‹ Mémoires complets et authentiques du duc de Saint-Simon sur le siècle de Louis XIV et la régenceChapitre 362 sur 371 · Ms. fol. 11 et suiv · texte numérisé non relu

Ms. fol. 11 et suiv

2. La conférence de Suresne, commencée le 29 avril 1593 entre Henri IV et les catholiques modérés, eut pour résultat l'abjuration de ce roi.

NOTES

fut conclue !a paix entre la France et l'Espagne, en l'an 1598, à l'avantage de la France (cinq ou six places de Picardie ayant été rendues par les Espagnols aux François), fut fait chevalier de France en août 1599, par le décès de M. le chancelier de Chiverni, et exerça cette charge avec grande intégrité jusques à sa mort. Il rendit les sceaux en 1605, qui furent baillés à M. Nicolas Bruslart de Sillery, et mourut au mois de septembre 1607 et fut enterré dans sa chapelle en l'église de Saint-Germain l'Auxerrois.

« Messire Nicolas Bruslart, seigneur de Sillery, fils de Pierre Bruslart, président de la troisième chambre des enquêtes, après avoir été conseiller de la cour, président aux enquêtes, ambassadeur en Suisse, ambassadeur à Rome, président de la cour, conseiller d'État fort employé, fut fait garde des sceaux en l'année 1605 et chancelier en septembre 1607 (au mois de janvier) , par le décès de M. de Bellièvre. Il exerça cette charge paisiblement jusqu'au mois de mai 1616 qu'il fut renvoyé en sa maison et les sceaux baillés à M. du Vair, premier président du parlement de Provence. En avril 1617, après la mort du maréchal d'Ancre, et la disgrâce de la reine mère (Marie de Médicis) et de toute sa bande, Nicolas Bruslart fut rétabli en la première place du conseil , les sceaux étant tenus par MM. du Vair, Mangot, du Vair, de Luynes, de Vie et de Caumartin, après la mort duquel les sceaux lui furent rendus en janvier 1623. Il fut derechef disgracié en février 1624.

c Messire Guillaume du Vair, conseiller d'Église au parlement de Paris, puis maître des requêtes do création nouvelle en 1614, puis premier président du parlement de Provence , fut appelé au mois de mai 1616 pour être garde des sceaux. En novembre suivant, les sceaux lui furent ôtés et baillés à M. Claude Mangot. Après la mort du maréchal d'Ancre, au mois d'avril 1617, les sceaux lui furent rendus et les tint jusqu'à sa mort au siège de Tonneins, le troisième août 1621. Son corps fut apporté à Paris, et enterré dans une chapelle des Bernardins.

« Messire Claude Mangot, après avoir été conseiller de la cour et commissaire en la seconde chambre des requêtes du palais, maître des requêtes dix-huit ans , nommé premier président de Bordeaux et [avoir] exercé par commission la charge de secrétaire d'État, fut élu garde des sceaux en novembre 1616 par la disgrâce de M. du Vair, et les rendit le 14 avril 1617, le jour que le maréchal d'Ancre fut tué. 11 mourut en 1624, sans avoir été rétabli en sa charge.

* Messire Charles d'Albert, duc de Luynes, connétable de France en avril 1621 , tint les sceaux après la mort de M. du Vair, en août 1621, et scelloit en présence du roi et des officiers du sceau, recevoit les serments des officiers et en faisoit toutes les fonctions jusqu'au jour de sa mort, qui fut le 14 décembre 1621 , au siège de

NOTES

Monchenu. Son corps fut porté et enterré à Maillé en Touraine, qu'il avoit fait ériger en duché et fait porter le nom de Luynes.

« Messire Mert de Vie , frère de M. de Vie , grand capitaine, gouverneur de Calais, après avoir été conseiller de la cour, maître des requêtes, ambassadeur en Suisse, ancien conseiller d'État, fut fait garde des sceaux le 20 décembre 1621 , après le décès du duc de Luynes , le roi étant lors à Bordeaux , où ledit sieur de Vie avoit été envoyé vers MM. du clergé. Ledit sieur de Vie mourut à Pknas le 12 septembre 1622. Son corps fut rapporté et enterré en sa terre d'Armenonville près de Senlis.

a En attendant que le roi eût choisi un garde des sceaux furent commis pour sceller six conseillers d'Étal qui étoient à sa suite au siège de Montpellier. MM de Caumartin, de Bullion, de Léon, Viguier, Préaux et Halligre scelloient.

« Messire Louis Le Fevbe, seigneur de Caumartin, après avoir été conseiller à la cour, maître des requêtes, président au grand conseil , ambassadeur en Suisse, ancien conseiller d'Etat, fut fait garde des sceaux au camp de Montpellier, le 24 septembre 1622, et mourut en sa maison de Paris le samedi N 21 janvier 1623, et fut enterré en sa chapelle de l'église Saint-Nicolas des Champs, où j'assistai.

