‹ Mémoires complets et authentiques du duc de Saint-Simon, sur le siècle de Louis XIV et la Régence (volume 5)Chapitre 305 sur 374 · LOUIS ET HERCULE DE ROHAN · texte numérisé non relu

LOUIS ET HERCULE DE ROHAN

aîné du duc d'Ëperuon , et en faveur de ce mariage , le duché-pairie dUalIuyn fut de nouveau érigé pour eux , mais avec l'ancien rang du grand-père de la mariée. Ils se brouillèrent, se démarièrent, et n'eurent point d'enfants.

£n 1620, Mme d'Halluyn épousa M. de Schomberg avec des lettres en continuation de pairie. Tellement, que Mme de Rohan, dont l'érection étoit antérieure aux deux continuations de pairie qu'avoit obtenues Mme d'Halluyn à tous ses deux mariages, pouvoit bien n'avoir pas grand tort d'être fâchée de la voir remonter à la première érection de son grand-père, antérieure à celle de Rohan. On ne voit pas d'ailleurs que cette duchesse de Rohan, qui étoit la fille de M. de Sully, et mère de l'héritière qui épousa le Chabot, ait jamais rien prétendu ni disputé, excepté cette ridicule aventure que j'ai voulu expliquer afin de ne rien omettre. Passons maintenant à la branche de Guéméné.

Louis de Rohan, seigneur de Guéméné, frère aîné du maréchal de Gié, dont je viens d'épuiser la branche, ne fournit rien à remarquer, non plus que ses trois générations suivantes. La quatrième fut Louis VI de Hohan , qui fit ériger la seigneurie de Montbazon en comté et celle de Guéméné en principauté en 1547 et 1549.

Il y a nombre de ces principautés d'érection en France , dont pas une n'a jamais donné et ne donne encore aucune espèce de distinction à la terre, que le nom, ni à celui qui en a obtenu l'érection non plus, ni à ses successeurs. Aussi, ce Louis de Rohan a-t-il vécu et est-il mort sans aucun rang ni honneurs , non plus que ses pères , et sans la moindre prétention. Mais désormais il faut prendre garde à tout ce qui sortira de lui. Il épousa la fille aînée du dernier Rohan de la branche de Gié, qui étoit frère de Mmes de Beauvilliers et de Rothelin-Longueville, comme je l'ai dit ci-dessus, et qui fut ambassadeur à Rome en 1548, lequel en secondes noces épousa la sœur de son gendre , dont il n'eut point d'enfants.

De ce Louis VI de Rohan et de Léonor Rohan-Gié , quatre fils et cinq filles , qui , comme les précédentes de leur maison , et même plusieurs veuves de seigneurs de Rohan , épousèrent des seigneurs , et même des gentilshommes particuliers.

Les quatre fils furent Louis, en faveur de qui Henri III érigea le duché de Montbazon en duché-pairie, en 1588. Il mourut un an après sans en. fants. Pierre , prince de Guéméné , qui d'une Lenoncourt , ne laissa qu'une fille , Anne de Rohan , qui épousa le fils de son frère qui va suivre , et d'elle son cousin germain. Hercule , duc et pair de Montbazon par une érection nouvelle par Henri IV, en 1595, avec rang de cette nouvelle érection , et Alexandre , marquis de Marigny , et qui mourut sans en. fants, ayant pris le nom de comte de Rochefort, duquel il se faut souvenir.

Hercule susdit, duc de Montbazon, fut grand veneur, gouverneur de Paris et de l'Ile-de-France, chevalier du Saint-Esprit en son rang de duc, en 1597 ; homme de tète et d'esprit, qui figura fort, et sa femme et leurs enfants encore davantage. Lassé de leurs intrigues, qui suivant l'étoile de la maison de Rohan , étoient utiles à cette maison , mais qui

FAMILLE d'hercule DE ROHAN. 865

lui faisoient peu d'honneur, il les laissa faire et se retira en Touraine, où il demeura longues années, et y mourut à quatre-vingt-sii ans, en 1654, sans s'être démis de son duohé. Il avoit épousé en 1628, en secondes noces, Marie fille de Claude d'Avaugour, et de Catherine Fouquet de La Varenne. Le trisaïeul de père en fils de ce Claude d'Avaugour étoit le bâtard du dernier duc de Bretagne, et le grand-père paternel du comte de Vertus d'aujourd'hui.

Du premier lit , M. de Montbazon , Louis , prince de Guéméné , depuis duc de Montbazon , et la connétable de Luynes , mère du duc de Luynes , qui épousa en secondes noces, en 1G22, le duc de Chevreuse, dernier fils du duc de Guise, tué à Blois, laquelle devint si fameuse sous ce dernier nom.

Du second lit , M. de Soubise , que nous avons tous vu , père du prince et du cardinal de Rohan , et Anne de Rohan , qui a été la seconde femme du duc-de Luynes, fils de sa sœur, dont elle a eu le comte d'Albert, le chevalier de Luynes et plusieurs filles , toutes mariées.

Le prince de Guéméné étoit un homme de beaucoup d'esprit, et encore plus Anne de Rohan sa femme , fille de Pierre , prince de Guéméné , frère aîné de son père. Lui , elle et Mme de Chevreuse , toute leur vie, ne furent qu'un, et avec eux, en quatrième, leur belle-mère, seconde femme de leur père, qui avoit autant d'esprit et d'intrigue qu'eux, et, ce qui peut passer pour un miracle , toutes trois parfaitement belles et fort galantes , sans que leur beauté ni leur galanterie ait jamais formé le moindre nuage de galanterie ni de brouillerie entre elles.

Le prince de Guéméné, non-seulement voyoit trop clair pour ignorer ce qui se passoit dans sa maison, mais il y trouvoit son compte, et dès là, non-seulement il le trouvoit fort bon, mais il étoit des confidences sans en faire semblant au dehors. Leçon utile à la grandeur d'une maison, quand il y a des beautés qui savent faire usage de leurs charmes, heureusement fatale à la maison de Rohan, pour le répéter encore, et que M. de Soubise a si exactement et si utilement suivie.

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