MARÉCHALE DE ROCHEFORT
la honte qui lui en fut faite, n'ayant jamais eu la plus petite chose à démêler avec le duc d'York. Dans les suites il prit confiance en Villars, alors que le cardinal Mazarin songea à lui donner sa nièce. Ce fut de Villars dont il se servit, et par qui il fit ce mariage. On sait combien il fut heureux et sage ensuite. Villars devint le confident des deux époux et leur lien avec le cardinal, et tout cela avec toute la sagacité et la probité possible.
Une telle situation le mit fort dans le monde , et dans un monde fort au-dessus de lui, parmi lequel quelque fortune qu'il ait faite depuis, il ne s'est jamais méconnu. Sa figure lui donna entrée chez les dames; il étoit galant et discret, et cette voie ne lui fut pas inutile. Il plut à Mme Scarron qui , sur le trône où elle sut régner longtemps depuis , n'a jamais oublié ces sortes d'amitiés si librement intimes. Villars fut employé auprès des princes d'Allemagne et d'Italie, et fut après ambassadeur en Savoie , en Danemark et en Espagne , et réussit et se fit estimer et aimer partout. 11 eut ensuite une place de conseiller d'État d'épée, et, au scandale de l'ordre du Saint-Esprit, il fut de la promotion de 1698. Sa femme étoit sœur du père du maréchal de Bellefonds , qui avûit de l'esprit infiniment, plaisante, salée, ordinairement méchante : tous deux fort pauvres, tovijours à la cour où ils avoient beaucoup d'amis et d'amies considéra^jles.
La maréchale de Rochefort étoit d'une autre étoffe et de la maison de Montmorency, de la branche de Laval. Son père, second fils du maréchal de Boisdauphin, avec très-peu de bien, épousa pour sa bonne mine la marquise de Coislin , veuve du colonel général des Suisses et mère du duc et du chevalier de Coislin, et de 1 évoque d'Orléans, premier aumônier du roi. Elle étoit fille aînée du chancelier Séguier et sœur aînée de la duchesse de Verneuil , mère en premières noces du duc de Sully et de la duchesse du Lude. La maréchale de Rochefort naquit posthume, seule de son lit, en 1646, et M. de Boisdauphin, frère aîné de son père, n'eut point de postérité. Elle épousa en 10G2 le marquis, depuis maréchal , de Rochefort-Alloigny , peu de mois après que l'héritière de Souvré, sa cousine issue de germaine, eut épousé M. de Louvois.
Cette héritière étoit fille du fils de M. de Courtenvaux , lequel étoit fils du maréchal de Souvré et frère de la célèbre Mme de Sablé, mère de M. de Laval père de la maréchale de Rochefort. M. de Rochefort, qu'elle épousa, éloit ami intime de M. Le Tellier et de M. de Louvois qui lui firent rapidement sa fortune. Il mourut capitaine des gardes du corps, gouverneur de Lorraine, et désigné général d'armée, en allant en prendre le commandement au printemps de 1676. Il n'y avoit pas un au qu'il étoit maréchal de France de la promotion qui suivit la mort de M. de Turenne. Cette même protection avoit fait sa femme dame du palais de la reine.
Elle étoit belle , encore plus piquante , toute faite pour la cour , pour les galanteries, pour les intrigues, l'esprit du monde à force d'en être, peu ou point d'ailleurs, et toute la bassesse nécessaire pour être de tout et en quelque sorte que ce fût. M. de Louvois la trouva fort à son gré,