‹ Mémoires complets et authentiques du Duc de SaintSimon sur le siècle de Louis XIV et la régence (volume 2)Chapitre 179 sur 378 · EXTRACTION ET FORTUNE DES MESMES · texte numérisé non relu

EXTRACTION ET FORTUNE DES MESMES

Munster, à Osnabrûck, où il eut tant de démêlés avec Servien, son collègue , qui eut plus de crédit que lui à la cour. Il fut greffier de l'ordre, ministre d'Etat, et surintendant des finances, mais un peu en peinture, comme il l'avoue par quelques-unes de ses lettres. Servien, son fléau , qui l'étoit avec lui 1 , en avoit toute l'autorité. D'Avaux ne se maria point, et mourut comme son frère aîné, en 1650, quelques mois après lui.

Le sieur d'Irval prit le nom de Mesmes à la mort de son frère aîné, dont il eut la charge de président à mortier. Il laissa deux fils, l'aîné qui succéda à son nom et à sa charge , et qui épousa la fille de Bortran sieur de La Bazinière, trésorier de l'épargne et prévôt grand maître des cérémonies de l'ordre du Saint-Esprit , qui avoit épousé pour rien Mlle de Barbezières-Chemerault , fille d'honneur de la reine. La Bazinière tomba en déroute, en recherches", fut mis à la Bastille, privé de ses charges et du cordon bleu qui ne lui fut point rendu. C'étoitun riche, délicieux et fastueux financier, quijouoit gros jeu, qui étoit souvent de celui de la reine , et qui la quittoit familièrement à moitié partie , et la faisoit attendre pour achever qu'il eût fait sa collation qu'il faisoit apporter dans l'antichambre , et dont il régaloit les dames. Il étoit si bon homme et si obligeant qu'on lui passoit toutes ces impertinences ; fort galant, libéral, magnifique, homme de grande chère , et si aimé que tout le monde s'intéressa pour lui. II parut constant qu'il n'y avoit nulle friponnerie en son fait , mais un grand désordre, faute de travail et d'avoir su régler sa dépense. Il sortit enfin d'affaires; et quoique dépouillé et réduit au petit pied, il fut le reste de sa vie , qui fut encore longue , bien reçu partout et accueilli de la meilleure compagnie. Je l'ai vu chez mon père, avec un joli équipage, et, tout vieux qu'il étoit, l'homme le plus propre et le plus recherché. Il mourut en 1688, tout à la fin, quinze ou seize ans après être sorti d'affaires. Son gendre eut sa charge de l'ordre, qui mourut neuf ou dix mois avant lui. Son frère qui ne se maria point, et qui, tout conseiller d'État de robe qu'il étoit, se faisoit appeler le comte d'Avaux, fut survivancier, puis titulaire de sa charge de l'ordre, ambassadeur à Venise , en Hollande, près du roi Jacques en Irlande, en Suède, et encore en Hollande, et mourut d'une seconde taille, en 1709. J'en ai parlé ailleurs.

Son aîné , le président de Mesmes , gendre de La Bazinière , eut trois fils et deux filles : l'aîné , qui fut premier président cette année ; un abbé de Mesmes fort débordé; un chevalier de Malte qui ne le fut guère moins, et que le crédit de son frère chargea de bénéfices et de commanderies, et qu'il fit ambassadeur de Malte; Mme de Fontenilles,

1 . On pourrait croire, d'après ce passage, que Servien a été snrintendant des nuances avec d'Avaux. C'est une erreur. Servien (ut nommé surintendant des finances en 1 653 avec Fouquet, et conserva cette fonction jusqu'à sa mort, arrivée en 4659. Servien n'avait été adjoint à d'Avaux que dans l'ambassade de Munster où l'on négocia la paix de Westphalie.

2. La Bazinière fui un des financiers poursuivis, en 4601, à l'époque de 1 arrestation et du procès de FouqueU

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