‹ Mémoires complets et authentiques du duc de Saint-Simon, sur le siècle de Louis XIV et la Régence (volume 5)Chapitre 311 sur 374 · MM. DE SOXJBISE ET COMTE D' AUVERGNE · texte numérisé non relu

MM. DE SOXJBISE ET COMTE D' AUVERGNE

même considération subsistèrent, et les mêmes précautions de bienséance. Elle écrivoit très-souvent au roi et de Versailles à Versailles. Le roi lui répondoit toujours de sa main , et c'étoient Bontems ou Bloin qui les rendoient au roi et faisoient passer ses réponses. C'est de la sorte qu'elle fit M. de Soubise prince par degrés et par occasions, et que peu à peu elle en obtint tout le rang.

Ce fut pourtant Monsieur dont ils se servirent pour faire asseoir la Beautru , veuve de M. de Rannes , que le prince de Montauban , frère du prince de Guéméné, épousa en 1681. Elle jouoit fort chez Monsieur. Monsieur de Montauban n'avoit point de rang, quoique sa belle-sœur fût assise, leur père vivant et point démis par le crédit de Mme de Soubise , sur le même exemple de la belle-sœur de Mme de Chevreuse. Le roi disoit toujours que Monsieur lui avoit escroqué ce tabouret, et du tabouret, les deux frères devinrent princes comme M. de Soubise. M. de Guéméné se maria la première fois en 1678, puis en 1679; M. de Montauban, son frère, en 1682, et n'a point laissé d'enfants.

Il est néanmoins vrai que Mme de Soubise , qui jamais ne fut refusée de rien , ne put pourtant venir à bout d'une seule chose. A la promotion de 1688, le duc de Montbazon, fou depuis longtemps, étoit enfermé à Liège. Il étoit fils du frère aîné de M. de Soubise, ce prince de Guéméné, chevalier de l'ordre en 1619, dont j'ai parlé ci-dessus. Il ne s'étoit point démis de son duché; il étoit interdit, et par conséquent hors d'état de s'en démettre comme de faire tout autre acte. M. de Bouillon étoit exilé.

Cette promotion fut la première où le roi fit passer les ducs à brevet, les maréchaux de France et les grands officiers de sa maison avant les gentilshommes de cette même promotion ; mais les gentilshommes dès lors chevaliers de l'ordre continuant à les précéder. Le comte d'Auvergne et M. de Soubise furent mis sur la liste du roi. Ils demandèrent de précéder les ducs à brevet et les maréchaux de France de cette même promotion , et Mme de Soubise , que le prince de Guéméné qui n'en étoit pas en fût mis, et y tint le rang de duc de Montbazon.

Elle en savoit trop pour l'espérer, mais elle compta d'obtenir l'autre demande en compensation du refus de celle-ci. Pour cette fois elle se trompa; non-seulement le roi tint ferme, mais il se fâcha jusqu'à ordonner à Châteauneuf, greffier de l'ordre, en plein chapitre, de mettre sur son registre que MM. de Soubise et comte d'Auvergne s'excusoient d'être de la promotion pour ne vouloir pas prendre l'ordre dans le rang où leurs pères et leurs prédécesseurs s'étoient tenus honorés de le recevoir.

Cela fit grand bruit, et la mortification fut cuisante. Mais Mme de Soubise y sut pourvoir ; elle amadoua et intimida si bien Châteauneuf qui étoit de ses amis et un fort pauvre homme , qu'elle lui fit écrire sur ses registres que ces messieurs n'avoient pas pris l'ordre pour n'avoir pas voulu céder à des cadets de la maison de Lorraine.

Ils n'avoient jamais osé parler d'eux ni des ducs ; il ne s'étoit agi que de passer après le dernier duc et devant le premier des ducs à brevet , et des maréchaux de France qui n'avoient jamais été mis les premiers

s'excluent de l'ordre. 371

des gentilshommes d'une promotion , e1 qui encore alors et depuis n'avoient aucun rang dans l'ordre que de leur ancienneté de promotion, et dans celle où ils étoient reçus , celui où avec les gentilshommes ils se trouvoient écrits dans la liste du roi , qui dans celle-ci les avoit écrits les premiers.

Ainsi l'adresse , pour ne rien dire de plus, substitua i une vérité fâcheuse à leurs idées , une fausseté à devenir preuve d'une prétentioa de préséance qu'ils n'avoient jamais imaginée : cela ne fut su que bien des années après, et le rare est qu'il n'en a été autre chose. Pour MM. de Bouillon, aucun d'eux jusque-là n'avoit été à portée de l'ordre dans aucune promotion jusqu'à celle-ci.

Le père du maréchal de Bouillon étoit, comme tous les siens, sans prétention, et il mourut de ses blessures en 1557, qu'il avait reçues auprès de Saint-Quentin, longtemps avant l'institution de l'ordre. Le maréchal de Bouillon vécut et mourut huguenot en 16?3. Le duc de Bouillon ne se (it catholique qu'en 1637, et mourut en 1652 sans promotion entre deux , et M. de 'f urenne son frère ne se convertit quen 16C8 et fut tué en 1G75, aussi sans promotion entre deux. Ce n'étoit que depuis la possession des biens de l'héritière de Sedan que le maréchal de Bouillon , et ses enfants encore plus que lui , avoient commencé à hasarder quelques prétentions , et le frère puîné du père de cette héritière , et qui , par transaction toujours exécutée , précéda toute sa vie en tous actes, lieux et occasions le maréchal de Bouillon, fut le vingtquatrième parmi les gentilshommes dans la première promotion, et son flls le cinquante et unième dans celle de 1619, la même où le marquis de Marigny dont j'ai parlé fut le cinquante-cinquième.

Voilà une longue parenthèse avant de venir au fait qui l'a engagée, mais dont la curiosité pourra dédommager. Il faut pourtant en essuyer une autre dont on ne peut passer le récit pour bien entendre le fait dont il s'agit cette année.

Je ne sais où s'est prise l'origine du traitement si distingué que reçoivent en Sorbonne les princes ou ceux qui en ont le rang pendant leur licence. Ce ne peut être de la maison de Lorraine. Sa puissance a bien pu dominer cetta célèbre école au point de lui faire commettre l'attentat de dégrader Henri III, et de le déclarer, sans droit ni autorité quelconque , déchu de la couronne après l'exécution de Blois de la fin de 1588, et après sa mort, Henri IV exclu de la couronne. Cette même puissance auroit donc bien pu imaginer ces honneurs et se les faire rendre; mais elle-même ne les prétendoit pas alors, au moins le principal, et qui emporte les autres distinctions qui ne sont que locales. Elles consistent en celles-ci.

Le prince, ou celui qui en a le rang, qui soutient une thèse, a des gants dans ses mains, et son bonnet sur la tête pendant toute l'action, et il est traité de sérénissime prince tant par ceux qui argumentent contre lui, que par celui qui préside à la thèse. Il l'est aussi d'altesse térénissime, et le proviseur de Sorbonne la lui donne dans ses lettres de doctorat. Quelque grands et puissants qu'aient été ceux de la maison de Lorraine en France , depuis qu'ils s'y vinrent établir sous François I*'

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