‹ Mémoires complets et authentiques du Duc de SaintSimon sur le siècle de Louis XIV et la régence (volume 2)Chapitre 166 sur 378 · ET DE SA SECRÈTE DISGRÂCE · texte numérisé non relu

ET DE SA SECRÈTE DISGRÂCE

la reine sa sœur, qu'elle aimoit beaucoup et avec qui elle étoit dans un continuel commerce. Elle sut un gré infini à Mme de Maintenon de prendre l'affaire si amèrement contre un homme si proche à qui elle étoit si accoutumée; et Mme de Maintenon à elle de lui voir porter l'intérêt de sa sœur avec tant de vivacité. Ce groupe secret, intime, suprême , ne fit donc que s'échauffer et s'irriter mutuellement , et le Dauphin y entra en quart, au point où il étoit avec eux, dans l'horreur d'une action pour ce monde si folle , et pour la religion si criminelle. Les réponses en Espagne ne tardèrent pas, dont la force fut pleinement au gré de la reine d'Espagne et de la princesse des Ursins.

Le duc de Noailles eut par la même voie un ordre sec et précis de revenir sur-le-champ à la réception de ces lettres. L'extérieur, parfaitement gardé jusque-là, n'eut plus de ménagement. Aguilar reçut ordre de donner sur l'heure la démission de sa charge , qui fut à l'instant donnée au comte de San-Estevan de Gormaz , grand d'Espagne par sa femme, et fils du marquis de Villena, desquels j'ai parlé ailleurs, et en même temps de partir sur-le-champ pour sa commanderie , où il fut relégué quelque temps. Le duc de Noailles, dans le très-peu de jours qu'il mit à arranger son voyage, ne trouva plus que des portes fermées et des visages qui le furent encore plus. Il arriva, comme je l'ai dit, à Versailles le surlendemain du retour de Fontainebleau , et salua le roi chez Mme de Maintenon, qui, pour le publie, l'y voulurent voir comme ils l'y avoient toujours vu à ses retours. Mais la réception y fut étrangement courte et différente. On ne tarda pas à s'apercevoir au sec du roi pour lui , à sa retenue et à son embarras avec le roi , avec le Dauphin i et surtout avec la Dauphine , qu'il y avoit quelque chose de grave « et de fort extraordinaire sur son compte, car on n'avoit pas encore pénétré qu'il eût eu ordre de revenir , ni la cause encore moins. Les dames de l'intérieur remarquèrent qu'elles le rencontroient bien plus rarement chez Mme de Maintenon, et que dans ce peu qu'elles l'y voy oient la contrainte et l'embarras du neveu, le sec et le bref de la tante , sautoient aux yeux , et faisoient un contraste entier avec les manières que jusqu'alors elles leur avoient toujours vues ensemble. Ces choses toujours continuées percèrent peu à peu. Elles excitèrent toute la curiosité , et bientôt après on sut , mais parmi les plus instruits seulement, la cause de la disgrâce que j'appris des premiers par ces dames du palais, à qui la Dauphine s'ouvroit volontiers.

Le duc de Noailles , également occupé à cacher une situation si fâcheuse, et à y chercher des ressources, s'y trouva étrangement embarrassé les siennes naturelles et qui l'avoient si rapidement mené , lui devenoient inutiles : Mme de Maintenon , blessée au cœur par son plus cher intérêt; le roi par la chose môme, et par le dépit de s'être si lourdement mépris à prodiguer ses grâces les plus signalées ; la Dauphine offensée pour la reine sa sœur , pour elle-même , et qui se piquoit encore de l'être; le Dauphin, dans l'extrême piété dont il étoit, contra tous les principes duquel il se trou voit surpris. Sa famille si brillante , si établie , si nombreuse , outrée contre lui de s'être perdu ainsi , comme de gaieté de cœur, ne pouvoit rien en sa faveur. Sa mère, d'excellent

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