‹ Mémoires complets et authentiques du duc de Saint-Simon, sur le siècle de Louis XIV et la Régence (volume 5)Chapitre 315 sur 374 · FIANÇAILLES DU PRINCE DE MONTBAZON · texte numérisé non relu

FIANÇAILLES DU PRINCE DE MONTBAZON

et alléguoit que M. de Péréfixe qui les avoit données avec ce traitement à M. de Bouillon, depuis cardinal , n'étoit pas duc et pair. Mme de Soubise en vint à bout aussi aisément que du reste. Le roi l'ordonna à l'archevêque de Reims, et lui dit pour toute raison qu'il ne donnoit pas ces lettres comme archevêque de Reims , mais comme proviseur de Sorbonne , et qu'il le vouloit ainsi : on peut juger qu'il fut bientôt obéi.

Presque aussitôt après , le prince de Hontbazon , second fils du prince de Guéméné (car l'aîné étoit enfermé dans une abbaye) épousa une fille du duc de Bouillon. Mme de Soubise obtint que les fiançailles se feroient dans le cabinet du roi.

Avant de quitter cette maison , il faut dire que le prince de Guéméné , mort duc de Montbazon, en février 1667, et frère de M de Soubise, avoit trente et un ans plus que lui , et Mme de Chevreuse morte en 1679, leur sœur, suivoit le siècle. La princesse de Guéméné morte duchesse de Montbazon en 1657 , mère de M. de Soubise, étoit cette belle Mme de Montbazon dont on a fait ce conte qui a trouvé croyance, que l'abbé de Rancé, depuis ce célèbre abbé de la Trappe, en étoit fort amoureux et bien traité; qu'il la quitta à Paris se portant fort bien, pour aller faire un tour à la campagne ; que bientôt après y ayant appris qu'elle étoit tombée malade, il étoit accouru, et qu'étant entré brusquement dans son appartement , le premier objet qui y étoit tombé sous ses yeux avoit été sa tête , que les chirurgiens, en l'ouvrant, avoient séparée ; qu'il n'avoit appris sa mort que par là ; et que la surprise et l'horreur de ce spectacle joint à la douleur d'un homme passionné et heureux, l'avoit converti, jeté dans la retraite, et delà dans l'ordre de Saint-Bernard et dans sa réforme. Il n'y a rien de vrai en cela, mais seulement des choses qui ont donné cours à cette fiction. Je l'ai demandé franchement à M. de la Trappe, non pas grossièrement l'amour et beaucoup moins le bonheur , mais le fait , et voici ce que j'en ai appris.

Il était intimement de ses amis , ne bougeoit de l'hôtel de Hontbazon, et ami de tous les personnages de la Fronde , de M. de Châteauneuf , de Mme de Chevreuse, de M. de Montrésor et de ce qui s'appeloit alors les importants, mais plus particulièrement de M. de Beaufort avec qui il faisoit très-souvent des parties de chasse , et dans la dernière intimité avec le cardinal de Retz et qui a duré jusqu'à sa mort.

Mme de Montbazon mourut de la rougeole en fort peu de jours. M. de Rancé étoit auprès d'elle, ne la quitta point, lui vit recevoir les sacrements, et fut présent à sa mort. La vérité est que , déjà touché et tiraillé entre Dieu et le monde, méditant déjà depuis quelque temps une retraite , les réflexions que cette mort si prompte firent faire à son cœur et à son esprit achevèrent de le déterminer , et peu après il s'en alla en sa maison de Véret en Touraine , qui fut le commencement de sa séparation du monde.

La princesse de Guéméné, si initiée auprès de la reine mère par Mme de Chevreuse, sœur de son mari et de M. de Soubise, et qui attrapa le tabouret par les bricoles des particuliers et du Val-de-Grâce , mourut duchesse de Montbazon, eu 168&, à quatre-vingt-un ans. Elle

Page 1