‹ Mémoires complets et authentiques du duc de Saint-Simon, sur le siècle de Louis XIV et la Régence (volume 5)Chapitre 294 sur 374 · M. DE LA TRAPPE CONSULTÉ · texte numérisé non relu

M. DE LA TRAPPE CONSULTÉ

dans le salon , et par-ci , par-là , les distinguées dans la première pièce de l'appartement de Mme de Maintenon, où elle ni le roi ne se tenoient pas , mais où elles le voyoient passer plus à leur aise , et mieux remarquées.

Mmes de Chevreuse et de Beauvilliers , accoutumées à voir l'élite des dames se ramasser autour d'elles partout, se trouvèrent tout ce voyage^ là et quelques autres ensuite fort esseulées. Personne ne les approcha celui-ci, et si le hasard, ou quelque soin, en amenoit auprès d'elles, c'étoit sur des épines, et elles ne cherchoient qu'à se dissiper, ce qui arrivoit bientôt après. Cela parut bien nouveau et assez amer aux deux sœurs-, mais, semblables à leurs maris en vertus et en bienséances, elles ne coururent après personne , se tinrent tranquilles , virent sans dédain ce flux de la cour, mais sans paroître embarrassées, reçurent bien le peu et le rare qui leur vint , mais sans empressement , et à leur façon ordinaire, et surtout sans rien chercher, et ne laissèrent pas de bien remarquer et distinguer les différentes allures, et tous les degrés de crainte, de politique ou d'éloignement. Leurs maris aussi courtisés, et encore plus environnés qu'elles , éprouvèrent encore plus d'abandon , et ne s'en émurent pas davantage. Tout cela eut un temps , et peu à peu, on se rapprocha d'eux et d'elles, parce qu'on vit le roi les traiter avec la même distinction , et que la même politique qui avoit éloigné d'eux le gros du monde l'en rapprocha dans les suites, et que l'envie, lasse de bouder inutilement, fit enfin comme les autres.

Pendant ces dégoûts , La Reynie interrogea plusieurs fois Mme Guyon et le P. La Combe. Il se répandit que ce barnabite disoit beaucoup, mais que Mme Guyon se défendoit avec beaucoup d'esprit et de réserve. Les écrits continuoient. Le roi loua publiquement l'histoire de toute cette affaire , que M. de Meaux lui avoit présentée , et dit qu'il n'y avoit pas avancé un mot qui ne fût vrai. M. de Meaux étoit ce voyage-là fort brillant à Marly , et le roi avoit chargé le nonce d'envoyer ce livre au pape. Rome fut agitée de tout cet éclat. L'affaire qui dormoit un peu à la congrégation du Saint-Office, où elle avoit été renvoyée, reprit couleur, et couleur qui commença à devenir fort louche pour M. de Cambrai.

Dans ces entrefaites, il arriva une chose qui ne laissa pas de ra'importuner. M. de Meaux étoit anciennement ami de M. de la Trappe; il l'étoit allé voir quelquefois , et ils s'écrivoient de temps en temps ; ils s'airaoient et ils s'estimoient encore davantage. M. de Meaux, dans les premières crises de la dispute , lui envoya ses premiers écrits , ceux que M. de Cambrai publia d'abord, et en même temps les Maximes des saints ; il le pria d'examiner ces différents ouvrages , et , sans en faire un lui-même dont il n' avoit ni le temps ni la santé , de lui mander franchement, et en amitié, ce qu'il en pensoit. M. de la Trappe lut attentivement tout ce que M. de Meaux lui avoit envoyé. Tout savant et grand théologien qu'il fût , le livre des Maximes des saints l'étonna et le scandalisa beaucoup. Plus il l'étudia, et plus ces mêmes sentiments le pénétrèrent. Il fallut enfin répoudre après avoir bien examiné. Il crut répoudre en particulier et à son ami , il compta qu'il n'écrivoit

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