‹ Mémoires complets et authentiques du duc de Saint-Simon, sur le siècle de Louis XIV et la Régence (volume 5)Chapitre 321 sur 374 · NAISSANCE DE MON FILS AÎNÉ · texte numérisé non relu

NAISSANCE DE MON FILS AÎNÉ

en point de la sorte le lendemain jeudi 7 août, les deux pardons demandés et en propres termes , et M. de Vendôme présent avec son frère. Ce ne fut pas sans que nature pâtît cruellement en tous les deux ; mais il fallut avaler le calice , et calmer les princes du sang , qui étoient extrêmement animés.

Pendant les jours de cette querelle, un envoyé de l'électeur de Saxe qui venoit d'arriver à Paris eut audience du roi , et son maître fût publiquement reconnu ici roi de Pologne.

Presque en même temps, c'est-à-dire le 29 mai dans la matinée, Mme de Saint-Simon accoucha fort heureusement , et Dieu nous fit la grftce de nous donner un fils. Il porta, comme j'avcis fait, le nom de vidame de Chartres. Je ne sais pourquoi on a la fantaisie des noms singuliers; mais ils séduisent en toutes nations, et ceux même qui en sentent le foible les imitent. Il est vrai que les titres de comte et de marquis sont tombés dans la poussière par la quantité de gens de rien et même sans terre qui les usurpent, et par là tombés dans le néant; si bien même que les gens de qualité qui sont marquis ou comtes (qu'ils me permettent de le dire) ont le ridicule d'être blessés qu'on leur donne ces titres en parlant à eux. Il reste pourtant vrai que ces titres émanent d'une érection de terre et d'une grâce du roi; et, quoique cela n'ait plus de distinction, ces titres dans leur origine, et bien longtemps depuis ont eu des fonctions, et que leurs distinctions ont duré bien au delà de ces fonctions. Les vidâmes, au contraire, ne sont que les premiers officiers de la maison de certains évêques par un fief inféodé d'eux , et à titre de leurs premiers vassaux conduisoient tous leurs autres vassaux à la guerre , du temps qu'elle se faisoit ainsi entre les seigneurs les uns contre les autres, ou dans les armées que nos rois assembloient contre leurs ennemis, avant qu'ils eussent établi leur milice sur le pied que peu à peu elle a été mise, et que peu à peu ils ont anéanti le service, avec le besoin des vassaux, et toute la puissance et l'autorité des seigneurs. Il n'y eut donc jamais de comparaison entre le titre de vidame,qui ne marque que le vassal et l'officier d'un évêque, et les titres qui par fief émanent des rois. Mais comme on n'a guère connu de vidâmes que ceux de Laon, d'Amiens, du Mans et de Chartres, et qu'entre ceux-là un Montoire, dont la maison avoit pris le nom de Vendôme pour en avoir épousé l'héritière dont les Montoire relevoient; parce que, dis-je, ce Vendôme s'illustra par sa gentillesse, ses galanteries, ses grands biens, sa magnificence et la splendeur du tournoi qu'il donna, et par les intrigues et les grandes afl"aires où il n'eut que trop de part, puisqu'elles le firent périr dans la Bastille; ce nom de vidame de Chartres a paru beau, et ce fief ayant toujours appartenu aux mêmes qui avoient la terre de la Ferté-Arnaud, qui de ce Vendôme tomba par sa sœur aux Ferrières , et de ceux-ci encore par une sœur aux La Fin, Louis XIII l'ayant fait acheter à mon père, parce qu'il n'y a que vingt lieues de là à Versailles , il acheta en même temps ce fief dans Chartres qui en est le vidamé, et m'en fit porter le nom, que j'ai fait après porter à mon fils.

Un peu devant le voyage de Compiègne, M. de Bouillon et le Hue

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