‹ Mémoires complets et authentiques du duc de Saint-Simon, sur le siècle de Louis XIV et la Régence (volume 5)Chapitre 322 sur 374 · CURÉ DE SEURRE BRÛLÉ · texte numérisé non relu

CURÉ DE SEURRE BRÛLÉ

d'Albret, son fils aîné, se brouillèrent avec éclat; il y avoit quelque temps que , de l'agrément du père , le fils avoit fait un voyage à Turenne , pour en rapporter le présent qui se faisoit aux fils aînés du seigneur de Turenne , la première fois qu'il y alloit. Le duc d'Albret y avoit mené des gens d'afl'aires qui y trouvèrent un testament du maréchal de Bouillon, portant, à ce qu'ils prétendirent, une substitution dûment faite et insinuée partout où il appartenoit, qui assuroit tout d'aîné en a!né, et :;[ui, par conséquent, lioit les mains à M. de Bouillon surtout avantage ï ses cadets , et le mettoit de plus hors d'état de payer ses créanciers personnels, que sur les revenus pendant sa vie. Au retour de M. d'Al- )ret , ce feu couva sous la cendre. On tourna M. de Bouillon , on n'osoit •out dire; à la fin on vint au fait, et H. d'Albret porta le testament an ieutenant civil. A quelques semaines de là , M. de Bouillon étant allé à îvreux , son fils y envoya lui signifier un exploit par un huissier à la ;ha!ne , qui sont ceux qui peuvent exploiter indifféremment partout et jue chacun qui veut emploie, quand on veut faire une signification lélicate et forte, parce que ceux-là sont toujours fort respectés et nstrumentent avec une grosse chaîne d'or au cou , d'où pend une mélaille du roi. Il sont en même temps huissiers du conseil, et y servent ivec cette chaîne. Cette démarche causa un grand vacarme : M. de iouillon jeta les hauts cris , fit ses plaintes au roi , et lui en dit , dans a colère, tout ce qu'il put de pis, et il exigea de sa plus proche famille :t de ses amis de ne point voir le duc d'Albret. Le roi s'expliqua assez lartiellement en faveur de M. de Bouillon pour mettre toute la cour de ; on côté, et ce procédé du fils y mit presque tout le monde, indépea- I amment de l'esprit courtisan. M. d'Albret, assez gauche et assez I mpêtré de son naturel, n'osa presque plus se montrer, quoique fort ! outenu de M. de La Trémoille, son beau-père, et cette affaire le : enferma fort dans l'obscurité et dans la mauvaise compagnie, quoiqu'il ( ût beaucoup d'esprit, et même fort orné , mais avec cela peu agréable. Un arrêt du parlement de Dijon fit en même temps un grand bruit. ) [ fit brûler le curé de Seurre , convaincu de beaucoup d'abominations,

I n suite des erreurs de Molinos et fort des amis de Mme Guyon. Cela ' int fort mal à propos en cadence avec la réponse de M. de Cambrai i ux États d'oraison de M. de Meaux , qui n'eut rien moins que le succès

I I l'applaudissement qu' avoit eus ce livre, el qu'il conserva toujours, t. de Paris avoit, quelque temps auparavant, fait une visite aux ducs

1 e Chevreuse et de Beauvilliers. Ils avoient su la belle action qu'il avoit * lite à l'égard du dernier , et qui portoit sur tous les deux. Ils se sépa-

èrent donc fort contents de part et d'autre , et ils firent depuis , dans - )utes les suites de cette afi'aire , une grande difTéreace de lui aux deux ; utres prélats.

La duchesse de Richelieu mourut d'une longue, cruelle et bien < Irange maladie. On lui trouva tous les os de la tête cariés jusqu'au > ou , et tout le reste parfaitement sain. Elle étoit Acigné, de très-bonne : laison de Bretagne , et fort proche parente de ma mère , qui étoit issue ' e germaine de sa mère, et fort de ses amies. C'est la seule dont M. de

vichelicu ait eu des enfants.

