‹ Mémoires complets et authentiques du Duc de SaintSimon sur le siècle de Louis XIV et la régence (volume 2)Chapitre 161 sur 378 · MOLINEZ INTERDIT PAR LE PAPE · texte numérisé non relu

MOLINEZ INTERDIT PAR LE PAPE

sortes, anglois, hollandois et catalans. Il ne put emmener l'archiduchesse; il auroit désespéré les Catalans qui s'opiniâtrèrent à la garder à Barcelone comme le gage de son retour et le centre des affaires , à la tête desquelles il la mit pour la forme en son absence. Leur mariage étoit et fut toujours depuis extrêmement uni , chose si rare parmi les princes, et la séparation leur coûta beaucoup.

Depuis que les hauteurs du marquis de Prié, ambassadeur du feu empereur à Rome, du temps que le maréchal de Tessé y étoit, avoient, comme je l'ai raconté alors , forcé le pape à reconnoître l'archiduc en qualité de roi d'Espagne, par les violences qu'il fit exercer par les troupes impériales dans les États de l'Église, il n'y avoit plus de nonce à Madrid, qui en avoit été chassé , ni d'ambassadeur d'Espagne à Rome. Molinez, doyen de la Rote, qui en étoit auditeur pour la Castille, étoit le seul ministre d'Espagne à Rome, où il étoit fort considéré. Le bruit confirmé du prochain départ de l'archiduc de Barcelone pour l'Italie fit parler à Rome de lui envoyer un légat comme roi d'Espagne , sans attendre qu'il fût élu empereur. Molinez en parla aux ministres , puis au pape, qui à la fin lui avoua que la résolution en étoit prise. Molinez, très-attaché à Philippe V , ne se rebuta point , et n'oublia aucunes des raisons qui pouvoient détourner ce qu'il appeloit un affront fait au roi son maître; à la fin il pressa si vivement le pape, et lui parla si haut, que le pontife se fâcha; et, pour se défaire de se3 remontrances, l'interdit de toutes ses fonctions, et alla même jusqu'à lui défendre de dire la messe. Cette affaire fit grand bruit par toute l'Europe , et même Rome , neutre , ne l'approuva pas. Molinez se tint chez lui fort visité , par l'estime qu'il avoit acquise, et n'en sortit plus jusqu'à ce qu'il eût reçu des ordres de Madrid. Le roi s'en plaignit fort à Rome et de la chose et de la cause ; mais le parti y étoit pris , et cette cour n'étoit pas pour reculer.

Le duc d'Uzeda étoit ambassadeur d'Espagne à Rome : il étoit de cette grande et nombreuse maison d'Acuna y Pacheco , de laquelle sont aussi les marquis de Yillena et ducs d'Escalone, comte de San-Estevan de Gormaz , les ducs d'Ossone, les comtes de Montijo, le marquis de Bedmar d'aujourd'hui, et ce vieillard illustre, le marquis de Mancera, dont j'ai parlé plus d'une fois, tous grands d'Espagne de première classe, et tous fort grands seigneurs. Uzeda fut érigé en duché, et donné par Philippe III au fils aîné du duc de Lerme , son premier ministre , mort cardinal et disgracié, en faisant ce fi] s grand d'Espagne; cette grandesse tomba de fille en fille. La dernière qui en hérita étoit fille du cinquième duc d'Ossone, qui la porta en mariage à un cadet de sa même maison, quis'appeloit le comte de Montalvan, et qui prit, en se mariant, le nom et le rang de duc d'Uzeda. Il fut gentilhomme de la chambre , gouverneur et capitaine général de Galice, puis vice-roi de Sicile, d'où il passa à l'ambassade de Rome, où il logea Louville, lorsque Philippe V, étant à Naples , l'envoya remercier le pape de lui avoir envoyé un légat.

Le duc d'Uzeda fut fait chevalier du Saint-Esprit avec les premiers grands espagnols , qui le reçurent peu de temps après , et le dut à la bonne réception qu'il fit à Louville , qu'il persuada fort de son attache-

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