‹ Mémoires complets et authentiques du Duc de SaintSimon sur le siècle de Louis XIV et la régence (volume 2)Chapitre 101 sur 378 · PONTCHARTRAIN SAUVÀ PAR M. DE BEAUVILLIERS · texte numérisé non relu

PONTCHARTRAIN SAUVÀ PAR M. DE BEAUVILLIERS

La Tour, général de l'Oratoire, et eneore quelques mois après, avoit répandu ces soupçons ; mais j'assurai le duo , comme il étoit vrai , que Pontchartrain avec la dernière indécence avoit quitté le commerce du P. de î*a Tour, comme une chemise sale, et n'en avoit pas ouï parler

depuis.

Nous nous revîmes le même jour sur le soir. Dans l'entre-deux , M. de Beauvilliers, sur ma parole, avoit répondu de Pontchartrain au Dauphin sur le jansénisme. Il me le confia, et ce fut le premier bon office qu'il lui rendit auprès de ce prince. De là , le duc me dit qu'il n'entendoit pas deux choses , Pontchartrain étant tel là-dessus que je le lui avois si fort assuré : l'une au'il étoit très-suspect aux jésuites , l'autre comment l'affaire d'un ecclésiastique (l'Orléans étoit si mal entre ses mains ; que les jésuites attribuoient à son goût de faire du mal sa faci-

posé aux jansénistes , et qui tiroit de là tout son appui , ne pouvoit être plus mal servi qu'il l'étoit de Pontchartrain, pour l'union d'un bénéfice, qui étoit néanmoins très- essentielle au bon parti. Il s'échauffa assez làdessus , et de lui-même me permit d'avertir Pontchartrain , mais comme de moi-même, de la disposition des jésuites à son égard; qu'il lui importait fort de Ja changer par une conduite opposée ; et sur cet ecclér siastique de lui dire , non plus comme de moi-même , mais de sa part 4 lui comme en avis , de rapporter son affaire au premier conseil des dépêches, d'y donner un tour feyorable, et d'ajouter que cela lui étoit plus important qu'il ne pensoit.

Je fis ce même soir, vers le minuit, une seconde visite à Pontchartrain , toute semblable à la première ; dont l'heure et le ton ne le surprit pas moins , et bien plus encore que la première pour les choses. Il s'étoit peut-être douté à la première d'où lui venoient mes avis. A cette seconde , il ne put plus l'ignorer. G'étoit en insolence le. premier homme du monde, lorsqu'il ne craignoit point les gens; et le premier aussi en bassesse, où personne ne le surpassoit, à proportion de son besoin et de sa frayeur. Ainsi on peut juger de tout ce qu'il me pria de dire à M. de Beauvilliers, de quelle façon il se mit à en user avec les jésuites, et comment tourpa l'affaire de l'ecclésiastique d'Orléans.

M. de Beauvilliers en fut si content , qu'il voulut bien que je lui disse mais comme de moi-même, le péril en gros où il étoit auprès du Dauphin . et les moyens de le rapprocher peu à peu , tous opposés à son génie et à ses manières accoutumées. Le duc alla jusqu'à me charger de lui dire qu'il lui ménageroit des occasions de travailler avec le Dauphin , qu il l'en avertiroit d'avance et de la façon de s'y conduire.

Je revis donc aussitôt Pontchartrain pour la troisième fois ; Je ne vis jamais homme si transporté. Il se crut noyé et sauvé au même instant et les protestations qu'il me fit, tant pour M. de Beauvilliers que pour moi , furent infinies. Sur mon compte, Je sus bien qu'en penser, puisque c'étoit trois semaines après qu'il jû*eut envoyé d'Aubanton ; aussi les reçus-je pour moi avec le froid te plus dédaigneux, et je lui fis sentir,

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