II. CONSEILS DU ROI
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Saint-Simon parle souvent du conseil des parties, du conseil des dépêches , du conseil des finances , de la grande et petite direction , et en général des conseils du roi. Comme le lecteur moderne n'est pas toujours familiarisé avec ces termes , il ne sera pas inutile d'en préciser le sens.
Le conseil des parties était présidé par le chancelier , et se composait de conseillers d'État et de maîtres des requêtes qui faisaient le rapport des affaires. On y traitait des règlements de juges en cas de conflit ou de récusation des juges ; des évocations ou actes de l'autorité souveraine qui enlevaient la connaissance d'un procès aux tribunaux ordinaires pour l'attribuer à d'autres juridictions ; de la cassation d'arrêts contraires aux ordonnances, etc. Le conseil des parties était donc un tribunal suprême souvent en lutte avec les parlements.
Le conseil des dépêches , composé , comme le précédent , de conseillers d'État et de maîtres des requêtes, était souvent présidé par le roi. Ou y traitait toutes les questions relatives à l'administration des provinces. a. Audit conseil, dit l'ordonnance du 18 janvier 1630, seront lues toutes les dépêches du dedans du royaume et délibérées les réponses sur icelles^ Seront aussi lues les réponses et les instructions qui seront baillées à
ceux qui seront employés dans les provinces pour les affaires de Sa Majesté. Audit conseil tous ceux qui auront été en commission pour le service de Sa Majesté seront tenus rendre compte de ce qu'ils auront fait , négocié et géré en leurs voyages. Il sera traité audit conseil de l'état des garnisons, état et payement des gens de guerre , tant de cheval que de pied , et autres aflaires de la guerre , et généralement de toutes les affaires importantes , ainsi qu'il plaira à Sa Majesté l'ordonner. Et afin que ce qui aura été résolu audit conseil soit promptement et précisément exécuté , Sa Majesté ordonne que toutes résolutions qui se prendront audit conseil en chaque journée seront réduites par écrit par celui des secrétaires d'Ëtat qui sera en mois, a Dans l'origine , les quatre secrétaires d'Ëtat assistaient pendant un mois , i tour de râle , aux délibérations de ce conseil , et en transmettaient les décisions sous forme de dépèches aux intendants chargés de les exécuter. De là venait le nom de conseil des dépêches. Les attributions de ce conseil répondaient en partie à celles du ministère actuel de l'intérieur.
Le eonteil des finances se composait , comme les précédents , de conseillers d'Ëtat, de maîtres des requêtes, et en outre des intendants et contrôleurs des finances. On distinguait deux espèces de conseils des finances : l'un , appelé conseil de grande direction , était présidé par le chancelier et jugeait le contentieux financier , les diflérends entre les fermiers des impôts et les particuliers, les procès pour remboursements d'office, adjudic;;tion des travaux publics et fourniture de vivres et munitions, rachat des rentes, etc. L'autre, appelé conseil de petite direction, était présidé par un ministre d'Ëtat désigné par le roi et s'occupait des impôts, de leur répartition et de l'administration financière. C'était le duc de Beauvilliers qui , à l'époque de Saint-Simon , présidait le conseil des finances.
III. LETTRE DE LOUIS XIV A MADAME DE MAINTENON A l'oCCASION DE l'arrivée de Là DUCHESSE DE BOURGOGNE.
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Saint-Simon dit que le roi se hâta d'envoyer un courrier à Mme de Maintenon , pour lui mander sa joie et les louanges de la princesse. Voici la lettre même du roi ' :
« A Monlargis, ce dimanche au soir à six heures et demie, 4 novembre 4 696.
et Je suis arrivé ici devant cinq heures ; la princesse n'est venue qu'à près de six. Je l'ai été recevoir au carrosse. Elle m'a laissé parler le
4 . L'original autographe de cette lettre se trouve i la bibliothèque du Louvre, F 328, f" 2 et buIy. — Elle a été imprimée par M. Monmerqué dans un recueil tiré à un petit nombre d'exemplaires pour les Bibliophiles français, S0U8 ce litre : Lettres de Louis Xir, etc., adressées a Mme la marquise de Maintenon (4 vol. in-^, Didot, 4822).
