MESDAMES D'ELBOEUF ET DE LISLEBONNE
dé faire une note sur son registre du mensonge de la tapisserie. Il renifla, et fit ce qu'il put pour leur persuader que cela n'étoit pas nécessaire, et on va voir pourquoi ; mais comme il vit qu'ils s'échauffoient, et qu'ils parloient de le demander au roi , il n'osa plus résister. Ils allèrent donc avec lui chez Desgranges, maître des cérémonies. Il montra le registre , mais il se trouva qu'il ne portoit pas un mot qu'il y eût quelqu'un de couvert ou non, d'où il résultoit que les deux comtes l'avoient été, puisque, l'étant toujours, la différence de ne l'être pas cette fois-là valoit bien la peine d'être exprimée. Ces messieurs ne purent s'empêcher de montrer à Sainctot qu'ils sentoient vivement son infidélité; lui aux excuses de la négligence et bien honteux. 11 écrivit à la marge tout ce que ces messieurs lui dictèrent sur la tapisserie, et le signa; mais cela fit que ces messieurs ne s'en contentèrent pas, et qu'ils se firent donner chacun un certificat par Sainctot , et de la vérité du fait , et du mensonge de la tapisserie , et du silence du registre , et de ce qui y avoit été mis en marge. Il les fournit dès le lendemain avec force compliments , et se tint heureux qu'on n'en fit pas plus de bruit. Et voilà comment les rangs sont entre les mains de gens de peu qui s'en croient les maîtres , et qui se croient en droit de faire plaisir à qui il leur plaît aux dipens dt vérité et de justice. C'est une contagion qui a passé depuis aux grands maîtres et aux maîtres des cérémonies, et même à ceux du Saint-Esprit. Blainvilie, beau-frère de M. de Chevreuse, qui n'étoit pas duc en 1664, mais qui étoit à la cour, et fils du duc de Luynes, qui agit lors avec les autres, étoit grand maître des cérémonies, charge qu'il avoit eue de M. de Rhodes : ainsi il ne fut question que du registre de Sainctot.
La révérence en mante , que les dames de Lorraine vinrent faire au roi sur la mort de la reine-duchesse, mère de M. de Lorraine, fit schisme entre elles. Mme de Lislebonne, par sa bâtardise cousine germaine du père de M. de Lorraine , prétendit comme la plus proche marcher la première , et par conséquent , Mlle de Lislebonne et Mlle d'Espinoy ses filles immédiatement après elle. Mme d'Elbœuf , veuve de l'aîné de la maison de Lorraine en France, s'en moqua et l'emporta, de sorte que Mme de Lislebonne ni ses filles n'y voulurent pas aller. Mme de Valentinois n'y fut point non plus. Je ne sais ce au'on lui mit dans la tête.
Le P. de Chevigny, de l'Oratoire, mourut en ce temps-ci. C'étolt un gentilhomme de bon lieu, qui avoit servi longtemps avec réputation, et connu du roi. M. de Turenne l'aimoit fort, et tous les généraux de ces temps-là l'estimoient. Cela l'avoit fort rais dans le grand monde. Dieu le toucha et il se fit prêtre, se mit dans l'Oratoire, et le servit d'aussi bonne foi et d'aussi bon cœur qu'il avoit servi le roi et le monde. Il conserva d'illustres amis dans sa retraite, dont il ne sortoit presque jamais. Il se trouva fort mêlé et lié avec tous les fameux jansénistes, et en butte à leurs persécuteurs. C'étoit un homme droit, franc, vrai, et d'une vertu simple, unie, militaire, mais grande, fidèle à Dieu, à ses amis et au parti qu'il croyoit le meilleur. Cela embarrassa les pères de l'Oratoire. Il étoit ami intime de M. et de Mme de Liancourt. Sans quitter l'Oratoiie il se retira avec eux; et après leur rnort, M. de La Rochefoucauld , tout ignorant et tout courtisan qu'il étoit,