n'avoir point d'empressement pour cela. Il arriva que la comtesse de Mailly , amie intime de Mme la maréchale de Lorges, et moi ami de famille et parent des Mailly, et ami intime de l'abhé de Mailly, son beau-frère, qui devint peu après archevêque d'Arles, avoit parlé de Mme de Saint- Simon à Mme de Maintenon sans que personne l'en eât priée; que Mme de Maintenon avoit répondu que cela devroit déjà être fait, que c'étoient des personnes comme Mme de Saint-Simon qu'il falloit approcher de la princesse, et lui ordonna de le dire de sa part à la duchesse du Lude : cela s'étoit passé la veille. La comtesse de Mailly n'en avoit voulu rien dire que la duchesse du Lude ne le sût. Le hasard fit qu'elle la rencontra comme elle remontoit de chez la maréchale de Lorges. La duchesse du Lude demeura fort étonnée de la chose, après les personnes de faveur qui avoient été refusées . et très-piquée de la manière . parce qu'elle ne douta pas que la maréchale de Lorges, sûre de son fait, ne se fût moquée d'elle, et voilà comme les choses très-apparentes se trouvent pourtant très-fausses. Dès le lendemain Mme de Saint-Simon fut mandée, et presque tous les jours le reste du voyage de Fontainebleau , et depuis très-souvent, avec une jalousie de toutes les autres et de leurs familles qu'il fallut laisser tomber.
Le roi , qui de plus en plus mettôit ses complaisances en la princesse qui surpassoit son âge sans mesure en art, en soins, en grâces pour les mériter, ne voulut pas perdre un jour au delà des douze ans pour faire célébrer son mariage, et l'avoit fixé au 7 décembre qui tomboit à un samedi. Il s'étoit expliqué qu'il seroit bien aise que la cour y fût magnifique, et lui-même qui depuis longtemps ne portoit plus que des habits fort simples en voulut des plus superbes. C'en fut asse? pour qu'il ne fût plus question de consulter sa bourse ni presque son état pour tout ce qui n'étoit ni ecclésiastique ni de robe. Ce fut à qui se surpa.sseroit en richesse et en invention. L'or et l'argent suflirent à peine. Les boutiques des marchands se vidèrent en très-peu de jours: w un mot, le luxe le plus efîréné domina la coL'r et la ville , car la fête eut une grande foule de spectateurs. Les choses allèrent à un point que le roi se repentit d'y avoir donné lieu, et dit qu'il ne comprenoit pas comment il y avoit des maris assez fous pour se laisser ruiner par les habits de leurs femmes; il pouvoit ajouter, et par les leurs : mais la bride étoit lâchée, il n'étoit plus temps d'y remédier , et au fond, je ne sais si le roi en eût été fort aise, car il se plut fort pendant les fêtes à considérer tous les habits. On vit aisément combien cette profusion de matières et ces recherches d'induïtrie lui jilaisoient . avec quelle satisfaction il loua les plus su-
atll; GOUT DU ROI POUR LA MAGNIFICENCE. [1697]
perbMtt les mieux entendus, et que le petit mot lâché de politique, il n'eu parla plus , et fut ravi qu'il n'eût pas pris.
Ce n'est pas la dernière fois que la même chose lui est arrivée. Il aimoit passionnément toute sorte de somptuosité à sa cour , et surtout aux occasions marquées, et qui s'y seroit tenu à ce qu'il avoit dit lui eût très^mal fait sa cour. Il n'y avoit donc pas moyen d'être sage parmi tant de folie. Il fallut plusieurs hahits; entre Mme de Saint-Simon et moi, il noua en coûta vingt mille livres. Les ouvriers manquèrent pour mettra tant de richesses en œuvre. Mme la Duchesse s'avisa d'en envoyer enlever par des hoquetons de chez le duc de Rohan. Le roi le sut, le trouva très^ mauvais, et fit sur-le-champ renvoyer ces ouvriers à l'hôtel de RoUan; et il faut remarquer que le duc de Rohan étoit un des hommes de France que le roi aimoit le moins, et pour lequel il se contraignoit le moins de le marquer. Il fit encore une autre chose bien honnête, et tout cela montroit bien le désir que tout le monde fût au plus magnifique : il choisit lui-môme un dessin de broderie pour la princesse. Le brodeur lui dit qu'il alloit quitter tous ses ouvrages pour celui-là. Le roi ne la voulut pas. Il lui commanda bien précisément d'achever premièrement tout ce qu'il avoit entrepris , et de ne travailler i celui qu'il choisissoit qu'ensuite^ et il ajouta quo s'il n'^toit pas fait i temps , la princesse s'en passaroit.
On publia que les fâtes dureroient jusqu'à Noël , mais elles furent restreintes k deux bals, un opéra et un feu d'artifice; et de tout l'hiver après il n'y eut plus de bals. Le roi , pour éviter toutes disputes et toutes difficultés, supprima toutes cérémonies; il régla qu'il n'y auroit point de fiançailles dans son cabinet, mais qu'elles se feroient tout de suite avec le mariage à la chapelle pour éviter la queue qui ne seroit point portée en cérémonie , mais par l'exempt des gardes du corps en service auprès de la princesse , tout comme il la portoit tous les jours , et que le poêle seroit tenu par l'évèque nommé de Metz , premier aumônier en survivance de son oncle, et par l'aumônier du roi de quartier qui se trouveioit de jour, et ce fut l'abbé Morel; que Mgr le duc de Bourgogne donneroit seul la main à la princesse, tant en allant qu'en revenant de la chapelle, et que, passé M. le Prince, aucun prince ne signeroit sur le livre du curé. On jugea que ce dernier point fut décidé en faveur des bâtards, qui, étant du festin royal par une grâce nouvelle qui avoit commencé au mariage de M. le duc de Chartres, et point de droit, puisqu'ils n'étoient pas princes du sang, auroient eu un dégoût de ne signer pas aussi sur le registre , à quoi aussi les princes du sang se seroient opposés : ainsi M. le Duc ne signa point. M. le prince de Conti n' étoit pas encore arrivé. Le roi avoit aussi précédemment réglé qu'il ne recevroit point le serment des officiers principaux de la maison de la princesse, qu'ils n'en prêteroient point jusqu'après son mariage, et qu'alors elle les recevroit, ce qui fut exécuté ainsi. Mme de Verneuil fut mandée au mariage , et eut la dernière place au festin royal , comme cela s'étoit fait au mariage de M. le duc de Chartres et de M. du Maine, mais elle n'y fut que le jour du mariage, et aussitôt après, elle s'en retourna à Paris. Aucune dame assise ne sa trouva pas à un de ces festins,