CHAPITRE XL
La belle-fllle de Ponlcliarlrain et son intime liaison arec Mme de Saint-Simon. — Amitié intime entre Pontcharlrain et moi. — Amitié intime entre l'évéque de Chartres et moi. — Le Cbarmel; ma liaison avec lui. — Méprise de M. de la Trappe au choix d'un abbé et son insigne Tertu. — Change» ment d'abbé i la Trappe.
L'intervalle est si court entre le retour du roi le 24 septembre d* Compiègne, et son départ le 2 octobre pour Fontainebleau, que je placerai ici une chose qui fut entamée avant le premier de ces deux voyages, et qui ne fut consommée qu'au retour du second. Elle semblera peu intéressante parmi tout ce qui l'a précédée et la suivra, mais j'y pris trop de part pour l'omettre, et je ne la puis bien expliquer sans rappeler ma situation avec quelques personnes. La première me fait trop d'honneur pour n'être pas embarrassé à la rapporter; mais, outra que la vérité doit l'emporter sur toute autre considération, c'est qu'elle a influé depuis sur tant de choses importantes qu'il n'est pas possible de l'omettre.
On a vu en son temps le mariage du fils unique de M. de Pontchartrain avec une sœur du comte de Roucy, cousine germaine d&>Mme de Saint-Simon. Ils ne l'avoient désirée que pour l'alliance, et par la façoa dont ils en usèrent pour tous ses proches, toutefois en trayant, ils firent tout ce qu'il falloit pour en profiter. Il n'y en eut point qu'ils recherchassent autant que Mme de Saint-Simon , et qu'ils désirassent tant lier avec leur belle-fille. Elle se trouva très-heureusement née, avec beaucoup de vertu , de douceur et d'esprit, toute Roucy qu'elle étoit, beaucoup de sens et de crainte de se méprendre et de mal faire, ce qui lui donnoit une timidité bienséante à son ftge. Avec cela, pour peu qu'elle fût en quelque liberté, toutes les grâces, tout le sel, et tout ce qui peut rendre une femme aimable et charmante , et avec le temps une conduite, une connoissance des gens et des choses, un discernement fort au-dessus d'une personne nourrie dans une abbaye à Soissons , et tombée dans une maison où dans les commencements elle fut gardée à vue , ce qu'elle eut le bon esprit d'aimer, et de s'attacher de cœur à tout ce à quoi elle le devoit être. La sympathie de vertus, de goûts, d'esprits, forma bientôt entre elle et Mme de Saint-Simon une amitié qui devint enfin la plus intime , et la confiance la plus sans réserve qui pût être entre deux sœurs. M. et Mme de Pontcharlrain en étoient ravis. Je ne sais si cette raison détermina M. de Pontcharlrain; mais sur la fin de l'hiver de cette année, l'étant allé voir dans son cabinet, comme depuis ce mariage j'y allois quelquefois, mais pas fort souvent à ces heures-là de solitude, après un entretien fort court et fort ordinaire, il me dit qu'il avoit une grâce à me demander, mais qui lui tenoit au cœur de façon à n'en vouloir pas être refusé. Je répondis comme je devois à un ministre , alors dans le premier crédit et dans les premières places de son état. Il redoubla, avec cette vivacité