FORTUNE DE VILLARS PÈRE
juste , que le roi en se relevant ne Uouva plus que son dos , et [ellej avancée d'un pas vers la porte.
Le lendemain toute la cour fut chez Monsieur , chez Madame et chez M. le duc de Chartres, mais sans dire une parole: on se contentoit de faire la révérence , et tout s'y passa en parfait silence. On alla ensuite attendre à l'ordinaire la levée du conseil dans la galerie et la messe du roi. Madame y vint. M. son fils s'approcha d'elle comme il faisoit tous les jours pour lui baiser la main. En ce moment Madame lui appliqua un soufflet si sonore qu'il fut entendu de quelques pas, et qui, en présence de toute la cour , couvrit de confusion ce pauvre prince , et combla les infinis spectateurs, dont j'étois, d'un prodigieux étonneraent. Ce même jour l'immense dot fut déclarée, et le jour suivant le roi alla rendre visite à Monsieur et à Madame, qui se passa fort tristement, et depuis on ne songea plus qu'aux préparatifs de la noce.
Le dimanche gras, il y eut grand bal réglé chez le roi, c'est-à-dite ouvert par un branle, suivant lequel chacun dansa après. J'allai ce matin-là chez Madame qui ne put se tenir de me dire d un ton aigre et chagrin, que j'étois apparemment bien aise des bals qu'on alloit avoir, et que cela étoit de mon âge , mais qu'elle qui étoit vieille voudroit déjà les voir bien loin. Mgr le duc de Bourgogne y dansa pour la première fois, et mena le branle avec Mademoiselle. Ce fut aussi la première fois que je dansai chez le roi, et je menai Mlle de Sourches, fille du grand prévôt, qui dansoit très-bien. Tout le monde y fut fort magnifique.
Ce fut, un peu après, les fiançailles et la signature du contrat de mariage , dans le cabinet du roi , en présence de toute la cour. Ce mâme jour la maison de la future duchesse de Chartres fut déclarée ; le roi lui donna un chevalier d'honneur et une dame d'atours , jusqu'alors réservés aux filles de France , et une dame d'honneur qui répondit à une si étrange nouveauté. M. de Villars fut chevalier d'honneur, la maréchale de Rochefort dame d'honneur, la comtesse de Mailly dame d'atours, et le comte de Fontaine-Martel premier écuyer.
Villars étoit petit-fils d'un greffier de Coindrieu , l'homme de France le mieux fait et de la meilleure mine. On se battoit fort d^ son temps; il étoit brave et adroit aux armes, et avoit acquis de la réputation fort jeune en des combats singuliers. Cela couvrit sa naissance aux yeux de M. de Nemours, qui aimoit à s'attacher des braves, et qui le prit comme gentilhomme. Il l'estima même assez pour le prendre pour second au du3l qu'il eut contre M. de Beaufort, son beau-frère, qui le tua, tandis que Villars avoit tout l'avantage sur son adversaire.
Cette mort renvoya Villars chez lui; il n'y fut pas longtemps que M. le prin'ce de Conti se l'attacha aussi comme un gentilhomme à lui. Il venoit de quitter le petit collet. Il étoit foible et contrefait, et souvent en butte aux trop fortes railleries de M. le Prince son frère; il projeta de s'en tirer par un combat, et ne sachant avec qui, il imagina d'appeler le duc d'York, maintenant le roi Jacques d'Angleterre, qui est à Saint-Germain et qui pour lors étoit en France. Cette belle idée et le souvenir du combat de M. de Nemours lui fit prendre Villars. Il ne put tenir son projet si caché qu'il ne fût découvert, et aussitôt /"ompu pai