‹ Mémoires complets et authentiques du duc de Saint-Simon, sur le siècle de Louis XIV et la Régence (volume 5)Chapitre 304 sur 374 · BENJAMIN DE ROHAN DUC ET PAIR · texte numérisé non relu

BENJAMIN DE ROHAN DUC ET PAIR

de porter lui et leur postérité le nom et les armes de Rohan ; et [Chabotl fut fait duc et pair comme on sait , par lettres nouvelles et avec rang du jour de sa réception au parlement. La mère quiétoit huguenote ne vouloit point ce mariage, et la fille qui étoit catholique, soutenue de M. Gaston et de M. le Prince, se moqua d'elle.

De ce mariage vint le duc de Rohan , la seconde femme de M. de Soubise, la seconde femme du prince d'Espinoy, et Mme de Coetqueu que nous avons tous vus.

M. de Soubise, frère de ce grand duc de Rohan, ne fit parler de lui que par l'audace et l'opiniâtreté de ses continuelles défections, quoiqu'à la paix que le roi donna en 1626 aux huguenots il l'eût fait duc à brevet. On n'en ouït plus parler en France , depuis la prise de la Rochelle, et il mourut en Angleterre, sans considération, où il s'étoit retiré sans avoir été marié, vers 1641.

Voilà donc une duchesse à vie , un duc et pair et un duc à brevet dans la maison de Rohan. Mais cette génération commence à montrer autre chose. M. de Sully, en faisant le mariage de sa fille, représentas! bien à Henri IV l'honneur que cette branche de Rohan avoit de lui appartenir de fort près, et d'être même l'héritière de la Navarre, s'il n'avoit point d'enfans , par Isabelle de Navarre , sa grand'tante et leur grand'mère, qu'il obtint un tabouret de grâce aux deux soeurs de son gendre, l'autre étant déjà mariée, mais en leur déclarant bien que ce n'étoit que par cette unique considération de la proche parenté de Navarre, que cette distinction ne regardoit point la maison de Rohan, et ne passeroit pas même au delà de ces deux filles. C'est la première époque de rang , où plutôt d'honneurs sans dignité dans la maison de Rc han , et non à cette maison.

Aux fiançailles et mariage de M. Gaston avec Mlle de Montpensier, princes ni grands n'eurent point de rang , marchèrent entre eux en confusion , et se placèrent comme ils purent. Les dames ne furent pas d'avis de faire de même, et voulurent marcher en rang. C'étoit à Nantes, et le cardinal de Richelieu faisoit la cérémonie. La duchesse de Rohan qui suivoit la duchesse d'Halluyn , qu'on a aussi quelquefois appelée la maréchale de Schoraberg, voulut la précéder. L'autre s'en défendit, la contestation s'échauffa ; des paroles , elles en vinrent aux poussades et aux égratignures. Le scandale ne fut pas long , et sur-le-champ la dispute fut jugée et décidée en faveur de Mme d'Halluyn, comme l'ancienne de Mme de Rohan , qui subit le jugement.

Voilà la première époque de prétention , et la prétention fut malheureuse : encore n'est-il rien moins que clair qu elle roulât sur la maison de Rohan , qui jusqu'alors et bien longtemps depuis , n'en avoit aucune ; mais bien sur l'ancienneté entre duchesses , car on voit que Mme de Rohan ne disputa pas à une autre. Mme d'Halluyn étoit fille de M. de Pienne, tué du vivant de son père par ordre du duc de Mayenne, dans la Fère, dont il étoit gouverneur en 1592 , et son père avoit été fait duc et pair au commencement de 1588. Il avoit marié M. de Pienne son fils à une fille du maréchal de Retz, qui n'en eut qu'un fils, mort tout jeune, en 1598, et Mme d'Halluyn dont il s'agit ici. Elle épousa le fils

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