‹ Mémoires complets et authentiques du Duc de SaintSimon sur le siècle de Louis XIV et la régence (volume 2)Chapitre 186 sur 378 · MORT DE MADAME DE POMPONNE · texte numérisé non relu

MORT DE MADAME DE POMPONNE

longtemps , mais ils laissèrent postérité dont l'aîné est aujourd'hui électeur palatin.

Deux femmes très-différentes moururent fort vieilles au commencement de cette année : Mme de Pomponne, veuve du ministre d'État, bellemère de Torcy et sœur de Lavocat, duquel j'ai parlé (t. II , p. 69); c'étoit une femme pieuse, retirée* qui aimoit ses écus, et qui n'avoit jamais fait grande figure dans les ambassades ni pendant le ministère de son mari , quoique dans une grande union ensemble.

L'autre fut Mme de Mortagne , fort décrépite , dont la maison et la considération étoit usée depuis longtemps. Il y auroit beaucoup à dire de cette manière de fée si je n'en avois suffisamment parlé.

Deux hommes d'Église moururent aussi en même temps , tout aussi différents l'un de l'autre. Tressan, évèque du Mans, qui avoit eu la charge de premier aumônier de Monsieur , après le fameux évêque de Valence Cosnac , mort archevêque d'Aix avec le cordon bleu. Tressan étoit un drôle de beaucoup d'esprit, tout tourné à l'intrigue et à la fortune , qui eut beaucoup de crédit sur Monsieur et qui figura fort chez lui sans s'y faire estimer. Il y attrapa force bénéfices, et vécut fort dans le grand monde. A la fin il se hasarda trop à mesurer son crédit. Le chevalier de Lorraine et le marquis d'Effiat ne voulurent pas compter avec lui , ni lui avec eux; ils furent les plus forts. Les dégoûts et bientôt les mépris plurent sur l'évêque, il lutta, puis chancela longtemps; à la fin il fallut quitter prise de peur d'être chassé en plein. Il vendit à l'abbé de Grancey , et de dépit se fixa au Mans , d'où il gouverna tout ce qu'il put encore , et dans la province faute de mieux. Il y fit enfin le béat , et amassa force écus. Il n'oublia rien auprès des jésuites pour avoir son neveu pour coadjuteur, qu'il farcit de tout ce qu'il put donner de chapelles et de rogatons de bénéfices dont il amassa plus de trente titres à la fois, qu'il accumula les uns après les autres. Une meilleure fortune l'attendoit , mais l'évêque ne la vit ni n'eut lieu de l'espérer ', et il laissa cet abbé en habit rapiécé , et son autre neveu dans le ruisseau. Il avoit servi dans la gendarmerie. Le goût italien et fort à découvert l'avoit banni de la société des honnêtes gens. Il avoit beaucoup d'esprit , mais tourné au mauvais. 11 lui échappa des vers qui mirent le roi en colère et le firent chasser du service. Tombé depuis dans une grande misère , elle lui a servi de prédicateur. Il s'est retiré au noviciat des jésuites. Il sort à pied sans valet, fort mal vêtu et plus mal coiffé, en sorte qu'avec sa vue basse, on le prend pour un pauvre honteux. La fortune de son frère , archevêque de Rouen, n'a rien ohangé à la sienne , mais a poussé son fils dans les gardes du corps , qui a hérité de la même veine poétique , et qui auroit eu aussi le même sort de son père si le duc d'Ayea, son capitaine avec qui il avoit partagé le crime, eût pu être séparé de lui. Tous deux eurent la peur entière. C'étoit encore beaucoup pour le temps où cela arriva.

L'autre ecclésiastique fut l'abbé de Saint-Jacques, fils et petit-fils des deux chanceliers Aligre. Je reviendrai à lui après un mot de curiosité sur la singularité unique de deux chanceliers père et fils. Les histoires et les Mémoires particuliers du règne de Louis XIII expliquent si bien

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