CHAPITRE II
Mort et caractère de la duchesse de Villeroy. — Mort de l'empereur Joseph.
— Prince Eugène mal avec son successeur. — Mort de Mines de Vaubourg et Turgot. — Mort de Caravas. — Mariage des deux filles de Beauvau avec Beauvau et Choiseul. — Reprise de l'affaire d'Épernon. — Force prétentions semblables prèles à éclore. — Leur impression sur les parties du procès d'Épernon. — Ancien projet de règlement sur les duchés-pairies en 1694; son sort alors. — Perversité do premier président d'Harlay, qui le dressa. — Duc de Chevreu.se, de concert avec d'An tin, gagne le chancelier pour un règlement sur ce modèle. — Le chancelier m'en confie l'idée et l'ancien projet. — Raisons qui m'y font entrer sans en prévoir le f illicite, et j'y travaille seul avec le chancelier. — Ancien projet et mes notes dessus.
— Grâce de substitution accordée au duc d'tiarcourt enfourne ce règlement. — Sagesse et franchise d'Harcourt avec moi sur les bâtards. — Je joins le maréchal de Boufflers au secret, qui est restreint d'une part entre
18 MOKf Î)Ë tA DUCHESSE DE VILLEROY. [1711]
nous deux et Hafcourt en général, de l'antre entre Cherrenie et d'An lin en général, et sans nous rien communiquer. — H ar court parle au roi, et la chose l'enfourne. — Chimères de Chevreuse et de Cliaulnes. — Duc de Beauviiliero n'approuve pas les chimères ; ne peut pourtant être admis au seorel du règlement par moi. — Secret de tout ce qui se fit sur le règlement uniquement enlre le chancelier et moi. — Trait hardi et raffiné du plus délié courtisan de d'Antin, qui parle au roi. — Le roi suspend la plaidoirie sur le point de commencer sur la prétention d'Épernon*
Je perdis en mêmé temps une amie que je regrettai fort! ce fut la duchesse de Villeroy, dont j'ai parlé plus d'une fois.
C'étoit une personne droite, naturelle, franche, sûré> secrète, qui sans esprit étoit parvenue à faire une figure à la cour, et à maîtriser mari et beau-père. Elle étoit haute en tous points, surtout pour la dignité, en même temps qu'elle se faisoit une justice si exacte et si publique sur sa naissance, même sur celle de son mari, qu'elle en embarrassoit souvent. Elle étoit fort inégale, sans que, pour ce qui me regarde, je m'en sois jamais aperçu. Elle avoit de Thuineur, son commerce étoit rude et dur. Elle tenoit fort là-dessus de sa famille. Elle étoit depuis longtemps dans la plus grande intimité de Mme la duchesse d'Orléans, et dans une grande confidence de Mme la Dauphine, qui toutes deux l'aimoient et la craignoient aussi. Elle avoit des amis et des amies; elle en méritoit. Elle étoit bonne, vive et Sûre amie, et les glaces ne coûtoient rien à rompre. Elle devenoit personnage , et on comtnençoit à compter avec elle. Son visage très-singulier étoit vilain d'en bas, surtout pour le rire, étoit Charmant de tout le haut. Sérieuse et parée , grande comme elle étoit, quoique avec les hanches et les épaules trop hautes, personne n'aVolt si grand air et ne paroit tant les fîtes et les bals, où il n'étoit aucune beauté et bien plus qu'elle qu'elle n'effaçât. Quelques mois avant sa mort et toujours dans une santé pàrraite, elle disoit à Mme de Saint-Simon qu'elle étoit trop heureuse; que, de quelque côté qu'elle se tournât, son bonheur étoit parfait; nue celâ lui faisoit une peur extrême, èt que sûrement un état si fort à souhait ne pouvoit durer; qu'il lui arriveroit quelque catastrophe impossible à prévoir, ou qu'elle mourroit bientôt. Le dernier arriva. Son mari servoit de capitaine des gardes pour le maréchal de Boufflers, demeuré à Paris pour la mort de son fils. Elle oraignoit extrêmement la petite vérole, qu'elle n 'avoit point eue. Malgré cela , elle voulut que Mme la Dauphine la menât à Ma ri y dans ces premiers jours de la solitude du roi , sou3 prétexte d'allét voir son mari. Rien de tout ce qu'on put lui dire ne put l'en détourner, tant les petites distinctions de cour tournent les têtes. Elle y eut une frayeur mortelle , tomba incontinènt après malade de la petite vérole , et en mourut à Versailles. L'abbé de Louvois et le duc de Villeroy s'enfermèrent avec elle. Le premier en fut inconsolable, l'autre ne le fut pas longtemps, et bientôt Jouit du plaisir de se croire hors de page. Il n'étoit pas né pour y être; son père trop tôt après le remit sous son joug.
L'empereur mourut en même temps à Vienne dè la même maladie , et laissa peu de regrets. C'étoit tin prince emporté, violent, d'esprit et de