SUCCÈS A LA MER
retraite, partie en fuite. La Gette par là étoit en notre disposition. Nous avions des pontons tout prêts. Au delà, le pays est ouvert, et il y avoit assez de jour en juillet pour les suivre de près ; mais il est vrai que les troupes n'en pouvoient plus de la marche de la veille et de douze heures de combat , que les chevaux éloient à bout , ceux de trait surtout pour le canon et les vivres , et qu'on prétendit qu'on manquoit absolument de ce dernier côté pour aller en avant , et les charrettes composées étoient épuisées de munitions.
Cossé , prisonnier , fut renvoyé incontinent sur sa parole , et les ducs de Berwick et d'Ormond presque aussitôt échangés. On eut grand soin de nos blessés et le même des prisonniers qui l'étoient; et de bien traiter ceux qui ne l'étoient pas et surtout de faire enlever du champ de bataille tout ce qui n'étoitpas mort et qu'on put emporter.
Le maréchal de Lorges passa le Rhia et prit la ville et le château d'Heidelberg , puis passa le Necker et prit Zuingenberg , où Vaubecourt eut un pied cassé et le prince d'Êpinay a été dangereusement blessé. La jonction faite de Monseigneur, le maréchal de Lorges voulut attaquer Heilbronn : Monseigneur y trouva de la difficulté. Le maréchal s'y est opiniiltré , les a toutes levées , et les troupes ne demandoient qu'à donner, lorsqu'un petit conseil particulier de Saint-Pouange et de M. le Premier ' a tout arrêté. Le maréchal s'est mis en furie , mais Chaulny ayant été entraîné parles deux autres, et Monseigneur penchant fort de ce côté , il n'y a pas eu moyen de le résoudre , au grand regret des principaux généraux et de toutes les troupes. Le reste de la campagne se passa en subsistances abondantes, et Monseigneur revint de bonne heure avec ses trois conseillers pacifiques. Monsieur avec le maréchal d'Humières ttoit revenu longtemps avant lui de Pontorson où il s'étoit le plus fixé. Il avoit fait un tour en Bretagne où le duc de Chaulnes l'avoit reçu et traité avec une magnificence royale. Monsieur eut des relais du "roi à Dreux, et trouva Madame qui venoit d'avoir la petite vérole.
Tourville prit ou défit et dissipa presque toute la flotte marchande de Smyrne dont il battit le convoi, et fit encore plusieurs moindres expéditions, cette même campagne, qui coûtèrent fort cher aux Anglois et aux HoUandois. Rock qui coramandoit cette flotte eut près de cinquante vaisseaux brûlés ou coulés à fond , et vingt-sept pris , tous marchands et richement chargés : sur un seul de ceux qu'on prit, la charge fut estimée cinq cent mille écus, et on croit la perte des ennemis de plus de trente millions. On prit aussi deux gros vaisseaux de guerre et on en coula bas deux autres. Coetlogou brûla les vaisseaux anglois qui s'étoient retirés à Gibraltar.
Cependant les régiments vacants de Neerwinden furent donnés. Tous les capitaines du Royal-Roussillon avec Puyrobert , lieutenant-colonel à leur tête, m'étoient venus ofi'rir d'écrire pour me demander, et le major, frère de notre maréchal de camp, s'y joignit : ils me citèrent deux
4. On appelait M. le Premier le premier écuyer de la petite écurie du roi. C'étoil à celle époque Jacques-Louis de Beringhcn.