MORT Ï>E ^EMPEREUR JOSEPH
talents au-dessous du médiocre , qui vivoit avec fort peu d'égards pour l'impératrice sa mère, qu'il fit pourtant régente, peu de tendresse pour l'impératrice sa femme, et peu d'amitié et de considération pour l'archiduc son frère. Sa cour étoit orageuse , et les plus grands y étoient mal assurés de leur état. Le prince Eugène fut peut-être le seul qui y perdit. Il avoit toute sa confiance, et il étoit fort mal arec l'archiduc, qui se prenoit à lui du peu de seoours qu'il recevoit de- Vienne, et qui ne lui pardonnoit pas d'avoir refusé d'aller en Espagne. Ce mécontentement ne fut que replâtré par le besoin et les conjonctures; mais jamais le prince Eugène ne se remit bien avec lui. Il n'y eut que du dehors sans amitié et sans confiance, et, quant à la considération et au crédit, ce qui seulement ne s'en pouvoit refuser, quoi que le prince Eugène pût faire, sans se lasser de ramer inutilement là-dessus jusqu'à la mort. Celle de l'empereur fut un grand coup, et de ces fortunes inespérables, pour conduire à la paix et conserver la monarchie d'Espagne. Je ne m'arrêterai pas à ces grandes suites, parce qu'elles font partie de ce qui se passa en Angleterre , pour préparer au traité de paix signé à Utrecht , et ensuite avec l'empereur nouveau 1 , et que ces choses se trouveront mieux dans les Pièces que je ne pourrois les raconter, comme y étant de main de maître; je dirai seulement ici que Torcy alla , incontinent après, trouver l'électeur de Bavière à Compiègne, où il demeura un jour avec lui.
Voysin perdit Mme de Vaubourg, sa sœur, femme de mérite, dont le mari" conseiller d'Etat, capable et d'une grande vertu, étoit frère de Desmarets. Ce lien les entretenoit ensemble , et Ba rupture eut des suites entre eux. Pelletier de SouSy perdit aussi Mme Turgot, sa fille, qu'il aimoit avec passion, et avec grande raison. Son gendre étoit un butor qu'il ne put jamais soutenir dans les intendances, ni faire conseiller d'État. Le fils de celui-là l'est devenu avec beaucoup de réputation , après s'en être acquis une grande d'intégrité et de capacité aans la place de prévôt des marchands, et dans des temps fort difficiles.
Le vieux Carava9 mourut aussi, qui alloit mentir partout à gorge déployée. Il étoit Gouffier, et avoit, par je ne sais quelle aventuré, épousé autrefois en Hollande la tante paternelle de ce Riperda , dont la subite élévation au premier ministère d'Espagne, la rapide chute et la fin , ont tant fait de bruit dans le monde.
Beauvau, qui avoit été capitaine des gardes de Monsieur, et qui s'étoit retiré de la cour, et presque du monde , depuis longtemps d'une manière fort obscure , n'avoit que deux filles fort riches. Il les maria toutes deux en ce temps-ci : l'une au comte de Beauvau , mort bien longtemps depuis lieutenant général, gouverneur de Douai, et chevalier de l'ordre de 1724 : l'autre au marquis de Choisëul , le seul de Cette grande maison qui fût à son aise.
Ce seroit ici le lieu de présenter un nouveau tableau de la cour , après
4 . Charles VI avait été couronné empereur à Francfort, le 22 décembre 474 4. On a déjà parlé des Pièces auxquelles renvoie ici Saint-Simon et qui se trouvent dans les Mémoires de Torty.