GRANDE ACTION DE M. DE PARIS
et Dieu permit qu'il en devînt l'arbitre. Le roi , poussé par les trois évoques sur le gros de l'affaire , et pressé en détail par Mme de Maintenon , qui , serrant la mesure , lui avoit proposé le duc de Noailles pour toutes places du duc de Beauvilliers , ne tenoit plus à ce dernier que par un filet d'ancienne estime et d'habftude, qui cependant le retenoit assez pour le peiner. Dans ce tiraillement, il ne put se décider lui-même, et voulut consulter un des trois prélats. Qu'il ne choisît pas l'évêque de Chartres , sa défiance sur son attachement personnel à Mme de Maintenon qui le feroit penser tout comme elle , put aisément l'en détourner. Mais M. de Meaux n'avoit pas le même inconvénient à craindre. Il étoit accoutumé à lui ouvrir son cœur sur ses pensées de conscience , et de son domestique intérieur les plus secrètes. M. de Meaux avoit conservé les entrées et la confiance que lui avoit données sa place de précepteur de Monseigneur. Il avoit été le seul témoin des différents combats , et à différentes reprises, qui avoient séparé le roi de Mme de Montespan. M. de Meaux seul en avoit eu le secret, et y avoit porté tous les coups. Malgré tant d'avances , tant d'habitudes , tant d'estime , on ne sait ce qui put l'exclure de la préférence de cette importante consultation , et ce qui la fit donner à celui des trois qui portoit son exclusion naturelle par être frère de celui à qui , si M. de Beauvilliers étoit perdu , toute sa dépouille étoit dès lors destinée. Néanmoins, quoique de connoissance plus nouvelle même que M. de Chartres, puisqu'il n'avoit jamais approché du roi que depuis qu'il étoit archevêque de Paris, ce fut lui que le roi préféra. Il se trouva dans ces temps où l'impression de tout ce qui avoit été dit au roi pour le faire archevêque de Paris , et tout ce qu'il en avoit remarqué depuis , l'avoit puissamment frappé d'une estime qui lui ouvroit le cœur pour tout ce qui regardoit la conscience , qu'il ne répaudoit alors plus volontiers que dans son sein. Aucune réflexion sur ce qu'il étoit à M. de Noailles ne le retint. Il lui fit sa consultation si entière, qu'elle alla jusqu'à lui dire qu'en cas qu'il se défît de M. de Beauvilliers, c' étoit au duc de Noailles à qui il s'étoit déterminé de donner toutes ses places.
Si M. de Paris y eût consenti, dans l'instant môme, la perte de l'un et l'élévation de l'autre étoit déclarée. Mais si la vertu et le détachement de M. de Beauvilliers m'avoient pénétré d'admiration et de surprise, celles de l'archevêque de Paris furent , s'il se peut , encore plus admirables, puisqu'il y a peut-être moins à faire pour s'abandonner humblement à la chute, et ne s'en vouloir garantir par rien de peur de s'opposer à la volonté de Dieu, qu'il n'y a à prendre sur soi pour conserver dans les plus grandes places le protecteur de son adversaire, et d'une cause qu'on a si solennellement entrepris de faire condamner , et devenir sciemment l'obstacle de la plus grande fortune d'un frère avec qui on est parfaitement uni , et des établissements de sa maison les plus éclatants et les plus solides. C'est là pourtant ce que sans balancer fit l'archevêque de Paris. Il s'écria sur la pensée du roi comme passant le but , lui représenta avec force la vertu , la candeur , la droiture de M. de Beauvilliers , la sécurité où le roi devoit être à son égard pour ses petitsfils , le tort extrême que cette chute feroit à sa réputation , [au point d'j at-