premier, et après m'a fort bien répondu , mais avec un petit embarras qui vous auroit plu. Je l'ai menée dans sa chambre au travers de la foule , la faisant voir de temps en temps en approchant les flambeaux de son visage. Elle a soutenu cette marche et ces lumières avec grâce et modestie. Nous sommes enfin arrivés dans sa chambre où il y avoit une foule et une chaleur qui faisoient crever'. Je l'ai montrée de temps en temps à ceux qui s'approchoient, et je l'ai considérée de toutes manière» pour vous mander ce qu'il m'en semble.
« Elle a la meilleure grâce et la plus belle taille que j'aie jamais vue, habillée à peindre , et coiffée de môme , des yeux vifs et très-beaux , des paupières noires et admirables ; le teint fort uni , blanc et rouge , comma on le peut désirer; les plus beaux cheveux blonds que l'on puisse voir, et en grande quantité. Elle est maigre, comme il convient à son âge; la bouche fort vermeille , les lèvres grosses , les dents blanches , longues et très-mal rangées , les mains bien faites , mais de la couleur de son âge. Ella parle peu , au moins à ce que j'ai vu , n'est point embarrassée qu'on la regarde , comme une personne qui a vu du monde. Elle fait mal la révérence et d'un air un peu italien; elle a quelque chose d'une Italienne dans le visage , mais elle plaît ; et je l'ai vu dans les yeux de tout le monde. Pour moi , j'en suis tout à fait content.
a Elle ressemble fort à son premier portrait et point du tout i l'autre. Pour vous parler comme je fais toujours , je la trouve à souhait et serois fâché qu'elle fût plus belle. Je le dirai encore : tout plaît, hormis la révérence.
a Je vous en dirai davantage après souper ; car je remarquerai bien des choses que je n'ai pas pu voir encore. J'oubliois de vous dire qu'elle est plutôt plus petite que grande pour son âge. Jusqu'à cette heure j'ai fait merveilles; j'espère que je soutiendrai un certain air aisé que j'ai pris , jusqu'à Fontainebleau où j'ai grande envie de me retrouver.
c A dix heures.
« Plus je vois la princesse , plus je suis satisfait. Nous avons été dans une conversation publique où elle n'a rien dit; c'est tout dire. Je l'ai vu déshabiller; elle a la taille très-belle, on peut dire parfaite, et une modestie qui vous plaira. Tout s'est bien passé à l'égard de mon frère. Il est fort chagrin ; il dit qu'il est malade. Nous partirons demain à dix heures et demie ou onze heures; nous arriverons à cinq heures au plus tard.
« Je suis tout à fait content. [Rien] que de bien à propos en répondant aux questions qu'on lui faisoit. Elle a peu parlé , et la duchesse du Lude m'a dit qu'elle l'avoit avertie que le premier jour elle feroit bien d'avoir une grande retenue. Nous avons soupe; elle n'a manqué à rien et est d'une politesse surprenante à toutes choses ; mais à moi et à mou fils, elle n'a manqué à rien et s'est conduite comme vous pourriez faire. J'espère que vous la serez aussi. Elle a été regardée et observée, et tout
1. M. Monmerqué a mis : où il y avoit une foule et une chaleur à faire crever. J'ai suivi le manuscrit autographe.
le monde paroît satisfait de bonne foi. L'air est noble et les manières polies et agréables. J'ai plaisir à vous en dire du bien; car je trouve que, sans préoccupation et sans flatterie, je le peux faire et que tout m'y oblige. Ne voulant dire tout ce que je pense, je vous donne mille bons.... (deux lignes effacées)'.
• J'oublioisà vous dire quejel'ai vue joueraux onchets avec une adresse charmante. Quand il faudra un jour qu'elle représente, elle sera d'un air et d'une grâce à charmer, et avec une grande dignité et un grand sérieux. >