‹ Mémoires complets et authentiques du Duc de SaintSimon sur le siècle de Louis XIV et la régence (volume 2)Chapitre 189 sur 378 · MORT DE GONDRIN · texte numérisé non relu

MORT DE GONDRIN

sœur du duc de Noailles , qui , longtemps après , se remaria au comte de Toulouse. Elle fut si affligée qu'elle en tomba malade au point qu'on lui apporta les sacrements. Toute sa famille y étoit présente, et la maréchale de Noailles sa mère, qui l'aimoit passionnément, étoit fondue en larmes au pied de son lit, qui prioit Dieu à genoux , tout haut et de tout son cœur, et qui , dans l'excès de sa douleur, s'offroit elle-même à lui et tous ses enfants s'il les vouloit prendre. La Vallière, qui étoit là aussi à quelque distance et oui l'entendit, se leva doucement, alla à elle et lui dit tout haut d'un air fort pitoyable : « Madame , les gendres en sont-ils aussi? » Personne de ce qui y étoit ne put résister à l'éclat de rire qui les prit tous , et la maréchale aussi , avec un scandale fort ridicule , et qui courut aussitôt par toute la cour ; la malade se porta bientôt mieux , et on n'en rit que de plus belle.

Razilly mourut assez brusquement à Marly. Je l'ai suffisamment fait connoître , lorsque j'ai parlé de la charge qu'il eut de premier écuyer de M. le duc de Berry et de l'injuste dépit qu'en eut Mme la duchesse de Berry. Les grandes commodités de l'emploi le firent rechercher par des gens de la première qualité. Le chevalier de Roye, le marquis de Lévi , mort duc et pair, s'y présentèrent entre autres; tous deux en eurent parole positive de la bouche de Mme la duchesse de Berry , qu'on savoit bien qui décideroit M. le duc de Berry; tous deux, à l'insu l'un de l'autre , nous en firent confidence. Mme de Lévi , qui avoit eu tant de part au mariage de Mme la duchesse de Berry, appuyée du duc de Ghevreuse son père et du duc de Beauvilliers, elle-même de tous les particuliers du roi chez Mme de Maintenon , n'imaginoit pas que cela pût balancer; le comte et la comtesse de Roucy de même, avec le reste de crédit de M. de La Rochefoucauld , et les places des Pontchartrain. Pendant qu'ils s'en flattoient , d'Autra s'avisa de parler à M. [le duc] et à Mme la duchesse de Berry pour Sainte-Maure, son cousin, demeuré malade à Versailles, et l'emporta. Les deux prétendants, si sûrs de leur fait par la parole qu'ils avolent eue, furent étrangement surpris et si piqués , qu'ils la publièrent , et que , non contents du bruit peu mesuré

Su'ils en firent , ne se contraignirent pas d'en dife leur avis à Mme la uchesse de Berry, dont l'embarras et le dépit fut extrême, surtout contre la comtesse de Roucy et Mme de Lévi qui lui parlèrent avec la dernière hauteur , jusqu'à lui dire qu'après ce trait elles n'avoientplus qu'à lui faire la révérence en lieux publics et Jamais ailleurs, parce qu'ils n*auroient jamais ni besoin ni dépendance d'elle. Elle se plaignit à son tour du manque de respect; mais elle n'étoit ni aimée, ni estimée, ni comptée; on savoit à quoi elle en étoit avec le roi, Mme de Maintenon, et au fond avec la Dauphine. Le roi ne s'en mêla point, et le monde trouva qu'elle n'avoit que ce qu'elle méritoit. Elle ne laissa pas de craindre les particuliers de Mme de Lévi, et quelque temps après voulut elle-même la rapprocher , puis lui faire parler. Ses avances furent méprisées. Elle ne le lui pardonna jamais. Mme de Lévi s'en moqua, et garda trop peu de mesures en propos , et même en cpntenance , lorsqu'elle setrouvoit dans les mêmes lieux. Sainte-Maure eut quarante mille écus à donner aux enfants de Razilly, tous bien faits, honnêtes gens et

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