LE MARQUIS DE MARIGNY
Soubise, depuis cardinal de Rolian, obtient par ordre du rot les mêmes distinctions en Sorbonne. — Fiançailles du prince de Monlbazon et de la fille du duc de Bouillon dans le cabinet du roi.
Le connétable de Luynes, qui ne l'étoit pas encore, mais que je nomme ainsi pour le distinguer de son fils, voulut entrer agréablement dans la maison du duc de Montbazon, en épousant sa fille , en septembre 1617 , et faire en même temps éclater sa faveur par une dis"tinclion extraordinaire. Il obtint que Mlle de Montbazon seroit assise dès la veille de son mariage avec lui, grâce qui se terminoit là, sans influer sur le reste de la famille. C'étoit en un mot un tabouret de grâce, et pour une seule fois, pour faire briller la faveur du favori, et témoigner à M. de Montbazon combien ce mariage étoit agréable au roi.
A la promotion de 1619 , M. de Luynes obtint une dispense d'âge pour le frère de sa femme , qui n'avoit que vingt-un ans , et qu'on appeloit alors le comte de Rochefort , qui prit après le nom de prince de Guéméné, jusqu'à la mort de son père. M. de Luynes obtint encore pour lui qu'il marcheroit le premier des gentilshommes de cette promotion, c'est-à-dire immédiatement après lui-même, qui en étoit le dernier duc. Mais cela n'empêcha pas que, jusqu'à ce qu'il le fût devenu lui-même par la mort de son père , trente-cinq ans après , il n'ait toujours été précédé par tous les gentilshommes, plus anciens chevaliers de l'ordre que lui , sans difficulté aucune , ni réclamation de sa part.
Le marquis de Marigny , frère de son père , qui pour combler la famille de la femme du favori fut aussi de cette même promotion, y marcha le cinquante-cinquième parmi les gentilshommes , et n'en eut que quatre de toute la promotion après lui. Ainsi , avec toute la faveur de M. de Luynes, qui se déploya toujours tout entière sur la maison de sa femme , avec un emploi aussi important qu'étoit pour lors le gouvernement de Paris et de l'Ile-de-France, avec une charge aussi favorable que celle de grand veneur auprès d'un jeune roi passionné pour la chasse , au point qu'étoit Louis XIII, et dont le fils avoit la survivance du père, avec l'exemple des tabourets de grâce des deux sœurs du célèbre duc de Rohan , et l'avancement d'un jour de celui de Mme de Luynes , on voit que MM. de Rohan n'avoient pas encore imaginé devoir avoir des honneurs et des distinctions au-dessus des gens de qualité non titrés , beaucoup moins à être princes.
Mais voici le commencement. Mme de Chevreuse avoit été de tout temps dans la plus intime confidence de la reine. Elle en fut chassée plus d'une fois par Louis XIII, et de l'aventure du Val-de-Grâce, où la reine fut fouillée et visitée jusque dans son sein, par le chancelier Séguier, qui pourtant en acquit ses bonnes grâces pour le reste de sa vie par la manière dont il s'y conduisit, Mmes de Chevreuse et Beringhen se sauvèrent hors du royaume, et plusieurs autres furent chassés et perdus, que la reine fit revenir et récompensa, tout aussitôt qu'elle fut régente,
Mme de Chevreuse étoit encore alors en Flandre , et quoiqu'elle sa trouvât trompée à son retour dans l'opinion qu'elle avoit conçue d'être