M. DE LUXEMBOURG
ses vœux et signa tout ce qu'on voulut. Rien ne convenoit mieux au projet que de la lier de nouveau à ses vœux , et ce tabouret de grâce devenoit un échelon pour la dignité en faveur du mariage de la sœur. Le pape accorda la dispense de bonne grâce , et la cour le tabouret de grâce , sous le prétexte qu'étant fille du premier lit, elle auroit succédé, au duché de Piney , à son frère sans alliance , si elle n'avoit pas été religieuse professe. On la fit dame du palais de la reine , sous le nom de princesse de Tingry , avec une petite marque à sa coiffure du chapitre de Poussay , dont elle se défit bientôt. A l'égard du frère , on joua la comédie de lever son interdiction , de le tirer de Saint-Lazare , et tout de suite de lui faire faire une donation à M. de Bouteville, par son contrat de mariage , de tous ses biens , et une cession de sa dignité , en considération des grandes sommes qu'il avoit reçues pour cela de If. de Bouteville, et qu'il lui avoit payées. Cette clause est fort importante au procès dont il s'agit. Aussitôt il assista au mariage de sa sœur, et dès qu'il fut célébré, on le fit interdire de nouveau, et on le remit à Saint-Lazare , dont il n'est pas sorti depuis.
Le mariage fait, 17 mars 1661 , M. de Bouteville mit l'écu de Luxembourg sur le tout du sien , et signa Montmorency-Luxembourg , ce que tous ses enfants et les leurs ont toujours fait aussi. Incontinent après il entama le procès de sa prétention pour la dignité de duc et pair de Piney, et M. le Prince s'en servit pour lui obtenir des lettres nouvelles d'érection de Piney en sa faveur, dans lesquelles on fit adroitement couler la clause en tant que besoin seroit^ pour lui laisser entière sa prétention de l'ancienneté de la première création de 1581. Avec ces lettres, il fut reçu duc et pair au parlement, 22 mai 1662, et y prit le dernier rang après tous les autres pairs.
Le reste de la vie de M. de Luxembourg est assez connu. Il se trouva enveloppé dans les affaires de la Voisin, cette devineresse, et pis encore, accusée de poison, qui, par arrêt du parlement, fut brûlée à la Grève [le 23 février 1G80] , et qui fit sortir la comtesse de Soissons du royaume pour la dernière fois, et la duchesse de Bouillon, sa sœur. On reproche à M. de Luxembourg d'avoir oublié en cette occasion une dignité qu'il avoit tant ambitionnée. Il répondit sur la sellette comme un particulier, et ne réclama aucun des privilèges de la pairie. Il fut longtemps à la Bastille , et y laissa de sa réputation.
On crut longtemps qu'il avoit perdu toute pensée de dispute avec les ducs ses anciens. Il y avoit encore alors des cérémonies où ils paroissoient , il s'en absentoit toujours ; et à la vie , ou occupée de guerre ou libertine , qu'il mena jusqu'à la fin de sa vie , on n'y prenoit pas garde , lorsqu'à la promotion du Saint-Esprit de 1688 il demanda et obtint de recevoir l'ordre , sans conséquence , parmi les maréchaux de France , pour ne pas préjudicier à sa prétention de préséance. Ce fut, pour le dire en passant , la première fois que les maréchaux de France à recevoir dans l'ordre y précédèrent les gentilshommes de môme promotion, et à cette démarche de M. de Luxembourg on vit qu'il n'avoit pas abandonné la pensée de sa prétention.
Une grande guerre qui s'ouvrit alors de la France contre toute l'Eu-