86t MORT DE LA PRINCESSE d'esPINOY. [1698]

La princesse d'Espinoy la mère mourut la veille ou le même jour plus tristement encore. Elle étoit du voyage de Compiègne , et vouloit être de celui de Marly qui le précédoit immédiatement. Allant à Versailles pour se présenter le soir même pour Marly , elle vint à six chevaux chez Mme de Saint-Simon dont la porte étoit encore fermée de sa couche, mais qui lui fut ouverte par l'amitié intime d'elle et de ses sœurs avec MM. de Duras et de Lorges dont j'ai parlé. Quoiqu'elle mît beaucoup de rouge , elle la parut tant partout où on n'en met point , et les veines si grosses , que Mme de Saint-Simon ne put s'empêcher de lui dire qu'elle feroit mieux de se faire saigner que d'aller à Versailles. Mme d'Espinoy répondit qu'elle en avoit été fort tentée par le grand besoin qu'elle s'en sentoit , mais qu'elle n'en avoit pas eu le temps à tout ce qu'elle avoit eu k faire avant Compiègne; qu'il falloit qu'elle allât à Marly , et que là elle se feroit saigner. Du logis elle alla débarquer tout droit chez M. de Barbezieux, à Versailles ; elle entra chez lui en bonne santé; l'instant d'après elle se trouva mal , on ne fit que la jeter sur le lit de Barbezieux : elle étoit morte. On lui trouva la tête noyée de sang. Ce fut une vraie perte pour sa famille et pour ses amis, et elle en avoit beaucoup. C'étoit une femme d'esprit et de grand sens, bonne et aussi vraie et sûre que sa sœur de Soubise étoit fausse ; noble , généreuse , bonne et utile amie , accorte, qui aimoit passionnément ses enfants et qui, excepté ses amis, ne faisoit guère de choses sans vues. Le prince d'Espinoy, qui l'avoit épousée en secondes noces , avoit obtenu un tabouret de grâce par son premier mariage avec une fille du vieux Charost, dont une seule fiUe, première femme du petit-fils de ce bonhomme.

Mme d'Espinoy étoit demeurée veuve avec deux fils et deux filles. M. d'Espinoy avoit été chevalier de l'ordre de la promotion de 1661 , et y avoit marché le vingt-neuvième, c'est-à-dire le dix-huitième des gentilshommes , entre le comte de Tonnerre et le maréchal d'Albret , et n'imaginoit pas être prince quoique de grande, ancienne et illustre maison. 11 étoit mort en 1679, et n' avoit jamais fait aucune figure. Mme d'Espinoy, fort laide, étoit sœur du duc de Rohan-Chabot et de deux beautés, Mme de Soubise de qui j'ai parlé il n'y a pas longtemps. et assez pour n'en plus rien dire, et Mme de Coetquen, célèbre par le secret du siège de Gand, que M. de Turenne amoureux d'elle ne lui put cacher, et qui transpira par elle , en sorte que le roi qui ne l'avoit dit qu'à M. de Louvois et à lui leur en parla à tous deux , et que M. de Turenne eut la bonne foi d'avouer sa faute. Entre une déesse et une nymphe , cette troisième sœur n'étoit qu'une mortelle qui vivoit avec Mme de Soubise dans l'accortise et la subordination de sa beauté et de sa faveur, et dans l'amertume de lui avoir vu faire pièce à pièce MM. de ' Rohan princes , tandis qu'elle ne savoit pas même si elle obtiendroit la continuation du tabouret de grâce pour son fils. Tous les biens de ses enfants étoient en Flandre, cela l'avoit engagée à y faire de longs séjours. M. Pelletier de Sousi y étoit intendant; lui et son frère, le contrôleur général, étoient créatures de M. de Louvois, par conséquent il étoit le maître en Flandre. Le besoin que Mme d'Espinoy en eut , et les services qu'il lui rendit , les lièrent d'une amitié si intime qu'elle

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