‹ Mémoires complets et authentiques du duc de Saint-Simon, sur le siècle de Louis XIV et la Régence (volume 5)Chapitre 39 sur 374 · MONTCHEVREUIL ET SA FEMME. S · texte numérisé non relu

MONTCHEVREUIL ET SA FEMME. S

étoit fille de Montchevreuil-, et c'étoit tellement leur vrai ballot, qu'on ne comprend pas comment elle n'y avoit pas été mise d'abord.

Montchevreuil étoit Mornay , de bonne maison, sans esprit aucun, et gueux comme un rat d'église. Villarceaux, de même maison que lui, étoit un débauché fort riche, ainsi que l'abbé son frère, avec qui il vi' voit. Villarceaux entretint longtemps Mme Scarron, et la tenoit presque tout l'été à Villarceaux. Sa femme , dont la vertu et la douceur donnoit une sorte de respect au mari, lui devint une peine de mener cette vie en sa présence. Il proposa à son cousin Montchevreuil de le recevoir chez lui avec sa compagnie , et qu'il mettroit la nappe pour tous. Cela fut accepté avec joie , et ils vécurent de la sorte nombre d'étés à Montchevreuil. La Scarron devenue reine eut cela de bon qu'elle aima presque tous ses vieux amis dans tous les temps de sa vie. Elle attira Montchevreuil et sa femme à la cour où les Villarceaux trop libertins ne se pouvoient contraindre; elle voulut Montchevreuil pour un des trois témoins de son mariage avec le roi ; elle lui procura le gouvernement de Saint-Germain en Laye, l'attacha à M. du Maine, le fit chevalier de l'ordre avec le fils de Villarceaux, au refus du père, en 1688. qui l'aima mieux pour son fils que pour lui-même, et mit sous la conduite de Mme de Montchevreuil Mlle de Blois jusqu'à son mariage avec M. le duc de Chartres , après avoir été gouvernante des filles d'honneur de Mme la Dauphine , emploi qu'elle prit par pauvreté.

Montchevreuil étoit un fort honnête homme, modeste, brave, mais des plus épais. Sa femme, qui étoit Boucher-d'Orsay, étoit une grande créature, maigre, jaune, qui rioit niais, et montroit de longues et vilaines dents , dévote à outrance , d'un maintien composé , et à qui il ne manquoit que la baguette pour être une parfaite fée. Sans aucun esprit elle avoit tellement captivé Mme de Maintenon qu'elle ne voyoit que par ses yeux , et ses yeux ne voyoient jamais que des apparences et la laissoient la dupe de tout. Elle étoit pourtant la surveillante dé toutes les femmes de la cour, et de son témoignage dépendoient les distinctions ou les dégoûts et souvent par enchaînement les fortunes. Tout jusqu'aux ministres, jusqu'aux filles du roi, trembloit devant elle; on ne l'approchoit que difficilement; un sourire d'elle étoit une faveur qui se comptoit pour beaucoup. Le roi avoit pour elle une considération la plus marquée. Elle étoit de tous les voyages et toujours avec Mme de Maintenon.

Le mariage de M. du Maine causa une rupture entre Mme la Princesse et la duchesse d'Hanovre, sa sœur, qui avoit fort désiré M. du Maine pour une de ses filles, et qui prétendit que M. le Prince lui avoit coupé l'herbe sous le pied. Elle vivoit depuis longtemps en France avec ses deux filles déjà fort grandes. Elles n'avoient aucun rang , n'alloient point à la cour, voyoient peu de monde et jamais Mme la Princesse

chancelier, épousa en premières noces Cliarlcs-Donivcnlure, marquis de Manncvjlle, et en secondes nocei, Louis-Charles d'All'ort, duc de Lujnos. Du liremicr mariage était né Etienne de ManncvHle, gouverneur de Dieppe, qui épousa Bonne-Augéliquo de Mornay-Moalchcvreuil, dont il s'agit ici.

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