IMPORTANCE DBS ENTRÉES
dération réciproque de sortir tous , dès que l'un d'eux se présentoit à parler au roi comme il don nuit le bonsoir , afin de le laisser seul en liberté avec lui. Là, le roi^ prêt à se mettre au lit, ne pouvoit prétexter 1 des affaires ni passer dans une autre pièce ; il falloit bien qu'il écoutât jusqu'au bout des gens en très-petit nombre , la plupart en grande dignité , et distingués tous par leurs privances et presque tous par leurs charges. Le roi , pris ainsi au trébuchet , se mit à se promener par sa chambre avec Charost, qui , son billet à la main , le somma de sa parole comme le plus honnête homme qui fût dans son royaume. Le roi ne put disconvenir de l'engagement, mais il se tourna à exagérer les services de l'archevêque dont la nature demftndoit d'autant plus une récompense éclatante et immédiate de sa main , qu'ils étoieut obstacles invincibles à celle qu'il lui avoit voulu donner par Rome , où les propositions de l'assemblée du clergé de 1682 où il présidoit étôient si odieuses, que le pape , qui ne pouvoit ne pas remplir la nomination qu'il lui avoit donnée pour la promotion des couronnes , s'opini&troit depuis tant d'années à la différer toujours , et aimoit mieux ne faire plus de promotions de son pontificat, que de donnèr un chapeau à l'archevêque. Charost trouva ces raisons fort bonnes , mais il ajouta qu'elles nè concluoient en quoi que ce fût pour son exclusion , et pour que le roi oubliât les services de son père et les siens , et manquât pour l'unique fois de sa vie à Une promesse solennelle, qu'il lui représentoit de sa propre main> et que luimême avouoit telle.
Le roi prétendit que l'arohévêque devoit passer seul par lés considérations qu'il venoit d'expliquer, mais avec assurance qu'il ne feroit plus aucun pair sans tenir la parole qu'il avoit donnée. Charost insista et se retira au bout d'une demi-heure , fort mal satisfait du suc cès d'Une si longue dispute. Il en eut encore trois fort près à près , toutes à la même heure > toutes autant oU plus longues > toutes en se promenant. A la dernière il emporta le prix de sa persévérance. Le roi lui dit qu'il lui àuroit fait grand plaisir d'entrer dans ses raisons , et de se fier à lui pour une autre fois, mais enfin, puisqu'il ne se vouloit point relâcher de sa parole qu'il avoit, il la lui vouloit tenir, et qu'il pouvoit avertir de sa part le premier président et le procureur général de prendre ses ordres là -dessus, et qu'il pouvoit aussi prendre ses mesures pour ce qu'il avoit à faire de sa part. On peut juger qu'il n'y perdit pas de temps ; lui-même m'a conté ce détail et celui qui va suivre, et m'a dit que sans ses entrées et la facilité de forcer le roi de récouter seul à la fin de son petit coucher tant qu'il vouloit , il n'auroit jamais emporté sà pairie.
L'archevêque de Paris, qui avoit compté sur la distinction d'être seul, voulut au moins être le premier des deux, et prit secrètement toutes ses mesures. Charost n'y fût pas moins attentif s ni moins bièn servi qu'il l'avoit été sur l'érection même. Il retourna au roi toujours au petit coucher, toujours son billet en main; il se plaignit du dessein avantageux de l'archevêque , et montra au roi que sa parole n'étoit pas moins engagée à ce qu'il fût le premier de ceux qu'il feroit, qu'à n'en faire aucun sans lui. Le principal étoit accordé, l'accessoire ne tint pas Le roi avoit bien tacitement consenti! la surprise que l'archevêque lui
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vouloit faire, maiâ Une fois éveritéé et portée en plainte, elle ne tint pas. Le roi promit à Charost d'arrêter l'archevêque qui, ett effet, ne fut enregistré et reçu âu parlement que huit jours après lui. Mais ce fut encore une autre ruse où Charost le poursuivit jusqu'au bout. L'archevêque, outré de n'avoir pu faire que Charost ne fût point fait pair eû même temps que lui , plus piqué encore de n'avoir pu réussir à faire passer sa pairie la première, eut la petitesse d'en vouloir éviter au moins la préséance actuelle, et pour cela voulut, ce qui ne se fait jamais , être reçu à la dérobée sans assistance d'aucun pair. 11 eut encore l'infortune d*ètré découvert et forcé dans ce dernier retranchement. Charost, toujours aux écoutes, fut encore averti. Il sut le jour que le secret complot se devoit exécuter; en virtgt-quatre heures il s'assura du plus grand hombré de pairs qu'il put, qui arrivèrent avec lui à la grand'charabre â sept heures du matin , comme onalloit commencer l'affaire de l'archevêque. Ils l'y trouvèrent lui-même qui attendoit à l'ordinaire des pairs qui vont être reçus, et ils lui firent des compliments dont il se seroit bien passé. Sa surprise et son dépit ne purent se cacher. Ces pairs prirent aussitôt leiirs places , et l'archevêque fut obligé de prendre la sienne au-dessous du duc de Charost.
Cette aventure fut fort ridicule pour l'archevêque , et Charost eut complète satisfaction. Il avoit été duc â brevet avec son père en 1672 , et il fut pair avec l'archevêque de Paris en 1690. Il étoit chevalier de l'ordre de 1688. La teinture que U. de Lauzun lui avoit donnée auprès du roi , et qui n'étoit pas encore effacée , comme elle la fut depuis , eut grande part â tout ce qu'il eut à surmonter dans cette occasion pour lui si capitale.
Il maria son fils, cause de cette digression, en 1680, à sa cousine germaine, fille du princé d'Espinoy et de sa première femme qui mourut trois ans après , et lui laissa deux fils. Il se remaria huit ans après à une Lamet, fille unique de Baule, gouverneur de Dourlens, dont il eut après le gouvernement. 11 avoit déjà les survivances de son père de Valais et de Picardie , etc. Il fut lieutenant général des armées du roi eh Î702, et n'a presque pas servi depuis. Son père se démit de son duché en sa faveur en 1697. 11 aimoit à aller au parlement, et y entraînoit souvent son cousin le duc d'Estrées. Le cardinal d'Estrées disoit plaisamment qu'il y avoit là du L'Ëscalopier. Démis , il continua à y aller
{>lus d'un an, parce que son fils ne s'y faisoit point recevoir. Le roi à a fin le trouva mauvais, et le duc de Charost fut reçu au parlement, et son père cessa d'y pouvoir aller, qui , lors de sa démission, avoit pris le nom de duc de Béthune. Nous Verrons dans la suite la continuation de cette fortune. M. de Beaùvilliers , qui ne jugeoit le duc de Charost propre qu'aux choses du dehors , qui en effet ne lui communiquoit jamais rien, et qui l'avott extrêmement approché du Dauphin sur ce même pied-là de tout temps, le voulut ^acer de même auprès de lui, récompenser ainsi la liaison si intime de sa mère , favoriser tout le petit troupeau , et avoir ùh homme à eux et à lui dans cette charge principale, et qui , par la singularité de la grâce , fît montre du crédit du Dauphin.
Il aVoit sur moi d'autres vues qu'il ne tarda pas à m'expliquer, et où je fus bientôt après confirmé par le Dauphin même. C'étoit de me faire