‹ Mémoires complets et authentiques du duc de Saint-Simon, sur le siècle de Louis XIV et la Régence (volume 5)Chapitre 370 sur 374 · IV. HÉCEPTION DES DUCS ET PAIRS AU PARLEMENT. Page · texte numérisé non relu

IV. HÉCEPTION DES DUCS ET PAIRS AU PARLEMENT. Page

Saint-Simon parle dans ses Mémoires de ce qu'il appelle la fournée des dues et pairs de 1663. Il ne sera pas inutile d'en donner ici un récit, qui a d'autant plus d'intérêt qu'il vient d'un témoin oculaire et qu'il est inédit. On y trouve d'ailleurs des détails importants pour comprendre plusieurs passages des Mémoires de Saint-Simon , où il est si souvent question des ducs et pairs et de leurs prérogatives. Voici comment Olivier d'Ormesson retrace , dans son Journal , la réception des ducs et pairs en 1663 :

o Le samedi 15 décembre 1663, je fus au parlement pour voir ce qui s'y passeroit sur la réception des nouveaux ducs. J'y entrai facilement comme officier du parlement, et pris place avec des conseillers en la place où les gens du roi se mettent aux assemblées particulières. M. le chancelier* y étoit sur le banc des présidents en robe ordinaire de velours noir, comme tout le parlement étoit aussi en robes noires, cette séance du roi n'étant point lit de justice, mais séance particulière où le roi se trouve. Les présidents qui s'y trouvèrent furent MM. le premier président* , de Nesmond , de Longueil , de Novion , de Mesmes , Le Coigneux , Champlâtreux. Dans le parquet, sur le banc des ducs, se mirent MM. de Bonnelles, de Bellièvre, d'Aligre, Morangis. Les maîtres des requêtes honoraires et titulaires , à l'ordinaire. La place des ducs étoit sur les bancs hauts de l'audience, mais ils ne s'y mirent que lorsque le roi arriva. Les présidents des enquêtes n'ayant point de places , il fut mis deux bancs dans le parquet , à droite et à gauche , où ils se mirent avec quelques-uns de la grand'chambre.

a La nouvelle étant venue par M. de Sainctot* que le roi étoit à la

4 . Ces deux lignes sont tellement biffées qu'il est impossible d'en apercevoir un seul mot. Il est à présumer qu'elles renfermaient les expressions d'une tendresse conjugale. Mme de Maintenon, en conservant celte lettre à cause de son importance historique, en a fait disparaître ce qui aurait pu être un indice de son union avec Louis XIV. ( Note de M. Monmerqué . )

2. Pierre Séguier, chancelier de France depuis <635, mort en H672.

3. Guillaume de Lamoignon, premier président du parlement depuis 1658, mort en 4677.

4. Saint-Simon parle de ce maître des cérémonies dans plusieurs passages de ses Mémoires.

Sainte-Chapelle , où il entendoit la messe , M. de Nesmond et les trois présidents suivants, avec six conseillers, furent au-devant, à l'ordinaire. Incontinent après le roi arriva, M. le Duc, M. le Prince et Monsieur marchant devant lui , sans le bruit des tambours ni des trompettes, ayant seulement un capitaine des gardes, qui étoit M. de Noailles, qui servoit pour M. de Villequier malade. Le roi prit sa place ordinaire avec les ducs et les carreaux accoutumés , n'ayant aucun de ses officiers auprès de sa personne, ni capitaine des gardes, ni chambellan, ni autres. M. le duc d'Orléans , M. le Prince et M. le duc d'Enghien en leurs places à droite; au-dessous d'eux, MM. les ducs de Guise, d'Uzès, de Beaufort, de Luynes, de Lesdiguières, de Richelieu, de Retz. A la gauche étoient MM. les ducs de Laon et de Langres et comte de Noyon, pairs ecclésiastiques. Le roi étoit vêtu de noir avec des plumes sur son chapeau et garniture jaune, tous les autres seigneurs vêtus de noir.

a Chacun étant assis et couvert , le roi dit qu'il étoit venu pour faire recevoir les nouveaux ducs. Après , M. le chancelier partit de sa place pour aller recevoir l'ordre du roi. Étant revenu, non point dans celle de l'encoignure , comme lorsque c'est lit de justice , mais sur le banc des présidents, il lut, en son particulier, un papier où étoient écrits les noms des ducs à recevoir , selon l'ordre que le roi leur avoit donné , dont personne n'avoit de connoissance. Il demanda qui avoit les lettres de M. de Verneuil'. M. Perrot La Malmaison, qui en étoit rapporteur, prit la parole, et en fit la lecture, nu-tète; tout le préambule en fut supprimé , et on lut le dispositif. Après , M. le chancelier dit que le roi ordonnoit le soit montré et le soit informé* , sans prendre l'avis de personne.

a M. Perrot étant passé au greffe , M. le chancelier fit lire ensuite celles [les lettres] de M. le maréchal d'Estrées , puis de M. le maréchal de Grammont et ainsi de plusieurs autres jusques à ce que M. Perrot fût revenu. Alors lecture ayant été faite , par M. Perrot , étant couvert [des dépositions] de deux témoins et des conclusions , M. le chancelier lui demanda son avis. Il dit six lignes fort bien en faveur de M. de Verneuil et fut d'avis des conclusions'. M. le chancelier demanda ensuite l'avis à tous les conseillers de la grand'chambre et des enquêtes, suivant l'ordre ordinaire, puis aux ducs laïques et aux pairs ecclésiastiques, sans ôter son bonnet*, puis au président ôtant son bonnet, ensuite il monta au roi , auprès duquel se joignirent M. le duc d'Enghien, M. le Prince et M. le duc d'Orléans pour donner leurs avis; et puis étant revenu dans sa place et ayant dit qu'on fit entrer M. de Verneuil ,

i. Henri do Bourdon, duc de Verneuil, était (Ils naturel d'Henri IV. II avait épousé Charlotte Séguier, fllle du chancelier. Il est question plusieurs fois de cette duchesse de Verneuil dans Saint-Simon. Voy., entre autres, page 20 du tome I*'.

2. Formule par laquelle on renvoyait une pièce à l'examen des gens du roi, qui remplissaient les Tondions du ministère public.

Page 1