CHAPITRE XUI
4«»». — M. le duc de Berry chevalier de l'ordre. — Mort du duc de Brissae. — DiQîcullés i succéder i la dignité de duc et pair de Brissae. — Entreprises lorraine*. — Etrange hardiesse de la princesse d'Karcourt, le Jour de la première audience de milord Jersey chez Mme la duchesse de Bourgogne. — Noir artifice des Lorrains que je mis au net avec le roi le soir même. — Plainte du duc de Rohan au roi, qui ordonne à la princesse d'Uarcourtde demander pardon à la duchesse de Rohan, et qui l'exécute en puhlic chez Mme de Ponlcbarlrain. — Places des princesses du sang au cercle et lieux arrangés.
H. le duc de Berry fut nommé chevalier de l'ordre le premier jour de ceite année , et fut reçu à la Chandeleur.
Le duc de Brissae mourut à Brissae le premier ou le second jour de cette année. Il étoit frère unique de la maréchale de Villeroy , et mon beau-frère, sans enfants de ma sœur avec qui il avoit très-mal vécu, comme je l'ai dit au commencement de ces Mémoires. Il n'en eut point non plus de la sœur de Vertamont, premier président du grand conseil, qu'il épousa pour son grand bien , qu'il mangea si parfaitement que, n'y ayant pas même de douaire ni de reprises pour elle, elle continua à vivre comme elle faisoit depuis longtemps chez son frère , qui lui donnoit jusqu'à des souliers et des chemises. Elle étoit bossue avec un visage assez agréable , et beaucoup d'esprit et fort orné qui l'étoit encore plus , et beaucoup de douceur et de vertu. M. de Brissae savoit beaucoup , et avoit infiniment d'esprit et du plus agréable , avec une figure de plat apothicaire , grosset , basset, et fort enluminé. C'étoit de ces hommes nés pour faire mépriser l'esprit, et pour être le fléau de leur maison. Une vie obscure , honteuse , de la dernière et de la plus vilaine débauche , à quoi il se ruina radicalement à n'avoir pas de pain longtemps avant àe mourir, sans table, sans équipage, sans rien jamais qui eût paru, sans cour , sans guerre , et sans avoir jamais vu homme ni femme qu'on pût nommer. Cossé étoit fils du frère cadet de son père , mort chevalier de l'ordre. Il avoit épousé depuis plusieurs années une fille de Bechameil , qui étoit surintendant de Monsieur , sœur de la femme de Desmarets , neveu de M. Colbert, chassé et longtemps exilé à sa mort, et de Nointel que Monsieur fit faire intendant en Bretagne , puis conseiller d'État.
J'appris cette mort à Versailles où j'étois presque toujours. Je compris aussitôt que Cossé trouveroit des difficultés à être duc de Brissae par le fond de la chose même , et par la sottise de bien des ducs. Je sentis en même temps combien il importoit à la durée des duchés qu'il le fût , et je me hâtai dès le lendemain matin d'en parler à M. de La Trémoille, à M. de La Rochefoucauld , et à quelques autres , que je persuadai si bien qu'ils me promirent d'appuyer Cossé tant qu'ils pourroient , et de prendre même fait et cause pour lui si cela devenoit nécessaire. Je ne m'étois pas trompé à ne pas perdre de temps. Le soir même comme on attendoit le coucher du roi , le due de Rohan parut dans le salon , devenu depuis la chambre du roi , il vint à moi , et me dit que plusieurs ducs l'avoient