‹ Mémoires complets et authentiques du Duc de SaintSimon sur le siècle de Louis XIV et la régence (volume 2)Chapitre 160 sur 378 · ABBÉ DE POMPONNE · texte numérisé non relu

ABBÉ DE POMPONNE

L'abbé de Pomponne, revenu de son ambassade de Venise et de ses négociations en Italie, vieillissent tristement dans le second ordre, aumônier du ro|. Cela, étoit fâcheux à un fils et à un beau-frère de ministres, qui n'y étoient pas accoutumés, et qui cro voient, par les mauvais exemples récents , les premières places de 1 Eglise faites pour eux. Torcy, tout timide qu'il étoit, ne le put digérer plus longtemps. Il n'y avoit rien à reprendre aux mœurs ni à 1» conduite de son beau-frère ; mais le roi ne lui avoit pas caché son invincible répugnance à placer le nom d'Arnaud dans un siège épiscopal. Torcy se réduisit donc à la ressource que 1* chancelier avoit procurée à l'abbé Bignon son neveu , que la dépravation de ses mœurs avoit exclu de 1 épiscopat. La place de conseiller d'État d'Église, qu/avoit le feu. archevêque de Reims, n'étoit pas remplie. Torcy fit encore parier le roi sur son beau-frère, qui s expliqua comme il avoit déjà fait, lorsque cette exclusion engagea Torcy 4'employer l'abbé de Pomponne en Italie ; mais en même temps \e roi en dit du bien , et témoigna être fâché de l'empêchement dirimant. Là- 4essus T orc y tourna court sur la place de conseiller d'État , et l'obtint sur-le-champ. L'abbé de Pomponne s'y donna tout entier, faute de mieux, et en prit l'occasion de quitter sa. place d'aumônier du roi.

On sentit sur les huit heures du 6 novembre , * Paris et à. Versailles , un tremblement de terre si léger, qu'assez peu de gens s'en aperçurent. Il fut très-sensible vers la Touraine et le Poitou en quelques endroits , le même jour et à la même heure , en Saxe et dans quelques villes d'Allemagne voisines. Çn çe même temps on établit à Paris une nouvelle tontine '.

Le grand prieur , qui n'avoit pu obtenir la liberté du fils de Massenar, dont il a été parlé lors de l'enlèvement du grand prieur en représailles par le père de cet homme qui étoit dans Pierre- Encise, avoit peu à peu obtenu quelque liberté des Suisses : il vint enfin à bout de l'avoir tout entière , et permission du roi de venir. demeurer à Lyon, mais sans approcher la cour ni Paris de plus près. Il y demeura depuis tant que le roi vécut.

CHAPES XIU,

Mariage du czaréwits avec la sœur de l'impératrice régnante, — Départ de l'archiduc pour l'Italie et l'Allemagne, qui laisse l'archiduchesse à Barcelone av^c Staremberg. — Molinez, Espagnol, doyen de la Rote, interdit par le pape. — Duc d'Uieda ; sa maison ; sa grandesse ; ses emplois ; sa défection; renvoie l'ordre du Saint-Esprit. — Sa vie et sa fin obscure. — Catastrophe, à Vienne, de son fils.— Entrevue du duc de Savoie et de l'archiduc

* . On appelait tontine une association foncière composée de personnes qui mettaient chacune un capital en commun pour en retirer une rente viagère placée sur leur *éte ou sur celle d'autrui, avec la condition que l'intérêt serait réversible à chaque décès sur les survivants. Le nom de tontine venait du Napolitain Laurent Tontin, qui avait obtenu de Louis XIII, en 1635, l'autorisalion de fonder à foiris un établissement de ce genre.

MARIAGE DU CZARÉWITZ. [1711]

dans la chartreuse de Pavie. — L'archiduc, élu empereur, reçoit à Milan les ambassadeurs et le légat Imperiali. — Quel éloit ce cardinal. — Étiquette prise d'Espagne sur les attelages. — L'empereur è Insprtick ; y reçoit froidement le prince Eugène. — Causes de sa disgrâce et ses suites jusqu'à sa triste mort. — Tortose manqué par les Impériaux. — Mariage de la fille d'Amelot avec Tavannes, qui manque la grandesse par le roi. — Mariage du chevalier de Croissy. — Six mille livres de pension à d'O. — Trois cent mille livres de brevet de retenue au duc de Tresmes, â qui cela en fait cinq cent mille. — Causes du retour du duc )de Noailles et de sa secrète disgrâce. — Embarras et fâcheuse situation du duc de Noailles à la cour. — Noailles se jette â Desmarels. — Noailles brouillé avec M. [le duc] et Mme la duchesse d'Orléans, et pourquoi. — Noailles se propose de lier avec moi. — Caractère du duc de Noailles. — Je me laisse entraîner à la liaison du duc de Noailles. — Duc de Noailles, brouillé avec M. [le duc] ei Mme la duchesse d'Orléans, me prie de le raccommoder avec eux. — Mes raisons de le faire ; j'y réussis. — Sa délicate mesure. — Duc de Noailles me confie à sa manière la cause de son retour d'Espagne et sa situation. — Ses vues dans cette confidence. — Son extrême désir de m'engager â le rapprocher du duc de Beauvilliers, conséquemment du Dauphin. — Mes raisons de le faire; j'y réussis. — Ma liaison avec le cardinal de Noailles, qui devient intime jusqu'à sa mort. — Scélératesse du complot des jésuites contre le cardinal de Noailles mise au net par le paquet de l'abbé de Savoie â son oncle l'évêque de Clermont, tombé entre les mains du cardinal de Noailles, qui n'en sait pas profiter. *— Cris publics. — Le Dauphin ne se cache pas sur son avis de chasser le P. Tellier, et me le dit. — Affaire du cardinal renvoyée en total au Dauphin pour la finir. — Grand mot qu'il me dit en faveur du cardinal. — Il m'ordonne de m'instruire à fond sur les matières des libertés de l'Église gallicane et sur l'affaire du cardinal de Noailles, et me dit qu'il la veut finir définitivement avec moi.

Le czar, à peine sorti d'entre les mains des Turcs, conclut le mariage du fils unique qu'il avoit de sa première femme qu'il avoit répudiée, et qu'il tenoit dans un couvent avec la deuxième petite-fille du vieux duc Ulric de "Wolfenbûttel , sœur de l'archiduchesse qu'on va voir impératrice. Le czar le conclut à Carlsbad où il prenoit les eaux , d'où il partit pour l'aller voir célébrer à Torgau; ce fut un funeste mariage.

L'archiduc qui , depuis longtemps , n'avoit plus de pensées que d'aller recueillir la vaste succession de l'empereur son frère, se revoir avec l'impératrice sa mère , dont il avoit toujours été le mieux aimé , et se retrouver chez soi dans Vienne, libre des inquiétudes et des étrangers parmi lesquels il étoit comme banni, et régner dans les mêmes lieux où il n'avoit vécu qu'en servitude , eut peine à se tirer des mains des Catalans. Il leur laissa pour vice-roi le comte de Staremberg, général de ses troupes , qui lui avoit été donné pour conseil et pour conducteur ; qu'il avoit pris en grande estime et amitié, et qui la méritoit; La Corsana, comme ministre castillan, et Perlas, qui étoit devenu son favori, comme secrétaire d'État et ministre catalan. Il fit espérer son retour à la ville de Barcelone et à tout son parti en Espagne , et mit enfin à la voile, suivi de trois députés catalans, nommés Corbellone, Pinoz et Cardone. Sa flotte étoit de quarante ou cinquante bâtiments de toutes

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