DUCHESSES DE BERRY ET D'ORLÉANS
chambre fût chassée , et malmena M. le duc de Berry , qui se hasarda de lui en parler. Cet ordre mit Mme la duchesse de Berry hors de toute mesure. Il lui parut un affront que son orgueil ne pouvoit supporter indépendamment de toutes les privations qu elle trouvmt dan» cetu ne te, mais elle eut beau pleurer , crier, hurler invect.ver père et marideia sacrifier àleur foibles S e,il fallut obéir, chasserla femme de chambre , aller demander pardon à Mme sa mère , à qui élle ne pardonna jamais, et lui rapporter le collier de perles. Mme laduchess, d'Orléans, satisfaite sur le principal , lui fit ihûulêment des merveille», lui promit de la raccommoder avec le roi , et la mena dans son ^cabinet après le souper deux jours après , parce que le roi clHîcarârp II lui Daria en père, mais en roi et en maître, en sone
humiliation que de pouvoir être intérieurement humiliée. Elle reparut après quelques jours au souper du roi et SSSSh à son ordinaire, cachant à grand'peine la rage *ii là de-
V °Mme de Saint-Simon, qui se ténoit à quartier tant qu'elle poutoit d'un intérieur où il n'y avoit qu'à perdre et qui ne se pouvolt régler , ne prit aucune part en toute cette aventure , sinon d être témoin le ™.n<; nu'elle put des larmes et des fureurs. J en usai de même a ?e«ard de F [le duc] et de Mme la duchesse d'Orléans. Depuis ce que ' frapporté que M. le duc d'Orléans avoit dit à Mme sa fille, qu'elle Ivoit si étrangement pris sur moi , je ne mettois presque plus le pied chez elle et jamais je ne parlois d'elle à M. son père , qui aussi n'osoit m'en parler - mais je ne vis jamais homme si mal à son aise. Il donna une pensionà la femme de chambre , et la maria en province quelque temDs après. On feroit des volumes de tout ce qui se passoit chez Mme la duchesse de Berry. Le récit en surprendroit assurément, mais au fond il ne vaudroit suère la peine d'être fait, et je n'en prétends raconter que ce qui a éclaté , ou qui a été plus singulièrement marqué.
Ce fut pendant la fin de cet orage domestique que du Moht apporta une aorès-dînée les pierreries de Monseigneur, dont les trois lots Soient faits relativement à ce qui en avoit été réglé au total et au genre Z Partage de toute la succession. La DaUphine étoit descendue chez le Dauphin pour les voir. Ce prince prit sur sa part deui belles bagues, dont une de grand prix que Monseigneur portoit fort souvent, et la donna pour cela même à du Mont d'une manière fort obligeante ; l'autre il l'envova à La Croix, cet ami intime de Mlle Chbiri dont j'ai parlé, qui avoit prêté de l'argent à Monseigneur sans en avoir voulu prendre d'intérêts
Au commencement de cette année, le roi se mit à faire porter son dîner une fois ou deux la semaine , chez Mme de Maintenon , ce qui ne s'étoit point encore vu , et ce qu'il continua le reste de sa vie ; mais dans la belle saison , ces dîners se faisoient souvent à Trianon et â Marly , .ans y coucher. La compagnie étoit fort courte et toujours la même : laDauphine, qui malheureusement n'en vit que les premiers; Mme de Mamtenon; Mmes de Dangeau, de Lèvi, d'O et dé Caylus, la seule qui
m mt"p*a dame du palais. Qui que ce soit n'y entfoit, non pas même
[1712] dîners Particuliers du roi.
le maître d'hôtel en quartier. Les gens du roi portaient le couvert et les plats à la porte à ceux de Mme de Main te non qui servoient. La table ?■> prolongeoit quelquefois une demi-heure plus qu'uu dîner ordinaire. I « roi y demeuroit peu après le dîner, et revenoit le soir à l'ordinal. Quelque temps après il jouoit là quelquefois après dîner, quand il faisoit fort mauvais temps , avec les mômes dames , au brelan ou au reversi , fort petit jeu, et dans la suite, quelquefois les soirs des vendredis qu'il n'avoit point de ministres. Cela fit fort considérer ces dames choisies; mais cela ne leur procura rien, non pas même la liberté d'oser parler au roi , en ces heures-là, d'aucunes choses qui pût les regarder ni leur famille. Ces dîners furent quelquefois suivis d'une musique , où le roi revenoit après avoir passé une demi-heure chez lui , et qui duroit jusque sur les six heures. C'étoit les jours de mauvais temps, et [cela] s'introduisit dès le second dîner. Quelquefois elles étoient les soirs au lieu de l'après-dloée i et personne n'y entroit non plus qu'à ces dîners. On chassa en même temps de Paris plusieurs hommes et femmes qui taillaient au pharaon', qui étoit un jeu avec raison fort défendu, et que cette exécution fit entièrement cesser.
Le lundi 18 janvier , le roi alla à Marly. Je marque exprès ce voyage. A peine y fut-on établi que Boudin , premier médecin de la Dauphine qui l'a musoi t fort , qui l'avoit été de Monseigneur , et duquel j'ai parlé ailleurs, l'avertit de prendre garde à elle, et qu'il avoit des avis sûrs qd'on la vouloit empoisonner et le Dauphin aussi , à qui il en parla de même; il ne s'en contenta pas, il le débita en plein salon, d'un air effarouché h et il épouvanta tout le monde. Le roi voulut lui parler en particulier. Il assura toujours que l'avis étoit bon, sans qu'il sût pourtant d'où il lui venoit, et demeura ferme dans cette contradiction, car s'il ignoroit d'où lui venoit l'avis, comment pouvoit-il le juger et l'assurer bon ? Ce fut une première bouffée que ses amis arrêtèrent ; mais le propos public avoit été lâché et réitéré. Ce qu'il y eut de fort singulier, c'est qu'à vingt-quatre heures près de cet avis donné par Boudin j lé Dauphin en reçut un pareil du roi d Espagne qui le lui donnoit vaguement, et sans citer personne, mais comme étant bien averti. En celui-ci, il ne fut mention que du Dauphin nettement, et implicitement et obscurément de la Dauphine. Au moins ce fut ainsi que le Dauphin s'en expliqua, et je n'ai point su qu'il en ait dit da\antage à personne. On eut l'air de mépriser des choses en l'air, dont on ne connoissoit point l'origine; mais l'intérieur ne laissa pas d'en être frappé, et 11 se répandit un sérieux de silence et de consternation dans la cour à travers des occupations et des amusements ordinaires.
Le cardinal de Bouillon, reçu chez les ennemis avec tant d'honneur ét d'éclat, y étoit peu à peu tombé dans le mépris. 11 aveit perdu sea neveu, sur la désertion, l'établissement et la fortune duquel il avoit bâti les plus folles espérances. Ce neveu n'avoit laissé qu'une fille qui avoit lott trois ou quatre ans, et qui étoit héritière de Berg-op-Zoom et
4 . C'est-à-dire qui tenaient la banque A *e Jeu éé Hasard et jouaient seuls
contre plusieurs persuimes.