‹ Mémoires complets et authentiques du duc de Saint-Simon, sur le siècle de Louis XIV et la Régence (volume 5)Chapitre 69 sur 374 · CHAPITRE VIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIL

Monseigneur mal conseillé n'allaque point les retranchemenU d*Heilbronn , donl le maréchal de Lorges esl oulré. — Monseigneur de retour du Rhin et Monsieur des côtes. — Succès k la mer. — Siège et prise de Charleroy par le maréchal de Villeroy. — Prise de Roses par le maréchal de Noaiiles. — Bataille de la Marsaille en Piémont. ~ J'arrive i Paris et j'achète un régiment de cavalerie. — Daquin, premier médecin du roi, chassé, et Fagon en sa place. — Fortune el mort de LaVaugujon. — Survivance de Pontcliartrain. — Sainl-Malo bombardé sans dommage. — Mariage du maréchal de BouOlers. — Dangeau, maître de l'ordre de Sainl-Lazare. — Ordre de Saint-Louis.

/allai de bonne heure au quartier général que je trouvai sortant du village. Je fis mon compliment à M. de Luxembourg : il étoit avec les princes , le maréchal de Villeroy et peu d'officiers généraux. Je les suivis à la visite d'une partie du champ de bataille , et même ils se promenèrent au delà de la Gette , où il se trouva quelques pontons. Je leur prêtai une lunette d'approche avec laquelle nous vîmes six ou sept escadrons des ennemis qui se retiroient fort vite encore, et passoient sous le canon de Lave ou Lo. Je causai fort avec M. le prince de Conti qui me montra sa contusion au côté, et qui ne me parut pas insensible à la gloire qu'il avoit acquise. Je fus ravi de celle de M. le duc de Chartres; j'avois été comme élevé auprès de lui, et si l'inégalité permet ce terme, l'amitié s'étoit formée et liée entre lui et moi : c'étoit aussi celui que je voyois le plus souvent à l'armée. L'infection du champ de bataille l'en éloigna bientôt.

Les ennemis s'étoient retirés sous Bruxelles. M. de Luxembourg fut quelque temps à ne songer qu'au repos et à la subsistance de ses troupes. Ce beau laurier qu'il venoit de cueillir ne le mit pas à couvert du blâme. Il en essuya plus d'un : celui de la bataille même, et celui de n'en avoir pas profité. Pour la bataille, on lui reprochoit de l'avoir hasardée contre une armée si bien postée et si fortement retranchée, et avec la sienne quoique un peu supérieure , mais fatiguée et pour ainsi dire encore esâoufflée de la longueur de la marche de la veille ; on l'accu soit, et non sans raison, d'avoir été plus d'une fois au moment de la perdre et de ne l'avoir gagnée qu'à force d'opiniâtreté , de sang et de valeur françoise. Sur le fruit de la victoire, on ne se contraignit pas de dire qu'il ii'avoit pas voulu l'achever de peur de terminer trop tôt une guerre qui le rendoit grand et nécessaire. La première se détruisoit aisément : il avoit des ordres réitérés de donner bataille , et il ne pouvoit imaginer que les ennemis eussent pu en une nuit si courte fortifier leur poste déjà trop bon par une telle étendue de retranchements si forts et si réguliers, qu'il n'aperçut que lorsque le jour parut auquel la bataille fut livrée. Sur l'autre accusation , je n'en sais pas assez pour en parler. Il est vrai qu'entre quatre et cinq tout fut fini , et les ennemis partie en

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