‹ Mémoires complets et authentiques du Duc de SaintSimon sur le siècle de Louis XIV et la régence (volume 2)Chapitre 237 sur 378 · TRAITEMENT DES DEUX DON JUAN À VENDÔME · texte numérisé non relu

TRAITEMENT DES DEUX DON JUAN À VENDÔME

comédienne en 1629, mort sans alliance en 1679, à cinquante ans, ^ grand prieur de C as ti lie , dignité qui donne la grandesse et cent mille écus de rente , et général des armées d'Espagne.

Philippe IV étant mort en septembre 1665, et la reine sa veuve devenue régente pendant la minorité de Charles II qui fut longue, don Juan fit un parti contre elle qui , après une longue lutte , lui arracha toute l'autorité que don Juan exerça tout entière , et se fit grandement compter jusqu'à sa mort. Il eut une espèce de maison , usurpa comme chef de parti une grande supériorité sur les grands , et eut l'Altesse , à quoi, outre la nécessité des temps, ils se ployèrent plus facilement à cause de l'état des bâtards qui est particulier en Espagne, où s'est conservé ce reste des mœurs et des coutumes mauresques. On a vu 1 , lorsqu'on a parlé des grands et de l'Espagne , que les bâtards de gens non mariés héritent à peu de chose près comme les enfants légitimes, à leur défaut, et deviennent même grands d'Espagne par succession. Il y faut garder pourtant certaines formalités faciles, et qu'il n'y ait point d'obstacles de famille qui leur préfèrent les oncles , tantes , ou cousins germains légitimes. Enfin cette première espèce de bâtards diffère en Espagne fort peu des enfants légitimes. Les bâtards d'un homme marié et d'une fille ne diffèrent des premiers que par plus de formalités et de restrictions ; mais ils succèdent aussi et héritent des grandesses. Don Juan étoit de cette seconde sorte; ainsi son droit de succession à la couronne lui facilita l'Altesse , la supériorité de rang et tout ce qu'il voulut entreprendre, et qu'il soutint par les troubles dont il fut toujours l'âme et le chef, et par toute l'autorité et la réputation qui lui en demeurent après. Ce fut donc sur ce modèle que Mme des Ursins voulut élever le duc de Vendôme , en faire sa cour à M. du Maine , par un exemple pour lui en France , quoique si différente de l'Espagne sur l'état des bâtards, plaire au roi et à Mme de Maintenon par leur endroit le plus sensible , et à l'appui de l'Altesse de M. de Vendôme faire passer la sienne, après quoi elle n'étoit pas en peine d'arrêter les autres avantages que Vendôme eût pu prétendre à l'exemple de don Juan , sous prétexte de ne pas pou-ser à bout le mécontentement général. Il fut extrême.

On avoit perdu don Juan de vue en Espagne ; il étoit mort retiré dans une commanderie , quelques années avant sa mort. Personne ne se souvenoit de l'avoir vu ni de son Altesse. M. de Vendôme n'étoit point bâtard de leur dernier roi , il n'avoit aucun droit à la couronne d'Espagne ; nulle parité donc avec don Juan. On le voyoit traiter d'Altesse , lui et Mme des Ursins , précisément comme les infants actuels , parce qu'en Espagne on ne connoît d'Altesse Sérénissime ni Royale pour qui que ce soit sans aucune exception , et cette égalité de traitement avec le prince des Asturies et les autres infants étoit insupportable en Mme des Ursins et M. de Vendôme , et bannit volontairement beaucoup de gens de la cour et du service , pour éviter la nécessité de la leur donner. On n'en

l. Voy. t t. II, p. Zbi et suiv., les passages auxquels renvoie Saint-Simon et que le» précédents éditeurs avaient rejetés au XIX" volume : ce oui les avait forcé» de modifier toutes ces phrases.

Saint-Simon vi « «

290 Ll ROI À MARLY. [1712]

fut pas moins indigné en France , où Mme de Maint e non et M. du Maine ravis n'osèrent le marquer. Le roi même fut très-sobre à en parler, Ils surent bien y suppléer par les réflexions utiles du fruit à en tirer.

Le roi alla le mercredi 6 avril à Marly , où, quoique le Dauphin et la Dauphine ne fussent pas encore enterrés, il rétablit son petit jeu chez Mme de Maintenon dès le vendredi suivant , et voulut le salon à l'ordinaire, et que M. [le duo] ét Mme la duchesse de Berry y tinssent le lansquenet public et le brelan, et des tables de différents jeux pour toute la cour. Il ne fut pas longtemps sans diner chez Mme de Maintenon une ou deux fois la semaine , et à y entendre de la musique avec les mêmes dames familières. Mme de Dangeau , qui en étoit une , eut la joie d'y apprendre que le comte de Lœwenstein son frère , qui, pendant l'occupation de la Bavière, en étoit administrateur pour l'empereur, avoit été fait prince de l'empire. On y sut en même temps que l'abbé de Vassé refusoit l'évêché du Mans. G'étoit un grand homme de bien depuis toute sa vie , qui ne s'étoit jamais soucié que de l'être , mais qui ne laissoit pas de voir bonne compagnie, et d'en être fort considéré; il avoit plus de soixante ans , et ne put être tenté de l'épiscopat à cet âge , quoique placé au milieu des terres de sa maison. Je n'ai pas voulu omettre ce relu s pour la rareté dont il est , et pour celle encore d'avoir choisi un homme de qualité et de ce mérite. G'étoit un phénomène pour le P. Tellier.

Le rôi d'Angleterre eut la petite vérole à Saint-Germain On lui fit recevoir les sacrements. On ne sait par quelle raison il fit comme Mme la Dauphine , et ne voulut point de son confesseur jésuite ; il envoya chercher le curé de la paroisse , à qui il se confessa. La reine sa mère s'en, ferma avec lui , et prit toutes les précautions possibles pour séparer la princesse sa fille du mauvais air. Biles furent inutiles; la petite vérole la prit, elle en mourut le septième jour, qui fût le lundi t8 avril. Ge fut une grande affliction pour la reine d'Angleterre , avec la triste perspective de sa séparation prochaine d'avec le roi son fils par la nécessité de la paix èt de l'embarras de ce qu'il alloit devenir. Le corps de la princesse d'Angleterre fut porté sans cérémonie aux Filles Sainte-Marie de Chaillot , où la reine sa mère se retirait souvent. La raison de la petite vérole l'empêcha de recevoir aucunes visites.

Mlle d'Armentières mourut à Paris à plus de quatre-vingts ans. C'étoit une fille de beaucoup de mérite, d'esprit et de vertu, qui avoit été longtemps fort pauvre, qui devint après fort riche, et qui dans ces deux états eut quantité (Amis et d'amies considérables. Elle avoit été recueillie jeune et pauvre chez la duchesse d'Orval, sœur de Palaiseau , chez qui elle logea la plus grande partie de sa vie , et à qui à son tour elle fut fort utile quand elle la vit tombée dans la pauvreté. Elles ne laissèrent pas de se séparer d'habitation sur la fin, comme Saint- Romain et Court i n , deux conseillers d'État fort connus par leurs ambassades , dont il a été quelquefois mention , et qui avoient toujours logé ensemble par amitié. Mlle d'Armentières laissa quatre mille livres de pension à la duchesse d'Orval, l'usufruit de son bien à la duchesse du Lude, son amie intime de tout temps, et le fonds à M. d'Armentières,

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