SOMMAIRE DE LA QUESTION
deux vices qui la rcadoient absurde et nulle , et un troisième qui la faisoit impossible : le premier, son état d'interdit devant et après, qui, n'ayant été levé que pour le moment nécessaire de cette démission, n'étoit qu'une dérision de la justice qui ne pouvoit avoir d'effet ni être reçue sérieusement; 2° que les grandes sommes données à cet interdit par le futur époux de sa sœur du second lit, motivées dans son contrai de mariage, comme cause de cette démission, l'annuloient par cela même . puisqu'on ne peut devenir duc et pair que par deux voies , érection en sa faveur , ou succession , et que l'acquéreur en est formellement exclu; 3* que la volonté de l'interdit, quand bien même il ne l'eût jamais été , et qu'il n'eût rien reçu pour sa démission , étoit entièrement insuffisante pour faire un duc et pair en se démettant, puisqu'une démission ne pouvoit opérer cet effet que par deux choses réunies, un sujet naturellement héritier de la dignité à qui la démission ne fait qu'en avancer la succession, et la permission du roi de la faire, qui toutes deux manquoient totalement en celle-ci. Que la clause en tant que besoin serait, glissée dans les nouvelles lettres d'érection de 1661 , accordées à M. de Luxembourg, ne lui donnoit aucun droit; ce qui étoit évident , puisqu'il avoit obtenu ces nouvelles lettres et pris le dernier rang en conséquence, sans quoi il n'eût point été duc et pair, et que de plus cette clause , n'ayant point été communiquée , n'avoit pu être contredite, ni faire aucun effet entre les parties. Enfin, sur les lettres de 1676, par lesquelles le roi déclaroit n'avoir point fait d'érection nouvelle en 1661 , mais renouvelé l'érection de Piney en faveur de M. de Luxembourg, deux réponses : la première que c'étoit pour la première fois qu'on en entendoit parler (et en effet M. de La Rochefoucauld en ayant témoigné au roi sa surprise , il lui répondit qu'il ne se souvenoit pas d'avoir jamais donné ces lettres, à quoi M. de La Rochefoucauld, en colère, répliqua que c'étoient là des tours de passe-passe de M. de Louvois , qui en ce temps-là étoit fort ami de M. de Luxembourg) ; que ces lettres, qui n'étoient point enregistrées, étoient surannées, et partant de nul effet ; que d'ailleurs n'ayant jamais été connues jusqu'alors , elles ne pouvoient passer pour contradictoires et pour juger , sans en-i tendre les parties , un procès pendant entre elles , et un procès de telle qualité et entre de telles parties sous la cheminée et demeurer incognito vingt ans ainsi dans la poche de M. de Luxembourg. Deuxièmement enfin, qu'à toute rigueur l'expression de renouveler n'emportoi' point le rang d'ancienne érection, puisqu'en effet un ancien duché-pai • rie, autrefois érigé pour une maison, et depuis érigé pour une autre, n'étoit à l'égard de cette terre qu'un véritable renouvellement. Telles furent les raisons fondamentales de part et d'autre sur lesquelles on comprend que les avocats trouvèrent de quoi exercer leur éloquence d'une part , leurs subtilités de l'autre ; mais ce qui vient d'être exposé suffit pour expliquer toute la matière en gros sur laquelle roula tout ce procès.
Disons un mot des opposants , desquels il faut ôter MM. de Chevreuse et de Bouillon , par les raisons qui en ont été rapportées. M. d'Elbœuf ne fit que nombre et ne se mêla jamais de rien, sinon de demeurer uni
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aux autres. M. de Ventadour parut quelquefois aux assemblées, fit à peu près ce qu'on désira de lui, mais au payement près, il ne menoit pas une vie à le mettre en œuvre. M. de Vendôme se présenta et fit bien , mais à sa manière et ne pouvant se contraindre à rien. M. de Lesdiguières étoit un enfant, et sa mère une espèce de fée, sur qui son cousin de Villeroy avoit tout crédit; ainsi ce fut beaucoup pour elle que de laisser le nom de son fils , dont elle étoit tutrice , parmi ceux des opposants. M. de Brissac obscur, ruiné et d'une vie étrange, nesortoit plus de son château de Brissac , et ne fit que laisser son nom parmi les autres. M. de Sully peu assidûment, mais fermement. MM. de Chaulnes, de Richelieu, de La Rochefoucauld et de La Trémoille, étoient ceux sur qui tout portoit, auquel le bonhomme M. de La Force se joignit dignement tant qu'il put, et M. de Rohan aussi; mais M. de Richelieu et lui étoient gens à boutade qui ne donnèrent pas peu d'affaires aux autres. M. de Monaco y étoit ardent, sauf ses parties et sa bourse, encore payoit-il bien en rognonnant; mais c'étoit des farces pour tirer le contingent du duc de Rohan.
Les intendants de MM. de La Trémoille et de La Rochefoucauld , nommés Magneux et Aubry, gens d'honneur, capables, laborieux, et infiniment touchés de cette affaire, en étoient les principaux directeurs, et Riparfonds, avocat célèbre consultant, étoit le chef de nos avocats et de notre conseil, chez qui se tenoient toutes rtos a.ssemblées toujours une après-dînée de chaque semaine et quelquefois plus souvent, où M. de La Rochefoucauld ne manquoit jamais , quoiqu'il ne couchât presque jamais à Paris, et qui y rendit par son exemple les autres très-assidus et fort ponctuels à l'heure; les plus ardents et les plus continuellement à tout étoient MM. de La Trémoille, de Chaulnes, La Rochefoucauld et La Force, M. de Monaco autant qu'il étoit en lui, et plus qu'aucun» MM. de Richelieu et de Rohan, mais comme il a été dit, pleins de boutades et de fantaisies.
Je me rendis assidu aux assemblées, je m'instruisis et de l'affaire en soi et de ce qui se passoit par rapport à elle ; ce que je hasardai de dire dans les assemblées n'y déplut point. Riparfonds et les deux intendants conducteurs me prirent en amitié ; je plus aux ducs. M. de La Rochefoucauld , tout farouche qu'il étoit, et par son nom et le mien peu disposé pour moi, s'apprivoisa tout à fait avec moi; l'intimité de M. de Chaulnes avec mon père se renouvela avec moi , ainsi que l'amitié qu'il avoit eue avec le bonhomme La Force ; je fis une amitié intime avec M. de La Trémoille, et je n'oserois dire que j'acquis une sorte d'autorité sur M. de Richelieu, qui avoit été aussi fort ami de mon père, et sur le duc de Rohan , qui fut plus d'une fois salutaire et à la cause que nous soutenions et à eux-mêmes. Chacun opinoit là en son rang; on ne s'interrompoit point, on n'y perdoit pas un instant en compliments ni en nouvelles, et personne ne s'impatientoit de la longueur des séances, qui étoient souvent fort prolongées , pas même M. de La Rochefoucauld qui retournoit toujours au coucher du roi, à Versailles, et chacun se piqua d'exactitude et d'assiduité.
Le procès commencé tout de bon , nous fîmes nos sollicitations en-