‹ Mémoires complets et authentiques du duc de Saint-Simon, sur le siècle de Louis XIV et la Régence (volume 5)Chapitre 362 sur 374 · PAIX DE CARLOWITZ · texte numérisé non relu

PAIX DE CARLOWITZ

du même droit et après M. de Lesdiguières; la cadette mariée au fils du maréchal de Matignon. Le vieux Mailly et d'autres gens se firent ensuite un honneur d'y prétendre par des généalogies tirées aux cheveux. Il y a eu sur cette grande affaire des factums curieux de tous ces prétendants. Le public désintéressé jugea en faveur de M. de Lesdiguières. On les peut voir avec satisfaction. Je ne m'embarquerai pas dans le détail de celte célèbre et inutile dispute, où un tiers sans droit mangea l'huître et donna les écailles aux prétendants.

Je ne m'engagerai pas non plus dans la discussion des affaires des Impériaux et des Turcs, je me contenterai de dire que l'empereur qui avoit grand besoin de la paix, l'eut avec eux au commencement de cette année, par le traité de Carlowitz, où la Pologne et la république de Venise furent comprises, [paix] assez avantageuse pour l'état présent des affaires, mais où Venise se plaignit amèrement de l'empereur, et après quelques mois ne pouvant mieux, la signa.

Il y avoit cinq ou six mois que le roi d'Espagne , hors de toute espérance d'avoir des enfants, et dans une inHrmité de toute sa vie qui s'augmentoit à vue d'oeil , avoit voulu fixer la succession de sa vaste monarchie , indigné qu'il étoit de tous les projets de la partager après lui qui lui revenoientsans cesse. La reine sa femme avoit beaucoup de crédit sur son esprit, et elle-même étoit entièrement gouvernée par une Allemande qu'elle avoit amenée avec elle , qu'on appeloit la comtesse de Berlips , et qui amassoit pour elle et pour les siens des trésors k toutes mains Celte reine étoit sœur de l'impératrice , mais en même temps elle l'étoit comme elle de l'électeur palatin , par conséquent parente et de même maison de L'électeur de Bavière. Malgré la haine des deux branches électorales , depuis l'affaire de Bohème , on crut que l'amour de la maison l'avoit emporté sur celui des proches , et que la reine menée par la Berlips avoit eu grande part à la disposition du roi d'Espagne.

Il fit un testament par lequel il appela à la succession entière de

toutes ses couronnes et Ëtats le prince électoral de Bavière, qui avoit

sept ans. Sa mère, qui étoit morte, étoit fille unique du premier lit de

l'empereur Léopold, et de Marguerite-Thérèse, sceurdu roi d'Espagne ,

tous deux seuls du second lit de Philippe IV et de la fille de l'empereur

Ferdinand III ; je dis seuls , parce que tous les autres sont morts sans al-

iance. La reine épouse de notre roi étoit par cette raison seule du pre<

nier lit du même Philippe IV , et d'une fille de notre roi Henri IV et sœur

lîuée du père du roi d'Espagne et de l'impératrice , mère de l'électrice de

Javière , dont le fils , en faveur duquel ce testament se fit , étoit en effet

e véritable héritier de la monarchie d'Espagne, si on a égard aux re-

lonciations du mariage du roi et de la paix des Pyrénées. Dès que ce

estaraent fut fait, le cardinal Portocarrero le dit en grand secret au

Qarquis d'Harcourt, qui dépêcha d'Igulville au roi avec cette nouvelle.

.e roi, ni lors, ni depuis qu'elle fut devenue publique, n'en parut pas

voir le plus léger mécontentement. L'empereur n'en dit rien aussi. Il

■ ipéroit bien cette vaste succession, et réunir dans sa branche tous

'. )s £tats de sa maison. Mais son conseil avoit ses ressources accoutu-

; lées. Il n'y avoit pas longtemps qu'il s'en étoit servi pour se défaire

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