FRÈRE DE M. DE CAMBRAI CASSÉ
tirer dans Rome un dangereux blâme à la bonne cause, par celui qu'y encourroient ceux qui seroient si naturellement soupçonnés de l'avoir opérée. Il conclut à ôter d'auprès des princes quelques subalternes dont on n'étoit pas si sûr et dont la disgrâce feroit voir à Rome la partialité et les soins du roi , sans faire un éclat aussi préjudiciable et aussi scandaleux que seroit celui d'ôter M. de Beauvilliers.
Ce fut ce qui le sauva, et le roi en fut fort aise. Le fond d'estime et la force de l'habitude n'avoit pu être arraché par tous les soins que Mme de Maintenon avoit pris d'en venir à bout, et par elle-même, et par tout ce qu'elle avoit pu y employer d'ailleurs. Il en fut de même i divers degrés du duc de Chevreuse que la chute de M. de Beauvilliers eût entraîné, et que sa conservation raffermit; et le roi rassuré sur le point de la conscience par un homme en qui sur ce point il avoit mis sa confiance, et qui de plus s'y trouvoit aussi puissamment intéressé, respira et devint inaccessible aux coups qu'à l'appui de cette affaire on voulut leur porter désormais. Mais l'orage tomba sur les autres sans que M. de Beauvilliers trop suspect à leur égard les pût sauver.
Ce fut pourtant avec lui-même que le roi décida leur disgrâce. Il fut longtemps seul avec lui le matin du lundi 2 juin avant le conseil, et l'après-dînée on sut que l'abbé de Beaumont, sous- précepteur; l'abbà de Langeron, lecteur; Dupuis et L'Échelle, gentilshommes de la manche de Mgr le duc de Bourgogne, étoient chassés sans aucune conservation pécuniaire, et Fénelon, exempt des gardes du corps, cassé, sans autre faute que le malheur d'être frère de M. de Cambrai. On apprit tout de suite que M. de Beauvilliers avoit ordre de présenter au roi un mémoire des sujets qu'il croiroit propres & remplir les quatre places auprès des princes.
Rien ne marqua plus la rage de la cabale que Fénelon cassé , qui , par son emploi , n'approchoit point des princes , et dont la doctrine assurément étoit nulle. Aussi Mme de Maintenon fut-elle outrée de s'être vue toucher au but, pour n'avoir plus d'espérance contre des gens qui, échappés de ce naufrage , ne pouvoient plus être attaqués , ni donner sur eux aucune prise. Aussi ne leur pardonna -t-elle jamais; mais, en habile femme, elle sut prendre son parti, ployer sous le joug du roi, et vivre peu à peu , à l'extérieur au moins , honnêtement avec d'anciens amis , puisqu'elle n'avoit pu les perdre. M. de Noailles fut encore plus outré qu'elle et fut longtemps en grand froid avec son frère. Mme de Noailles n'en étoit pas moins affligée , mais elle en savoit trop pour ne pas sentir les conséquences de cette brouillerie domestique. Elle mit donc tous ses soins d'abord pour empêcher le plus qu'elle put qu'on ne s'en aperçût , ensuite pour les raccommoder , à quoi il fallut bien que son mari en vînt. Le maréchal de Villeroy, M. de La Rochefoucauld, un gros d'envieux qui , chacun à sa façon , avoit poussé à la roue , et qui , ravis de la chute des deux beaux-frères, auroient encore été plus piqués d'en voir profiter M. de Noailles, furent désolés d'un si grand :oup manqué , et par leur jalousie , et par leur espérance sur la dépouille. Mme la duchesse de Bourgogne qui, à force de n'être occupée ju'à plaire au roi et à Mme de Maintenon, prenoit, en jeune personne,