MORT DE VILLARS
notre rapporteur, plus que très-favorable à M. de Luxembourg, mais il faut dire la vérité.
Mme de Sillery mourut à Liancourt, où elle étoit retirée depuis un grand nombre d'années. Elle étoit sœur du père de M. de La Rochefoucauld, qui avoit tant figuré avec Mme de Longueville dans le parti de M. le Prince, et qui eut tant d'esprit et d'amis. Sa sœur en avoit aussi beaucoup, mais rien vaillant, ce qui fit son mariage. Elle se trouva mal mariée, et ne parut point à la cour. M. de Sillery avoit aussi beaucoup d'esprit , mais nulle conduite , et se ruina en fils de ministre sans guerre ni cour. Il ne laissoit pas d'être fort dans le monde et désiré par la bonne compagnie. Il alloit à pied partout faute d'équipage, et ne bougeoit de l'hôtel de La Rochefoucauld ou de Liancourt avec sa femme qui s'y retira dans le désordre de ses affaires, longtemps avant la mort de son mari. Elle étoit fort considérée de ses neveux , et assistée de tout. Puysieux, qu'on vient de voir ambassadeur en Suisse, le chevalier de Sillery , écuyer de M. le prince de Conti , et l'évèque de Soissons étoient ses enfants. Sillery, leur père, étoit petit-fils du chancelier de Sillery et fils de Puysieux, secrétaire d'Ëtat, chassé avec le chancelier dès 1640 , et mort en disgrâce, et de cette fameuse Mme de Puysieux si bien avec la reine mère, si comptée et si impérieuse avec le monde, et qui mangea à belles dents , jpour s'amuser , pour cinquante mille écus de point de Gênes à ses manchettes et à ses collets , qui étoit lors la grande mode. Elle étoit Ëtampes , et commença la ruine de son fils.
Le vieux Villars mourut en même temps à Paris en deux jours, iplus de quatre-vingts ans. J'aurois assez parlé de lui lorsqu'il fut chevalier d'honneur de Mme la duchesse do Chartres à son mariage , si je ne me souvenois à cette heure de l'origine de son nom d'Orondat , qu'on lui donnoit toujours, et qui ne lui déplaisoit pas. La voici. La comtesse de Fiesque , si intime de Mademoiselle , avoit amené de Normandie avec elle Mlle d'Outrelaise , et la logeoit chez elle. C'étoit une fille de beaucoup d'esprit, qui se fit beaucoup d'amis qui l'appelèrent la Divine, nom qu'elle communiqua depuis à Mme de Frontenac, avec qui elle alla demeurer depuis à l'Arsenal , et avec qui elle passa inséparablement sa vie , autre personne d'esprit et d'empire , et de toutes les bonnes compagnies de son temps. On ne les appeloit que les Divines. Pour en revenir donc à l'Orondat, Mme de Choisy , autre personne du grand monde, alla voir la comtesse de Fiesque , et y trouva grande compagnie. L'envie de pisser la prit; elle dit qu'elle alloit monter en haut chez la Divine, qui étoit Mlle d'Outrelaise. Elle monte brusquement , y trouve Mlle de Bellefonds, tante paternelle du maréchal, jeune et extrêmement jolie, et voit un homme qui se sauve et qu'elle ne put connoUre. La figure de cet homme parfaitement bien fait la frappa tant que, de retour à ïtc compagnie, et contant son aventure, elle dit que ce ne pouvoit être qu'Orondat. La plupart de la compagnie savoit que Villars étoit en haut, où il étoit allé voir Mlle de Bellefonds dont il étoit fort amoureux , qui n'avoit rien , et qu'il épousa fort peu après. Ils rirent fort de l'aventure et de l'Orondat. Maintenant qu'on s'est heureusement défait de la lecture des romans, il faut dire qu'Orondat est un personnage du C'jruif SAiHx-Suiu:t I 15