‹ Mémoires complets et authentiques du duc de Saint-Simon, sur le siècle de Louis XIV et la Régence (volume 5)Chapitre 314 sur 374 · ABBÉ DE SOUBISE · texte numérisé non relu

ABBÉ DE SOUBISE

Une si prodigieuse fortune pour un homme de l'état et de l'âge de l'abbé Le Tellier, qui n'avoit pas encore vingt-sept ans entièrement accomplis, 'fit un grand bruit dans le monde, et surprit jusqu'à sa famille et jusqu'à lui-même. M. de Turenne qui n'aimoit pas M. de Lou- Tois , ni guère mieux M. Le Tellier , en fut piqué au dernier point. C'étoit de plus un morceau unique qu'il convoitoit pour son neveu , qui déjà plein d'ambition fut enragé de se le voir ôter , et par l'abbé Le Tellier. Ils imaginèrent la coadjutorerie de Paris, et avec les avances d'amitié intime qu'ils avoient avec M. de Péréfixe , ils le lui persuadèrent si bien si sitôt , qu'il ne le désira pas moins passionnément qu'eux. Il la demanda au roi , et fut bien étonné d'y trouver de la résistance.

Il ne se rebuta point; M. de Turenne vint au secours, qui s'y mit tout entier comme pour un coup de partie. Le roi dans l'embarras du refus à If. de Péréfixe qu'il aimoit et qu'il considéroit fort, et encore plus à M. de Turenne dans la posture où il étoit, et qui étoit pourtant résolu de ne hasarder pas de faire un second coadjuteur de Retz , en sortit par proposer à M. de Turenne sa nomination au cardinalat au lieu de la coadjutorerie, et se trouva heureux et obligé à M. de Turenne de ce qu'il voulut bien l'accepter. La promotion des couronnes étoit instante, ainsi ils n'attendirent pas, et se dépiquèrent ainsi de la coadjutorerie de l'abbé Le Tellier.

M. de Péréfixe étoit proviseur de Sorbonne, et en étoit d'autant plus le maître, qu'il s'étoit plus que prêté à toutes les volontés de la cour, contre M. Arnauld et ses amis, et qu'il avoit fait main basse sur la Sorbonne , et répandu grand nombre de lettres de cachet. D'autre part , le jeune abbé s'étoit dévoué aux jésuites, auxquels il a été toute sa vie abandonné, et dont il a tiré de grands «srvices. Avec ces secours, M. de Turenne put prétendre pour lui toutes les nouveautés qu'il voulut; elles s'exécutèrent plus tôt que personne ne s'en fût avisé, et une fois faites et sans disputes ni pjtintet, '.a cour n'en dit rien aussi , et ne voulut pas courre après, et donner ce dégoût amer à M. de Turenne.

N'est-ce point là voler un peu sur les grands chemins? Si on examine bien tout ce rang de priace étranger, même dans ceux qui le sont par naissance, on le trouvera tout composé de pareils brigandages.

Sur cet exemple, l'abbé de Soubise prétendit les mêmes distinctions. Il y trouva de la résistance. Mme de Soubise n'eut pas peine à la vaincre. Le roi a toujours regardé celui-ci avec d'autres yeux que les autres enfants de Mme de Soubise, lui et un plus jeune qu'on appeloit le prince Maximilien; car depuis elle, tout fut et se nomma prince dans cette maison. Mais ce prince Maximilien fut tué de fort bonne heure , et n'eut pas le temps comme l'abbé de profiter de l'affection particulière du roi. Il commanda au proviseur et à la Sorbonne , et l'abbé de Soubise fut traité comme l'avoit été le cardinal de Bouillon.

La suite naturelle étoit que tout finît de même. Il avoit été prieur de Sorbonne pour briller et capter cette école irritée des ordres du roi à son égard. Il en fallut venir à ses lettres de doctorat, et c'est le point qui a causé toute cette digression pour l'entendre. M. de Reims n'y voulut point mettre d'altesse sérénissime. Il étoit proviseur de Sorbonne ,

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