PROBLÈME BRÛLÉ
nion d'eux , ils furent froidement écoutés , et comme des gens qui ne persuadoient pas, mais qu'on vouloit bien faire semblant de croire. Le livre fut condamné et exécuté au feu , par arrêt du parlement , et les jésuites, contre qui tout se souleva, en burent toute la honte, et ne le pardonnèrent jamais à M. de Paris.
Au bout d'assez longtemps , le pur hasard lui fit trouver le véritable auteur du Pro6/émc , et avec de telles preuves que l'auteur même demeura convaincu jusqu'à ne pouvoir le désavouer. Il n'étoit pas loin puisqu'il logeoit dans l'archevêché. C'étoit un docteur de beaucoup d'esprit, d'une grande érudition, et qui avoit toujours vécu en très homme de bien. 11 s'appeloit Boileau, différent de l'ami de Bontemps qui a sou- Tent prêché devant le roi, et différent encore du célèbre poëte et de l'auteur des FlagellanU. M. de Paris , qui cherchoit à s'attacher des gens de bien les plus éclairés pour l'aider dans la grande place qu'on le força de remplir, avoit pris ce M. Boileau chez lui, le traitoit avec tous les égards et toute la confiance qu'il auroit pu témoigner à son propre frère, et le tenoit i ses dépens. Boileau étoit un homme sauvage qui se barricadoit dans sa chambre, et qui n'ouvroit qu'à ceux qui avoient le signal de lui de frapper un certain nombre de coups, et encore à certaines heures. Il ne sorloit de ce repaire que pour aller à l'église ou chez M. l'archevêque , travailloit obscurément , vivoit en pénitent fort solitaire, avoit une plume belle, forte, éloquente , et beaucoup de suite et de justesse. Qui eût cru que le Problème fût sorti de celle-là? M. de Paris en fut touché extrêmement. On peut juger que ce docteur délogea à l'heure même , et qu'il n'eût pas été difficile à M. de Paris de le faire enfermer pour le reste de ses jours. Il prit un parti bien contraire , et bien digne d'un grand évoque. Il vaqua à peu de jours de là un canonicat de Saint-Honoré , qui sont fort bons. Il le lui donna. Boileau, qui n'avoit pas de quoi vivre, l'accepta, et acheva de se déshonorer. Il n'étoit pas content de ce que M. de Paris ne levoit pas bouclier pour les jansénistes , et qu'il ne mît pas tout son crédit à faire tout ce qu'ils auroient voulu. C'est ce qui lui fit faire ce livre dont les jésuites surent bien triompher.
M. le prince de Conti , ayant gagné son procès contre Mme de Nemours, songea à en tirer la meilleure pièce, qui étoit Neuchâtel. Pour abréger matière, il engagea le roi à envoyer M. de Torcy de sa part à Mme de Nemours lui faire diverses propositions , qui toutes aboutissoient à ne point plaider devant MM. de Neuchâtel, à l'en laisser jouir sa vie durant, et à faire avec sûreté qu'après elle cette principauté revînt à M. le prince de Conti. Mme de Nemours qui avoit beaucoup d'esprit et de fermeté, et qui se sentoit la plus forte à Neuchâtel, vint dès le lendemain parler au roi, refusa toutes les propositions, et moyennant qu'elle promit au roi de n'employer aucune voie de fait, elle lui fit trouver bon qu'elle allât à Neuchâtel soutenir son droit. M. le prince de Conti l'y suivit, Matignon y alla aussi, et enfin les ducs de Lesdiguières et de Villeroy , qui tous y prétendoient droit après Mme de Nemours. Ces trois derniers descendoient des deux sœurs de M. de Longueville, grand-père de Mme de Nemours : les deux ducs de l'aînée, mariée au fils aîné du maréchal de Retz , et M. de Villeroy n'y prétendoit que