‹ Mémoires complets et authentiques du Duc de SaintSimon sur le siècle de Louis XIV et la régence (volume 2)Chapitre 180 sur 378 · EXTRACTION ET FORTUNE DES MESMES · texte numérisé non relu

EXTRACTION ET FORTUNE DES MESMES

dont j'aurai lieu de parler dans la suite, et une ursuline. Après ce détail nécessaire, venons au nouveau premier président. t II porta le nom de sieur de Neufchâtei du vivant de son père. C étoit un grand et gros homme , de figure colossale , trop marqué de petite vérole , mais dont toute la figure , jusqu'au visage , avoit beaucoup de grâce comme ses manières, et' avec l'âge quelque chose de majestueux. Toute son étude fut celle du grand monde à qui il plut, et fut mêlé . dans les meilleures compagnies de la cour et dans les plus gaillardes. D'ailleurs il n'apprit rien et fût extrêmement débauché , tellement que son père le prit en telle aversion qu'il osoit à peine paroître devant lui. Il ne lui épargnoit pas les coups de bâton , et lui jetoit quelquefois des assiettes à la tète, ayant bonne compagnie à sa table, qui se mettoit entre-deux et tâchoit de les raccommoder souvent; mais le fils étoit incorrigible , et ne songeoit qu'à se divertir et à dépenser. Cette vie libertine le lia avec la jeunesse la plus distinguée qu'il recherchoit avec soin , et ne voyoit que le moins qu'il pouvoit de palais et de gens de robe. Devenu président à mortier par la mort de son père , il ne changea guère de vie , mais il se persuada qu'il étoit un seigneur , et vécut à la grande.

Les gens distingués qui fréquentoient la maison de son père , les alliances proches de M. de La Trémoille, de M. d'Elbœuf , et des enfants de Mme de Vivonne qui vivolt et qui les lioit, le tentoient de se croire de la même espèce, gâté qu'il étoit par la même sorte de gens avec qui il avoit toujours vécu. Il n'oublia pas de lier avec les courtisans qu'il put atteindre. D'Antin fut de ce nombre par ses cousines ; et par ces degrés, il parvint jusqu'à M. et Mme du Maine, qui, dans. leurs projets, avoient besoin de créatures principales dans le parlement, et qui ne négligèrent pas de s'attacher un président à mortier. Celui-ci , ravi de s'en voir si bien reçu , songea à se faire une protection puissante du fils , favori du roi ; et se dévoua jusqu'à la dernière indécence à toutes les fantaisies de Mme du Maine. Il y introduisit son frère le chevalier; ils furent de toutes les fêtes de Sceaux, de toutes les nuits blanches '. Le chevalier n'eut pas honte de jouer aux comédies, ni le président d'y faire le baladin, à huis clos entre une vingtaine de personnes. Il en devint l'esclave à n'oser ne pas tout quitter pour s'y rendre , et à se laisser peindre travesti , dans un tableau historique de ces gentillesses, avec des valets de Sceaux, à côté du suisse en livrée. Ce ridicule lui en donna beaucoup dans le monde, et déplut fort au parlement. Il le sentit, mais il étoit aux fers , et il importoit à ses vues de fortune de ne les pas rompre. Avançant en ancienneté parmi les présidents à mortier, il comprit qu'il étoit temps de fréquenter le palais un peu davantage, et la magistrature à qui sa négligence à la voir avoit marqué trop de mé pris. Il ne crut pas même indifférent de s'abaisser à changer un peu de manières pour les avocats, procureurs, greffiers un peu distingués; et néanmoins n'en refroidit pas son commerce avec les gens de la

«. Voy. t. m, p. 470, une note sur l'origine de ce nom donné »ux fêtes

de Sceaux.

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