‹ Mémoires complets et authentiques du duc de Saint-Simon, sur le siècle de Louis XIV et la Régence (volume 5)Chapitre 40 sur 374 · MA SORTIE DES MOUSQUETAIRES · texte numérisé non relu

MA SORTIE DES MOUSQUETAIRES

qu'en particulier. Elles ne laissoient pas d'avoir usurpé peu à peu de marcher avec deux carrosses, force livrée, et un faste qui ne leur convenoit point à Paris. Avec ce cortège , elle rencontra Mme de Bouillon dans les rues, à qui les gens de l'Allemande firent quitter son chemin, et la firent ranger avec une grande hauteur. Ce fut quelque temps après le mariage de M. du Maine. Mme de Bouillon, fort offensée, n'entendit point parler de Mme d'Hanovre. Sa famille étoit nombreuse et lors en grande splendeur , elle-même tenoit un grand état chez elle ; les Bouillon, piqués à l'excès, résolurent de se venger et l'exécutèrent. Un jour qu'ils surent que Mme d'Hanovre devoit aller à la comédie, ils y allèrent tous avec Mme de Bouillon et une nombreuse livrée. Elle avoit ordre de prendre querelle avec celle de Mme d'Hanovre , et l'exécution fut complète; les gens de la dernière battus à outrance, les harnois de ses chevaux coupés , son carrosse fort maltraité. L'Allemande fit les hauts cris , se plaignit au roi , s'adressa à M. le Prince , qui , mécontent de sa bouderie, n'en remua pas; et le roi, qui aimoit miçux les trois frères Bouillon qu'elle qui avoit le premier tort et s'étoit attiré cette insulte, ne voulut point s'en mêler , en sorte qu'elle en fut pour ses plaintes et qu'elle apprit à se conduire plus modestement.

Elle en demeura si outrée, que dès lors elle résolut de se retirer avec ses filles en Allemagne, tt quelques mois aorès elle l'exécuta. Ce fut leur fortune : elle maria son aînée au duc de Modène , qui venoit de quitter le chapeau de cardinal pour succéder à son frère; et, quelque temps après, le prince de Salm, veuf de sa sœur, gouverneur, puis grand maître de la maison du fils aîné de l'empereur Léopold, roi de Bohème , puis des Romains , fit le mariage de ce prince avec Amélie , son autre fille.

Mon année de mousquetaire s'écouloit, et mon père demanda au roi ce qu'il lui plairoit faire de moi. Sur la disposition que le roi lui en laissa , il me destina à la cavalerie , parce qu'il l'avoit souvent commandée par commission, et le roi résolut me donner, sans acheter, une compagnie de cavalerie dans un de ses régiments. 11 falloit qu'il en vaquât: quatre ou cinq mois s'écoulèrent de la sorte, et je faisois toujours mes fonctions de mousquetaire avec assiduité. Enfin, vers le milieu d'avril , Saint-Pouauge m'envoya demander si je voudrois bien accepter une compagnie dans le Royal-Roussillon qui venoit de vaquer, mais fort délabrée et en garnison à Mons. Je mourois de peur de ne point faire la campagne qui s'alloit ouvrir; ainsi je disposai mon père à l'accepter. Je remerciai le roi qui me répondit très-obligeamment. La compagnie fut entièrement réparée en quinze jours.

J'étois à Versailles lorsque , le vendredi 27 mars , le roi fit maréchaux de France le comte de Choiseul. le duc de Villeroy, le marquis de Joyeuse, Tourville, le duc de Noailles, le marquis de Boufflers et Catinat : le comte de Tourville et Catinat n'étoient point chevaliers de l'ordre. M. de Boufflers étoit en Flandre et Catinat sur la frontière d'Italie; les cinq autres à la cour ou à Paris. Le roi manda aux deux absents de prendre dès lors le titre , le rang et les honneurs de maréchaux de France eu attendant leur serment , qui en effet n'est point né-

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