‹ Mémoires complets et authentiques du duc de Saint-Simon, sur le siècle de Louis XIV et la Régence (volume 5)Chapitre 95 sur 374 · SOMMAIRE DE LA QUESTION · texte numérisé non relu

SOMMAIRE DE LA QUESTION

pagne , qui m'avoit bien traité , quoique sans être connu de lui que par ce que j'étois , et sous qui je pouvois servir souvent. J'allai donc le lendemain chez lui , où il n'étoit pas, et je le fus trouver chez le duc de Montmorency; le marquis d'Harcourt et Albergotti étoient avec eux. Je fis là mon compliment à M. de Luxembourg , et lui demandai la permission de ne me pas séparer de ceux des ducs sur lesquels il demandoit la préséance; que, de toute autre affaire, je l'en laisserois absolument le maître; que sur celle-là même je n'avois voulu faire aucun pas sans savoir s'il le trouveroit bon , et j'ajoutai tout ce que l'âge et l'état exigeoient d'un jeune homme. Cela fut reçu avec toute la politesse et la galanterie imaginables: la compagnie y applaudit, et M. de Luxembourg m'assura que je ne pouvois moins faire que suivre l'exemple de mon père, et qu'il ne m'en marqueroit pas moins, etc., en toutes occasions. Ce devoir rempli, je ne songeai plus qu'à bien soutenir l'affaire commune conjointement avec les autres, sans rien faire qui pût raisonnablement déplaire à M. de Luxembourg. Maintenant voici le sommaire du procès, car d'entrer dans le détail des lois, des exemples, des défenses de part et d'autre, ce seroit la matière de volumes entiers, et il s'en trouve plusieurs faits de part et d'autre qui en instruiront suffisamment et à fond les curieux.

M. de Luxembourg prétendoit que l'effet des érections femelles alloit à l'infini ; que Mme de Tingry , quoique dans le monde demeurant sous ses vœux, et son frère ayant cédé sa dignité et ses biens à sa soeur du second lit, par son contrat de mariage, lui diacre, et par conséquent hors d'état de se pouvoir marier, cette fille du second lit qu'il avoit épousée passoit aux droits des enfants du premier lit qui se trouvoient épuisés, et de plein droit le faisoit duc et pair de la date de la première érection; que la clause en tant guc besoin seroit, apposée aux lettres nouvelles qu'il avoit obtenues aussitôt après son mariage , annuloit toute la force que cette nouvelle érection pouvoit donner contre lui , et que ce qui achevoit de l'anéantir étoit ce qu'il avoit plu au roi de déclarer par ses lettres patentes en 1676, qu'il n'a point entendu ériger de nouveau Piney en duché-pairie en 1661 , mais bien le renouveler en faveur de M. de Luxembourg, d'où il concluoit qu'il étoit par là manifeste que son ancienneté remontoit à la première érection de 1581.

Les opposants prétendoient au contraire qu'aucune érection femelle n'étoit infinie-, que son effet étoit borné à la première fille qui le recueilloit, et que si elles avoient quelquefois passé à une seconde fille, ç'avoit été tout , jamais au delà , et encore par grâce et à la faveur de nouvelles lettres en continuation de pairie, avec rang du jour de ces nouvelles lettres; qu'ainsi l'ancienne érectio» de Piney étoit éteinte dans le sang du premier mari de la duchesse héritière. Ce qui étoit si vrai qu'elle avoit perdu son rang et ses honneurs de duchesse en se remariant, bien loin qu'elle les eût communiqués à son second mari, tant la dignité demeuroit fixée et immuable dans son fils du premier lit; que , pour la démission qu'il en avoit faite ainsi que de ses biens à sa sœur du second lit par son contrat de mariage , cette démission avoit

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