PARTIALITÉ DE HARLAY
Il y tenoit au roi et à Mme de Maintenon par l'endroit sensible, et c'étoit lui qui , consulté sur la légitimation inouïe d'enfants sans nommer la mère, avoit donné la planche du chevalier de Longueville, qui fut mise en avant, sur le succès duquel ceux du roi passèrent. Il eut dès lors parole de l'office de chancelier de France, et toute la confiance du roi, de ses enfants et de leur toute-puissante gouvernante, qu'il sut bien se conserver et s'en ménager de continuelles privances.
U étoit parent et ami du maréchal de Villeroy, qui s'étoit attaché à M. de Luxembourg, et ami intime du maréchal de Noailles. La jalousie des deux frères de Duras, capitaines des gardes, avoit uni les deux autres capitaines des gardes ensemble, tellement que Noailles, pour cette raison , et Villeroy , par son intérêt d'être lié à M. de Luxembourg , disposoient, en sa faveur, du premier président. M. de Chevreuse avoit toujours eu dans la tête l'ancien rang de Chevreuse, et c'étoit peut-être pour cela que M. de La Rochefoucauld s'étoit roidi , à leur commune promotion dans l'ordre en 1688, à ne vouloir lui céder, comme duc de Luynes, qu'après sa réception au parlement en cette qualité, pour avoir un titre public qu'il n'avoit cédé qu'à l'ancienneté de Luynes, et ne s'étoit pas voulu contenter de la simple cession du duc de Luynes, parce que cet acte particulier de famille pouvoit aisément ne se pas représenter dans la suite. Cette idée, que M. de Chevreuse avoit lors et qu'il a toujours sourdement conservée, jointe au mariage de sa fille aînée avec le fils aîné de M. de Luxembourg, l'égara de son intérêt de duc de Luynes commun avec le nôtre , et l'unit à celui de M. de Luxembourg, et, avec lui, M. de Beauvilliers, qui tous deux n'étoient qu'un même cœur et un même esprit. Diroit-on , de personnages d'une vertu si pure et toujours si soutenue, que l'humanité, qui se fourre partout, avoit mis, entre eux et M. de La Rochefoucauld, une petite séparation qui ne contribua pas à leur faire trouver bonne la cause qu'il soutenoit. Ce dernier, au plus haut point de faveur, mais destitué de confiance et naturellement jaloux de tout, ne pouvoit souffrir que l'une et l'autre, de la part du roi, fussent réunies dans les deux beaux-frères. Leur vie, leur caractère, leurs occupations, leurs liaisons et les siennes, tout étoit entièrement ou opposé , ou pour le moins très-différent.
Entre ces deux sortes de faveurs , le premier président ne balança pas à trouver celle des beaux-frères préférable. Il y joignoit celles de Noailles et de Villeroy, qui étoient grandes aussi , et tout l'éclat dont brilloit M. de Luxembourg. De tous ceux qu'il attaquoit, aucun n'étoit en faveur que le seul duc de La Rochefoucauld; les mieux avec le roi, ce n'étoit que distinction à quelques-uns, et considération pour la plupart; ainsi, le choix du premier président ne fut pas difficile.
Talon, devenu président à mortier, flatté de voir M. de Luxembourg réclamer les parents de sa mère , oublia qu'il avoit été avocat général ; il ne craignit point le blâme d'être contraire à soi-même , et après avoir parlé autrefois avec tant de force dans la même affaire contre M. de Luxembourg , comme avocat général , on le vit devenir le sien , et travailler à ses factums. Il fouilla les bibliothèques, rassembla les maté-