‹ Mémoires complets et authentiques du Duc de SaintSimon sur le siècle de Louis XIV et la régence (volume 2)Chapitre 184 sur 378 · MARIAGE DE LA PRINCESSE D' AUVERGNE [1712J · texte numérisé non relu

MARIAGE DE LA PRINCESSE D' AUVERGNE [1712J

d'autres biens du côté de sa mère , fille du feu duc d'Aremberg et d'Arschot, grand d'Espagne, de la maison de Ligne, et de la fille du feu marquis de Grana-Caretto , gouverneur des Pays-Bas. La longue minorité de cette enfant unique laissoit sa mère maîtresse de sa tutelle, de ses revenus, et de lui choisir un mari lorsqu'elle seroit en âge. Elledemeuroit à Bruxelles avec sa mère la duchesse d'Aremberg à qui son rang , ses richesses , sa vertu et sa conduite , attiroient la première considération , et avec le duc d'Aremberg son frère qui n'en avoit pa3 moins de son côté , qui épousa depuis une Pignatelli , sœur du comte d'Egmont, qui devint le favori du prince Eugène, et qui est aujourd'hui chevalier de la Toison d'or du dernier empereur, feld-maréchal de ses armées, grand bailli et gouverneur de Monset du Hainaut, mestre de camp général des Pays-Bas autrichiens , et général de l'armée de la reine de Hongrie , dans un âge encore peu avancé. C'étoit là une mère et un frère d'un appui pour la princesse d'Auvergne à n'avoir pas à compter avec MM. de Bouillon pour la gestion des biens, ni pour l'établissement de sa fille. Le cardinal de Bouillon qu'ils avoient logé chez eux à Bruxelles voyoit cela à regret ; il étoit tombé dans l'indigence par la saisie de ses bénéfices et la confiscation de ses biens , ceux de sa petitenièce lui faisoient grande envie.

Un fort mince gentilhomme qu'on appeloit Mésy, qui avoit été page chez MM. de Bouillon , étoit devenu écuyer de la princesse d'Auvergne qui, depuis quelque temps, le regardoit de bon œil. Le cardinal s'en aperçut, suivit ses soupçons, les trouva très-bien fondés. La gloire du prétendu descendant des anciens ducs de Guyenne , et celle du premier homme de l'Église après le pape, comme il se le disoit, devoit être extrêmement blessée d'une pareille découverte, et encore plus alarmée des suites. Mais la vanité céda aux besoins ; il imagina qu'en favorisant ces amours jusqu'à les porter à l'union conjugale, et venant après à éclater, il déshonoreroit si parfaitement la princesse d'Auvergne par la honte de la mésalliance , qu'il la feroit déchoir de la tutelle , et que cette tutelle lui tomberoit au préjudice de la duchesse d'Aremberg, parce que Berg-op-Zoom et d'autres biens encore venoient à l'enfant du côté de son père et emporteroient même les maternels.

Dans cet infâme dessein il parla à Mésy , et comme par amitié et par intérêt pour sa fortune, l'encouragea à pousser sa pointe et à la tourner du côté du mariage, en quoi il lui promit toute protection. Instruit après par Mésy de ses progrès, il parla à sa nièce dont rembarras ne se peut exprimer: il en profita pour la rassurer et en tirer l'aveu de sa foiblesse , la plaignit , et la combla de trouver un consolateur et un confident dans celui qu'elle avoit le plus à redouter. De là peu à peu il fit l'homme de bien avec elle , et l'évêque , pour mettre sa conscience en sûreté en flattant sa passion. Il fit accroire à la princesse d'Auvergne et à Mésy que leur mariage demeureroit secret , et ne seroit par conséquent sujet à aucune suite fâcheuse du côté des Bouillon ni du côté des Aremberg ; il leur offrit de les marier lui-même ; il les y résolut , et il les maria dans l'hôtel d'Aremberg.

Quelques mois se passèrent dans les transports de l'amour, de la re-

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