INTERDIT PLUSIEURS JÉSUITES
écouta assez bien les raisons du cardinal de Noailles , sur cette interdiction quoiqu'elle lui déplût, et ne voulut pas qu'elle fit obstacle à ce que le Dauphin avoit réglé. Il l'expliqua ce même jour au cardinal de Noailles, qui s'y soumit de bonne grâce. Voysin avoit en poche le consentement des trois évêques , qui , dans l'espérance que le cardinal feroit quelque difficulté dont ils feroient retomber la mauvaise satisfaction sur lui , n'avoit eu garde de s'en vanter et ne l'apporta au Dauphin que cinq jours après.
Le jugement fut : que les trois évêques feroient en commun un nouveau mandement en réparation des précédents; qu'avant de le publier il seroit envoyé à Paris pour y être examiné par personnes nommées par le Dauphin, communiqué après au cardinal, et, s'il en étoit content, publié. Ensuite le roi lui devoit envoyer une lettre des trois évêques que Sa Majesté avoit déjà reçue, pour réparer de plus en plus ce qu'ils avoient écrit contre lui ; et dans l'une et l'autre pièce , pas un mot du livre du P. Quesnel. Le Dauphin , fort ignorant des profondeurs des jésuites et de l'ambition de l'évêque de Meaux , crut avoir tout fini , et que le bruit qui s'étoit fait sur ce livre tomberoit avec la querelle personnelle dont il étoit venu au secours , ou que , s'il y avoit en effet de la réalité dans les plaintes si nouvelles d'un livre si anciennement approuvé et estimé sans contradiction de personne , les choses se passeroient en douceur et en honnêteté entre des évêques raccommodés. Il n' étoit pourtant pas difficile de voir l'artifice. Un mandement à faire , puis à mettre à l'examen étoit de quoi tirer de longue, et faire naître toutes les difficultés qu'on voudroit; et le silence spécieux sur le livre laissoit toute liberté là -dessus, après la réconciliation même faite, sous le beau prétexte de la pureté de la doctrine. Mais le Dauphin auroit fait scrupule de penser si mal de son prochain. Combien étoit-il éloigné d'imaginer ce nombre de lettres qui se fabriquoient alors, et la surprenante aventure qui en mit au jour sous les yeux du public le scélérat mystère , et qui l'a transmis à la postérité ! Le Dauphin en arrivant de Fontainebleau prit l'appartement de Monseigneur.
Le lendemain de l'arrivée de Fontainebleau le duc de Noailles revint d'Espagne , et salua le roi chez Mme de Maintenon. Il en avoit reçu l'ordre. Je différerai d'en expliquer les raisons jusque tout à la fin de cette année , pour n'y être pas interrompu par le récit d'autres événements.
Le roi, ayant su que le prince de Carignan, fils du célèbre muet, avoit servi dans l'armée de M. de Savoie, confisqua tous ses biens en France, et donna dessus douze mille livres de rente au prince d'Espinoy , qui avoit aussi des biens confisqués en Flandre. C'est ce même prince de Carignan qui , longtemps depuis , épousa la bâtarde de M. de Savoie et de Mme de Verue , avec qui il vint après vivre et mourir à Paris d'une manière honteuse; et qui, par les manèges encore plus honteux de sa femme , y obtint tant de millions.
M. de Chevreuse , à qui j'avois fortement reproché ses absences qui lui avoient coûté à Marly le dangereux délai de son affaire de Chaulnes, lors de l'édit et de l'érection de d'Antin, avoit fort travaillé à la re-