‹ Mémoires complets et authentiques du Duc de SaintSimon sur le siècle de Louis XIV et la régence (volume 2)Chapitre 156 sur 378 · CHIMÈRES DE M. DE CHEVREUSE [1?U · texte numérisé non relu

CHIMÈRES DE M. DE CHEVREUSE [1?U

mettre à flot pendant tout Fontainebleau. On disoit quelquefois de lui qu'il étoit malade de raisonnement-, ét là vérité est qu'il le fut tellement en cette occasion , qu'il eut souvent besoin de mon secours pour l'empêcher d'en mourir, c'est-à-dire SOU Affaire dé manquer. Chaulnes àvoït été érigé en duché-pairie pour le maréchal de Chaulnes, frère du connétable de Luynes. Il est vrai que ce fut à l'occasion et en faveur de son mariage avec l'héritière de Picquigny qui le savdit bien dire » à laquelle appartenoit aussi le comté de Chaulnes ; mais l'érection n'eu fut pas moins masculiné, et bornée, comme toutes les autres qui n'ont pas de clausès extraordinaires .et expresses , aux hoirs masculins issus de ce mariage de mâle en mâle. Les deux fils de ce mariage, ducs l'un après l'autre , n'en avoient point eu ; le duché-pairie étoit donc éteint , ou il n'y en aura jamais ; et depuis là mort du dernier due de Chaulnes , si connu pâr ses ambassades, il n'en avoit pas été question. M. de Chevreuse , grand artisan de quintessences, et qu'on a Vu, à l'occasion du procès de M. de Luxembourg, n'avoir point voulu être des nôtres par la chimère de l'ancienne érection de Chevreuse, s'en étoit bâtie une à part lui sur Chaulnes. Jê crois avoir remârqué ici quelque part que , lorsqu'il se maria, M. de Chaulnes, cousih germain de son père, lui assura tout son bien âu cas qu'il mourût sans ertfants , avec substitution au second fils qui naîtroit de son mariage. Le cas étoit arrivé, il étoit exécuté.

M de CheVreusè, depuis la mort de M. de Châulnes, se quàlifioit duc de Luynes , de Chaulnes et de ChevrêUse. Commé je vivois dâns là plus libre familiarité avec lui , je lui voyois souvent sur Son bureau des certificats pour des chevau-légers, etb., où ces titrés êtoient ; et toujours je lui disois : * Seignèur du duché de Châuhles; mais duc non.» Il riochoit, ne répondoit qu'à demi, et disoit qu'il le pouvoit prétendre. Lorsqu'il fut question de l'édit. il fallut discuter ensemble plus sérieusement une prétention dont , i l'imitation de d'Antin^ il vouîoit faire le chausse-pied de son second fils. Il prétendit donc que M. de Chaulnes, par la donation et la Substitution de Ses biens , et en particulier de Chaulnes, les âvoit donnés et substitués comme il les possédoit et par conséquent la dignité de laquelle il jouissoit.

Je serois infini , et três-inutileinent , Si je m'amùsois à réfuter ici un paradoxe aussi absurde et àussi nouveau ; mais il fallut en discuter avec lui la nouveauté et l'absurdité , et se livrer à l'ennuyeuse complaisance de laisser Couler ses lonfcs raisonnements. Il me mit après en avant des coutumes particulières des lieux , qui pouvoient bien régler les transmissions des biens, mais jamais en aucun cas celle des dignités. Enfin il se retrancha sur une compensation , en abandonnant la prétention de la première érection de Chevrettse. C'étoit étayer une chimère par une autre. Chevreuse avoit été érigé en duché-pairie pour If. de Chevreuse dernier fils du duc dè Guise, tué aux derniers états de Bîois. Il avoit épousé la veuve du connétable de Luynes , mère du duc de Luynes , père du duc de Chevreuse, à qui je parlois. Sa grand'mèrt âvoit eu pour ses reprises le duché de Chevreuse à la mort de ce second mari , lequel duché , c est-à-dire la terre, étoit passé d'elle à son fils, puis à son petit-

Page 1