« Le lundi 23 janvier 1623, le roi rendit les sceaux à M. le chancelier de SHlery, à l'instance* de M. de Pisieux son fils. Ainsi, après sept ans et six gardes des sceaux, il rentra dans la pleine et entière fonction de la charge de chancelier, jusqu'au second jour de janvier que le roi lui ôta les sceaux, qu'il bailla à M. Halligre le samedi 6 janvier 1624, et au mois de février ensuivant, ledit chancelier de Sillery fut renvoyé en sa maison de Sillery avec M. de Pisieux, secrétaire d'État, son fils, disgracié comme son père, où il mourut d'une dyssenterie le 1" jour d'octobre 1624. Son corps fut apporté et enterré en sa terre de Marines près de Pontoise.

c Messire Étiennb Halligre, natif de Chartres, après avoir été conseiller au grand conseil en l'an 1588 , fut fait intendant de la maison de Charles de Bourbon , comte de Soissons , entra dans le conseil du roi en l'an 1610, et après plusieurs emplois dans les provinces de Languedoc et de Bretagne , il fut fait garde des sceaux le 6 janvier 1624, et chancelier et surintendant de la maison de la reine audit an par le décès du chancelier de Sillery. Il fut renvoyé en sa maison de la Rivière près de Chartres, le 1" jour de juin 1626 , où il mourut le mardi 11 décembre 1635 , et y est enterré.

« Messire Mien kl de Marillac ayant été conseiller de la cour en 1588, maître des requêtes, conseiller d'État, surintendant des finances avec M. de Champigny en août 1624, puis seul en janvier 1626 , fut fait garde des sceaux le 1" juin 1626 par la disgrâce de M. le chancelier Halligre. Les sceaux lui furent ôtés à Glatigny,

NOTES

le roi étant à Versailles, le mardi 12 novembre 1630. Il finit ses jours dans le château de Ghâteaudun, où il mourut au mois d'août 1632, et est enterré aux Carmélites du faubourg Saint-Jacques , dans sa chapelle.

c Messire Charles de L'Aubépine de Cha^teauneuf , fils de M. de Châteauneuf, doyen du conseil, après avoir été conseiller d'Église, conseiller d'État, ambassadeur en Flandre et en Angleterre , chancelier de l'ordre du Saint-Esprit, conseiller ordinaire du roi en ses conseils par le règlement de Compiègne 1 , fut fait garde des sceaux par la disgrâce de M. de Marillac dans Versailles, le 12 novembre 1630, fut aussi fait intendant de la maison de la reine, comme étoit M. de Marillac. Il fut arrêté prisonnier dans Saint-Germain en Laye le vendredi 25 février 1633, et mené prisonnier dans le château d'Angoulème, dont il sortit en juillet 1643.

« Messire Pierre Séguier, sieur d'Autry, fils de M. Séguier lieutenant civil , et petit-fils de Pierre Séguier président à la cour, après avoir été conseiller à la cour, maître des requêtes, intendant de la justice en Guyenne près le duc d'Épernon, président de la cour par la résignation d'Antoine Séguier son oncle et bienfaiteur, fut fait garde des sceaux par la disgrâce de M. de Châteauneuf et la faveur du cardinal de Richelieu, le lundi 28 février 1633, et fut fait chancelier le 19 décembre 1635 par le décès (Je M. le chancelier Halligre , le cardinal de Richelieu l'ayant fait attendre huit jours , avant qu'en prêter le serment au roi.

c Au mois de juin 1643 , M. de Châteauneuf, sorti de la prison du château d'Angoulême, vint demeurer à Montrouge. La tapisserie étoit de fleurs de lis , le cordon bleu et le Saint-Esprit sur sa robe de satin , et ne pouvant rentrer dans sa charge, comme il s'y attendoit, après la mort du cardinal de Richelieu , il se résolut d'y faire sa demeure et de ne point rentrer dans Paris en cet état, la charge étant toujours exercée par M. le chancelier Séguier, qui l'exerce encore en ce mois d'avril que j'écris cette page.

o J'ai écrit cette liste de chanceliers et gardes des sceaux à Ormesson le lundi 30 et dernier jour d'avril 1646 , afin de m'en mieux ressouvenir, les ayant presque tous connus familièrement depuis M. le chancelier de Beilièvro , qui me fit faire le serment de maître des requêtes au mois de janvier 1605 , et le chancelier de Chiverni qui me scella les lettres de conseiller de la cour en 1598, en vertu desquelles je fus reçu au parlement en 1600, que j'ai aussi vu plusieurs fois accompagnant M. le président d'Ormesson mon père *

1. Règlement relatif à l'organisation du conseil d'État, en date du l" juin 1624.

2. Le père d'André d'Ormesson était président à la chambre des comptes.

NOTES

André d'Ormesson a ajouté postérieurement quelques renseignements sur les chanceliers et gardes des sceaux pendant la Frond« :

c Le mardi l w mars 1650, M. de La Vrillière (Phélypeaux) , secrétaire d'État, alla reprendre les sceaux de M. Séguier, chancelier de France , lequel se retira à Pontoise près de la mère Jeanne sa sœur, religieuse carmélite, et puis à Rosny chez son gendre; et le mercredi, second de mars, jour des Cendres, la reine régente remit lesdits sceaux entre les mains du sieur de Châteauneuf , qui prit la qualité de garde des sceaux et ne fit point de nouveau serment , étant rentré dans son ancienne charge et n'ayant point été interdit ni condamné , mais seulement emprisonné.

