‹ Mémoires complets et authentiques du Duc de SaintSimon sur le siècle de Louis XIV et la régence (volume 2)Chapitre 100 sur 378 · DESSEIN D*UNE RÉCONCILIATION · texte numérisé non relu

DESSEIN D*UNE RÉCONCILIATION

faire des leçons , e\ que j'eusse lieu d'en être encore plu* éloigné que jamais, j 'a vois pourtant (Tes choses à lui dire dont je ne pouvais me dispenser ; qu'il ne me demandât ni de mes raisons ni d'où je prenois ce que j Vois à lui dire ; qu'il se contentât d'apprendre qu'il ne pouvoi t m'écouter avec trop d'attention , ni prendre trop de soin d'en profiter sans délai. Après une préface si énergique, je lui dis, comme si j'en avois été l'auteur, tout ce que j'avois permission de lui dire, et cela tout de suite comme une leçon apprise par cœur, Je (us écouté avec toute l'attention que demandoit ma préface et la matière qui la suivit, pontchartrain sentit aisément que les faits singuliers que je lui spécifiai ne pouvoient m 'être venus que d'endroits importants. Il voulut s'excuser sur certaines choses, sur d'autres il avoua, «t accusa son humeur. Je répondis qu'avec moi tout Cela étoit inutile , que son affaire étoit de profiter de ce qu'il venoit d'entendre, la mienne de m'aller coucher, et làdessus je le quittai aussi brusquement que je l'avois abordé. Je rendis compte le lendemain de ce que j'avois dit 4 Pontchartrain au duc de Beauvilliers. Il augmenta ma frayeur par ce qu'il me laissa voir de l'imminence de la chute, et néanmoins il convint d'attendre ce que produirait ma remontrance.

A quelques jours de là , me promenant après minuit en tiers aveo le Dauphin et l'abbé de Polignao , la conversation tomba sur le gouvernement de Hollande, sur sa tolérance de toutes les seetes, et bientôt sur le jansénisme. L'adroit abbé n'en perdit pas l'occasion , et dit tout ce qu'il falioit pour plaire. Le Dauphin me donna lieu d'entrer assez dans la conversation. Je parlai suivant mes sentiments et sans affectation. La promenade se poussa tard par le plus beau temps du monde , et je quittai le Dauphin comme il a 11 oit rentrer au château. J'expliquerai ailleurs ce que je pense sur cette matière , parce qu'elle entrera dans plus d'une chose dans la suite, et ma façon de voir et d'être avec le Dauphin. Dès le lendemain matin M. de Beauvilliers me prit dam le salon, et me conta que le Dauphin venoit de lui dire avec beaucoup de joie que , à des discours qu'il m'avait ouï tenir le soir précédent à sa promenade, il me oreyoit éloigné du jansénisme, et tout de suite me demanda de quoi il avoit été question , que le Dauphin n'avoit pas eu le temps de lui expliquer. Il me dit , après lui en avoir rendu compte , qu'il avoit tout à fait confirmé le Dauphin dans cette opinion sur moi , et cela mit en effet sa confiance pour moi au large sur toutes sortes de chapitres , et voilà ce que font les hasards.

Il fit encore qu'à ces propos le due me dit tout de suite que le Dauphin soupçonnoit fort Pontchartrain de jansénisme , lui qui faisoit sa cour au roi du zèle de cette persécution. La délicatesse de M. de Beauvilliers étoit là-dessus si étrange, qu'après ce qu'il m'avoit dit luimême que les jésuites et les sulpiciens imputoient au goût malfaisant de ' Pontchartrain la persécution qu'il faisoit aux jansénistes , je ne le pus faire revenir de ses soupçons là- dessus , qu'en lui répondant de Font- . chartrain sur ce chapitre , et que , différent en tout d'avec son père , ils étoient aussi parfaitement divisés sur les jésuites et l'Oratoire. La fréquentation de Pontchartrain , lors de la mort de sa femme , avec le P. de

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