« Le 3 avril 1651, M. de Châteauneuf rendit les sceaux qui furent à l'instant baillés à M. le premier président, duquel on les retira le 13 avril pour les rendre à M. le chancelier.

a Le 7 septembre 1651 , le roi retira les sceaux du chancelier et les rendit à Mathieu Molé, premier président. Le jeudi 8 septembre 1651 Jour de la nativité de Notre-Dame, M. le chancelier fut renvoyé en sa maison. M. de Châteauneuf fut fait chef du conseil du roi, et messire Mathieu Molé, premier président du parlement de Paris, fut fait garde des sceaux de France , et tint le premier conseil des parties le mardi 19 septembre 1651.

« Messire Mathieu Molé, ci-devant premier président du parle* ment de Paris , et garde des sceaux de France , décéda à Paris en la maison du président (sic) Séguier le 3 janvier 1656 , jour de sainte Geneviève, à six heures du matin, et les sceaux furent rendus à messire Pierre Séguier, chancelier de France, le lendemain mardi 5 janvier 1656, à onze heures du matin par le roi , la reine et le cardinal Mazarin. Voilà la troisième fois que l'on lui donne les sceaux de France. »

II. RÈGLEMENT FAIT PAR LOUIS XIV, A LA MORT DU CHANCELIER SÉGUIER, POUR LA TENUE DU SCEAU.

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Il y eut à la mort du chancelier Séguier, arrivée en 1672 , une lutte entre les deux principaux ministres de Louis XIV, Colbert et Louvois, pour faire donner la charge vacante à un de leurs parents ou du moins à une de leurs créatures. Saint-Simon rappelle brièvement celte rivalité (p. 72 de ce volume). Les Mémoires du temps

NOTES

n'en disent rien, et le règlement que fit alors le roi, et auquoi renvoie Saint-Simon , ne se trouve pas dans le recueil des Anciennes lois françaises. Pour suppléer à ce silence, nous citerons un passage du Journal d'Olivier oVOrmesson, qui donne l'analyse du règlement et l'exposé des circonstances qui le rendirent nécessaire. Ce passage contient de curieux détails sur l'organisation de l'ancienne chancellerie et sur la manière dont on y scellait les actes royaux. Les maîtres des requêtes et d'autres officiers en faisaient le rapport. Le chancelier ou le garde des sceaux, assisté de conseillers d'État, prononçait sur la validité des actes. En certain cas, il les rejetait comme contraires aux lois ou obtenus par des moyens frauduleux.

« Le jeudi 28 janvier 1672, dit Olivier d'Ormesson 4 , mourut à Saint-Germain, à sept heures du soir, M. Pierre Séguier, chancelier do France, après trente-neuf ans de services dans cette charge, depuis le 10 février 1633 qu'il reçut les sceaux vacants par la disgrâce de M. de Châteauneuf % et en 1635 la dignité de chancelier de France par la mort de M. Haligre s , décédé en sa terre de la Rivière. Depuis quelques années ledit sieur chancelier (Séguier) étoit fort déchu de la vigueur de son esprit, et sur la fin il ne connoissoit plus ceux qui l'abordoient, et avoit perdu sa mémoire; mais dans ses derniers jours l'esprit lui étoit revenu entier, et il est mort avec beaucoup de piété et de connoissance. Sa famille avoit reporté au roi les sceaux quelques jours auparavant, et le roi les avoit reçus avec bien de l'honnêteté, et dit qu'il ne les vouloit garder qu'en dépôt et pour les rendre à M. le chancelier lorsqu'il seroit revenu en sa santé.

c La vacance de la charge de chancelier fait beaucoup raisonner sur le choix que le roi fera pour remplir cette place. D'abord l'on a dit que c'étoit pour M. Le Tellier 4 , depuis pour M. le premier président 8 , et chacun nomme celui qui lui plaît; mais le roi ne se découvre point, sinon qu'à son dîner ayant été dit qu'il y avoit eu des chanceliers gens d'épée, l'on a dit qu'il vouloit choisir un homme d'épée.

« Le jeudi 5 février, étant chez M. Boulanger d'Hacqueville, il me montra un paquet qu'il venoit de recevoir de la part de M. Haligre*, qui étoit un règlement fait par le roi, par lequel il dit que Sa Majesté

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